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Émilien lui observa que les massacres de septembre et les persécutions n'étaient peut-être pas l'œuvre des jacobins, mais celle des bandits qu'ils n'avaient pu contenir.

– C'est possible, et Dieu le veuille! répondit le prieur. Il peut y avoir de bo

Ce fut la seule fois que le prieur nous dit le fond de sa pensée. Il avait jugé le clergé, mais un sentiment de convenance ou l'habitude de la soumission l'empêchait de se répandre en paroles sur un sujet si délicat pour lui. Avait-il toujours pensé ces choses qu'il croyait avoir pensées de tout temps? Peut-être se trompait-il là-dessus, peut-être n'avait-il fait de mûres réflexions que depuis les trois jours qu'il avait passés au cachot. Il avait pris dans son état une si forte dose de prudence, qu'il évitait de se résumer et que nos questions lui étaient plus importunes qu'intéressantes. Il concluait toujours de la façon la plus positive et la plus égoïste, bien qu'il eût le cœur généreux et dévoué. Pour lui, le monde était un atroce sauve-qui-peut et l'idéal était de vivre comme une taupe dans son trou. Il espérait quelque chose de mieux dans l'autre vie, sans y croire positivement. Il lui échappa un jour de dire:

– Ils m'ont tellement barbouillé la face de Dieu, que je ne saurais plus la voir; c'est comme une page où l'on a répandu tant d'encre et de sang, qu'on ne peut plus savoir s'il y avait quelque chose dessus.

Et il n'avait pas l'air de s'en tourmenter beaucoup. Il s'agitait bien autrement quand la gelée attaquait le fruitier ou quand l'orage faisait tourner la crème. On eût dit quelquefois d'une vraie brute; c'était pourtant un homme de bien très intelligent et passablement instruit; mais il avait été étouffé trop longtemps, il ne pouvait plus respirer comme les autres, ni au moral, ni au physique.

Pendant qu'il essayait ainsi de se maintenir en dehors de tout, ni la Mariotte, ni mes deux cousins, ni le vieux Dumont ne se tourmentaient des événements. La déclaration de la patrie en danger et l'enthousiasme des enrôlements volontaires n'avaient guère pénétré chez nous. Nous apprenions l'effet des décrets quand il avait cessé de se produire. De notre côté, il n'y eut d'abord que quelques mauvais sujets sans amour du travail qui s'en allèrent de bon gré aux armées. Émilien ne pensa pas, dans ce moment-là, qu'il eût à se faire un devoir de les imiter. Il songeait à son frère qui se battait pour la cause contraire et il attendait sans parti pris, lorsqu'il reçut une singulière lettre de M. Prémel, l'intendant de Franqueville.

«Monsieur, lui disait-il, je reçois une lettre de M. le marquis votre père qui s'occupe de votre situation présente et de celle de mademoiselle votre sœur. Voici ses propres expressions:

«Fournissez à M. Émilien l'argent nécessaire pour sortir de France et venir me rejoindre à l'armée de Condé. J'imagine qu'il se souviendra d'être un Franqueville et qu'il ne reculera pas devant les quelques dangers à courir pour effectuer cette résolution. Entendez-vous avec lui pour lui en faciliter les moyens, et, quand vous l'aurez convenablement équipé, muni d'un bon cheval et d'un bon domestique, remettez-lui la somme de cent louis. S'il a le courage et la volonté de m'obéir, n'épargnez rien pour lui. Sinon, déclarez-lui que je l'abando

Quant à sa jeune sœur, mademoiselle Louise, je veux que sous la garde de Dumont et de sa nourrice, elle soit conduite à Nantes, où ma parente, madame de Montifault, l'attend pour remplacer auprès d'elle la mère qu'elle a perdue.»

– Ma mère est morte! s'écria Émilien, en laissant tomber la lettre, et c'est ainsi que je l'apprends!

Je lui pris les mains. Il était pâle et il tremblait, car on ne perd pas sa mère sans une grande émotion; mais il ne pouvait avoir de larmes pour cette femme qui ne l'avait point aimé et qu'il co

«Monsieur le marquis, disait-il, se fait de grandes illusions sur la situation présente. Il croit d'abord que je continue à toucher des revenus de sa terre, ce qui n'est point, puisqu'elle est sous le séquestre; ou que j'ai fait des économies importantes sur les a

– Quelle m'abando

Il se jeta sur une chaise pleurant de grosses larmes. J'étais toute bouleversée de le voir comme cela. Il n'avait jamais pleuré devant perso

Il fallait pourtant songer à Louisette et se demander si on la conduirait à Nantes. Nantes, ah! si nous eussions pu lire dans l'avenir prochain ce qui devait s'y passer, comme nous nous serions réjouis de la tenir là près de nous! Peut-être qu'en apprenant l'insurrection de la Vendée, nous eûmes quelque pressentiment et que le ciel nous avertit. Mais le parti d'Émilien était pris en même temps que celui qui le concernait.

Ma sœur ne me quittera pas dans des temps pareils, s'écria-t-il. Si cette madame de Montifault, que je ne co

Il voulait répondre à M. Prémel.

– Ne le faites pas, lui dit M. le prieur dès qu'il fut informé. Vous avez eu tort de déchirer sa lettre. C'était peut-être un piège que j'aurais déjoué; mais, piège ou non, cet homme enverrait votre réponse à votre père, et ce serait pour vous brouiller irrévocablement avec lui. Évitez cet éclat, n'acceptez rien et ne répondez rien: faites le mort, c'est toujours le plus sage!