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Livre sixième – La conjonction de deux étoiles

Chapitre I Le sobriquet: mode de formation des noms de familles

Marius à cette époque était un beau jeune homme de moye

Au temps de sa pire misère, il remarquait que les jeunes filles se retournaient quand il passait, et il se sauvait ou se cachait, la mort dans l’âme. Il pensait qu’elles le regardaient pour ses vieux habits et qu’elles en riaient; le fait est qu’elles le regardaient pour sa grâce et qu’elles en rêvaient.

Ce muet malentendu entre lui et les jolies passantes l’avait rendu farouche. Il n’en choisit aucune, par l’excellente raison qu’il s’enfuyait devant toutes. Il vécut ainsi indéfiniment, – bêtement, disait Courfeyrac.

Courfeyrac lui disait encore: – N’aspire pas à être vénérable (car ils se tutoyaient; glisser au tutoiement est la pente des amitiés jeunes). Mon cher, un conseil. Ne lis pas tant dans les livres et regarde un peu plus les margotons. Les coquines ont du bon, ô Marius! À force de t’enfuir et de rougir, tu t’abrutiras.

D’autres fois Courfeyrac le rencontrait et lui disait:

– Bonjour, monsieur l’abbé.

Quand Courfeyrac lui avait tenu quelque propos de ce genre, Marius était huit jours à éviter plus que jamais les femmes, jeunes et vieilles, et il évitait par-dessus le marché Courfeyrac.

Il y avait pourtant dans toute l’immense création deux femmes que Marius ne fuyait pas et auxquelles il ne prenait point garde. À la vérité on l’eût fort éto

Depuis plus d’un an, Marius remarquait dans une allée déserte du Luxembourg, l’allée qui longe le parapet de la Pépinière, un homme et une toute jeune fille presque toujours assis côte à côte sur le même banc, à l’extrémité la plus solitaire de l’allée, du côté de la rue de l’Ouest [102] . Chaque fois que ce hasard qui se mêle aux promenades des gens dont l’œil est retourné en dedans amenait Marius dans cette allée, et c’était presque tous les jours, il y retrouvait ce couple. L’homme pouvait avoir une soixantaine d’a

La première fois que la jeune fille qui l’accompagnait vint s’asseoir avec lui sur le banc qu’ils semblaient avoir adopté, c’était une façon de fille de treize ou quatorze ans, maigre, au point d’en être presque laide, gauche, insignifiante, et qui promettait peut-être d’avoir d’assez beaux yeux. Seulement ils étaient toujours levés avec une sorte d’assurance déplaisante. Elle avait cette mise à la fois vieille et enfantine des pensio

Marius examina pendant deux ou trois jours cet homme vieux qui n’était pas encore un vieillard et cette petite fille qui n’était pas encore une perso

Marius avait pris l’habitude machinale de se promener dans cette allée. Il les y retrouvait invariablement.

Voici comment la chose se passait:

Marius arrivait le plus volontiers par le bout de l’allée opposé à leur banc. Il marchait toute la longueur de l’allée, passait devant eux, puis s’en retournait jusqu’à l’extrémité par où il était venu, et recommençait. Il faisait ce va-et-vient cinq ou six fois dans sa promenade, et cette promenade cinq ou six fois par semaine sans qu’ils en fussent arrivés, ces gens et lui, à échanger un salut. Ce perso

Nous ferons comme eux, et nous dirons M. Leblanc pour la facilité de ce récit.

Marius les vit ainsi presque tous les jours à la même heure pendant la première a

Chapitre II Lux facta est [103]

La seconde a

Il alla droit à «son allée», et, quand il fut au bout, il aperçut, toujours sur le même banc, ce couple co

Quand Marius passa près d’elle, il ne put voir ses yeux qui étaient constamment baissés. Il ne vit que ses longs cils châtains pénétrés d’ombre et de pudeur.

Cela n’empêchait pas la belle enfant de sourire tout en écoutant l’homme à cheveux blancs qui lui parlait, et rien n’était ravissant comme ce frais sourire avec des yeux baissés.

Dans le premier moment, Marius pensa que c’était une autre fille du même homme, une sœur sans doute de la première. Mais, quand l’invariable habitude de la promenade le ramena pour la seconde fois près du banc, et qu’il l’eut examinée avec attention, il reco

[101] Autoportrait très ressemblant de Hugo à vingt ans. Mais ses cheveux étaient châtain clair.

[102] Voici réapparaître le quartier de la jeunesse de Victor qui hanta le Luxembourg pour y voir Adèle en 1820-1821.

[103] Troisième verset de la Genèse: «Et la lumière fut.»

[104] Particulièrement vrai de Hugo qui ne vit pas Léopoldine grandir et s'obstinait – sa femme le lui fait observer – à l'appeler «ma Didine» quand elle était déjà une grande jeune fille.