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Et M. Mabeuf tomba dans une rêverie délicieuse.

Chapitre V Pauvreté, bo

Marius avait du goût pour ce vieillard candide qui se voyait lentement saisi par l’indigence, et qui arrivait à s’éto

Le plaisir de Marius était de faire de longues promenades seul sur les boulevards extérieurs, ou au Champ de Mars ou dans les allées les moins fréquentées du Luxembourg. Il passait quelquefois une demi-journée à regarder le jardin d’un maraîcher, les carrés de salade, les poules dans le fumier et le cheval tournant la roue de la noria. Les passants le considéraient avec surprise, et quelques-uns lui trouvaient une mise suspecte et une mine sinistre. Ce n’était qu’un jeune homme pauvre, rêvant sans objet.

C’est dans une de ses promenades qu’il avait découvert la masure Gorbeau, et, l’isolement et le bon marché le tentant, il s’y était logé. On ne l’y co

Quelques-uns des anciens généraux ou des anciens camarades de son père l’avaient invité, quand ils le co

Il disait quelquefois, mais sans amertume: – Les hommes sont ainsi faits que, dans un salon, vous pouvez être crotté partout, excepté sur les souliers. On ne vous demande là, pour vous bien accueillir, qu’une chose irréprochable; la conscience? non, les bottes.

Toutes les passions, autres que celles du cœur, se dissipent dans la rêverie. Les fièvres politiques de Marius s’y étaient évanouies. La révolution de 1830, en le satisfaisant, et en le calmant, y avait aidé. Il était resté le même, aux colères près. Il avait toujours les mêmes opinions, seulement elles s’étaient attendries. À proprement parler, il n’avait plus d’opinions, il avait des sympathies. De quel parti était-il? du parti de l’humanité. Dans l’humanité il choisissait la France; dans la nation il choisissait le peuple; dans le peuple il choisissait la femme. C’était là surtout que sa pitié allait [98] . Maintenant il préférait une idée à un fait, un poète à un héros, et il admirait plus encore un livre comme Job qu’un événement comme Marengo. Et puis quand, après une journée de méditation, il s’en revenait le soir par les boulevards et qu’à travers les branches des arbres il apercevait l’espace sans fond, les lueurs sans nom, l’abîme, l’ombre, le mystère, tout ce qui n’est qu’humain lui semblait bien petit.

Il croyait être et il était peut-être en effet arrivé au vrai de la vie et de la philosophie humaine, et il avait fini par ne plus guère regarder que le ciel, seule chose que la vérité puisse voir du fond de son puits.

Cela ne l’empêchait pas de multiplier les plans, les combinaisons, les échafaudages, les projets d’avenir. Dans cet état de rêverie, un œil qui eût regardé au dedans de Marius, eût été ébloui de la pureté de cette âme. En effet, s’il était do

Vers le milieu de cette a

– Pourquoi les renvoie-t-on? dit-il.

– Parce qu’ils ne payent pas leur loyer. Ils doivent deux termes.

– Combien est-ce?

– Vingt francs, dit la vieille.

Marius avait trente francs en réserve dans un tiroir.

– Tenez, dit-il à la vieille, voilà vingt-cinq francs. Payez pour ces pauvres gens, do

Chapitre VI Le remplaçant

Le hasard fit que le régiment dont était le lieutenant Théodule vint tenir garnison à Paris. Ceci fut l’occasion d’une deuxième idée pour la tante Gillenormand. Elle avait, une première fois, imaginé de faire surveiller Marius par Théodule; elle complota de faire succéder Théodule à Marius.

À toute aventure, et pour le cas où le grand-père aurait le vague besoin d’un jeune visage dans la maison, ces rayons d’aurore sont quelquefois doux aux ruines, il était expédient de trouver un autre Marius. Soit, pensa-t-elle, c’est un simple erratum comme j’en vois dans les livres; Marius, lisez Théodule.

Un petit-neveu est l’à peu près d’un petit-fils; à défaut d’un avocat, on prend un lancier.

Un matin, que M. Gillenormand était en train de lire quelque chose comme la Quotidie

– Mon père, Théodule va venir ce matin vous présenter ses respects.

– Qui ça, Théodule?

– Votre petit-neveu.

– Ah! fit le grand-père.

Puis il se remit à lire, ne songea plus au petit-neveu qui n’était qu’un Théodule quelconque, et ne tarda pas à avoir beaucoup d’humeur, ce qui lui arrivait presque toujours quand il lisait. La «feuille, qu’il tenait, royaliste d’ailleurs, cela va de soi, a

– Que les élèves des écoles de droit et de médecine devaient se réunir sur la place du Panthéon à midi; – pour délibérer. – Il s’agissait d’une des questions du moment, de l’artillerie de la garde nationale, et d’un conflit entre le ministre de la guerre et «la milice citoye

Il songea à Marius, qui était étudiant, et qui, probablement, irait, comme les autres, «délibérer, à midi, sur la place du Panthéon».

Comme il faisait ce songe pénible, le lieutenant Théodule entra, vêtu en bourgeois, ce qui était habile, et discrètement introduit par mademoiselle Gillenormand. Le lancier avait fait ce raiso

Mademoiselle Gillenormand dit, haut, à son père:

– Théodule, votre petit-neveu.

Et, bas, au lieutenant:

– Approuve tout.

Et se retira.

Le lieutenant, peu accoutumé à des rencontres si vénérables, balbutia avec quelque timidité: Bonjour, mon oncle, et fit un salut mixte composé de l’ébauche involontaire et machinale du salut militaire achevée en salut bourgeois.

– Ah! c’est vous; c’est bien, asseyez-vous, dit l’aïeul.

Cela dit, il oublia parfaitement le lancier.

Théodule s’assit, et M. Gillenormand se leva.

M. Gillenormand se mit à marcher de long en large, les mains dans ses poches, parlant tout haut et tourmentant avec ses vieux doigts irrités les deux montres qu’il avait dans ses deux goussets.

– Ce tas de morveux! ça se convoque sur la place du Panthéon! Vertu de ma mie! Des galopins qui étaient hier en nourrice! Si on leur pressait le nez, il en sortirait du lait! Et ça délibère demain à midi! Où va-t-on? où va-t-on? Il est clair qu’on va à l’abîme. C’est là que nous ont conduits les descamisados! L’artillerie citoye

– C’est juste, dit Théodule.

M. Gillenormand tourna la tête à demi, vit Théodule, et continua:

– Quand on pense que ce drôle a eu la scélératesse de se faire carbonaro! Pourquoi as-tu quitté ma maison? Pour t’aller faire républicain. Pssst! d’abord le peuple n’en veut pas de ta République, il n’en veut pas, il a du bon sens, il sait bien qu’il y a toujours eu des rois et qu’il y en aura toujours, il sait bien que le peuple, après tout, ce n’est que le peuple, il s’en hurle, de ta République, entends-tu, crétin! Est-ce assez horrible, ce caprice-là! S’amouracher du père Duchêne, faire les yeux doux à la guillotine, chanter des romances et jouer de la guitare sous le balcon de 93, c’est à cracher sur tous ces jeunes gens-là, tant ils sont bêtes! Ils en sont tous là. Pas un n’échappe. Il suffit de respirer l’air qui passe dans la rue pour être insensé. Le dix-neuvième siècle est du poison. Le premier polisson venu laisse pousser sa barbe de bouc, se croit un drôle pour de vrai, et vous plante là les vieux parents. C’est républicain, c’est romantique. Qu’est-ce que c’est que ça, romantique? faites-moi l’amitié de me dire ce que c’est que ça? Toutes les folies possibles. Il y a un an, ça vous allait à Hernani . Je vous demande un peu, Hernani ! des antithèses! des abominations qui ne sont pas même écrites en français! Et puis on a des canons dans la cour du Louvre. Tels sont les brigandages de ce temps-ci.

[97] Amis, d'après Le Droit et la Loi , plutôt de Lahorie que du général Hugo.

[98] L'autobiographie accélérée conduit le Marais de 1832 à une attitude morale et à des convictions proches de celles de Hugo en 1862, quoique la description du manuscrit par M. R. Journet et G. Robert ne do