Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 23 из 67

X

L'esprit des paysans comme celui des enfants est ouvert aux illusions. Nous ne pouvions nous imaginer dans notre oasis de Valcreux, les causes profondes qui conduisaient à des crimes violents notre belle révolution de 89. Toutes les nouvelles qui eussent dû nous faire pressentir ces crises étaient interprétées par des âmes incapables de les provoquer comme de les conjurer. L'insouciance de notre commune, l'optimisme de la petite colonie du moutier arrangeaient encore pour le mieux les événements accomplis. M. le prieur prétendait que la fuite du roi à Vare

– Louis XVI a eu peur de son peuple, disait-il; c'est mal, car le peuple n'est pas méchant. Voyez comme les choses se sont passées ici! Jamais une affaire aussi terrible que la vente des biens d'Église n'était arrivée dans le monde. C'est la bourgeoisie philosophe qui l'a voulue, et le peuple n'a fait qu'en profiter, mais sans colère contre nous et avec des ménagements auxquels on ne s'attendait pas. Eh bien, que le roi se confie à son peuple et bientôt son autorité lui sera rendue. Il n'a pas d'e

Ainsi les prévisions de ce pauvre religieux ne dépassaient pas encore le ravin de Valcreux, et nous ne demandions qu'à nous y enfermer comme lui, d'autant mieux que l'événement sembla d'abord lui do

L'Assemblée nationale avait déclaré le roi inviolable malgré sa fuite. Elle s'était dissoute en s'imaginant que sa Constitution était le dernier mot de la Révolution, et que la Législative n'aurait rien à faire que de la faire fonctio

Il nous arriva bien, à la fin de 91, quelques sujets d'inquiétude pour M. le prieur. La nouvelle Assemblée, qui semblait devoir vaincre l'anarchie où la Commune avait jeté Paris, était en colère à cause du veto du roi. Elle voulut s'en prendre au clergé et empêcher le culte, même dans les maisons particulières. Le roi s'y opposa encore, et, comme de juste, nous étions tous royalistes à Valcreux, car nous tenions à notre messe et nous aimions M. le prieur, ce qui ne nous empêchait pas d'être aussi très révolutio

Au commencement d'août 92, M. Costejoux vint nous voir, il arrivait de Paris. Il prit Émilien à part:

– Mon enfant, lui dit-il, savez-vous si M. le prieur a prêté serment à la Constitution?

– Je ne crois pas, dit Émilien, qui ne savait pas mentir, mais qui craignait d'avouer la vérité.

– Eh bien, s'il ne l'a fait, reprit l'avocat, tâchez qu'il le fasse. Les ecclésiastiques sont très menacés. Je ne puis vous en dire davantage, mais je vous parle très sérieusement; vous savez que je m'intéresse à lui.

Émilien avait bien déjà essayé plusieurs fois de persuader le prieur. Il n'avait pas réussi. Il m'expliqua bien de quoi il s'agissait et me chargea de l'affaire.

Ce ne fut pas facile. D'abord, le prieur voulut me battre.

– Je serai donc tourmenté toute ma vie? disait-il. J'ai été mis au cachot par mes religieux pour n'avoir pas voulu jurer que je ferais faire des miracles à la vierge de la fontaine, afin d'empêcher les gens d'ici d'acheter nos biens. À présent, l'on veut que je jure que je suis un homme sincère et ami de son pays. Je ne mérite pas cette humiliation et ne veux pas la subir.

– Vous auriez raison, lui dis-je, si le gouvernement allait bien et si tout le monde était juste; mais on est devenu malheureux et cela rend soupço

– Si tu le prends comme cela, dit-il, je me rends. Et il se mit en règle.

Je savais bien qu'en lui parlant des autres, je le ferais renoncer à ses idées sur lui-même.

Nous pensions être tranquilles; mais ce mois d'août fut terrible à Paris, et, le mois suivant, nous en co

De ce côté-là, nous autres paysans, nous n'avions rien à craindre; nous avions fait notre révolution en 89. Nous avions pris toutes les armes du moutier, et, plus tard, les moines suspects s'étaient en allés d'eux-mêmes. Quant à Émilien, il avait bien prévu que ses biens de famille seraient confisqués et qu'il porterait la peine de la défection de ses parents. Il en prenait son parti en homme qui n'a jamais dû hériter; mais nous étions tristes à cause du roi, que nous ne pouvions pas croire d'accord avec les émigrés, après le blâme qu'il leur avait do

On trouvera cette réflexion singulière, elle est pourtant sérieuse dans mes souvenirs.

Quand de jeunes âmes très pures ont cru à la justice, à l'amitié, à l'ho

Nous consultions M. le prieur plus que par le passé. Nous nous étions cru bien savants, parce que nous avions acquis sans lui des idées qui nous paraissaient plus avancées que les sie

– Mes enfants, nous dit-il, un soir de 93 que nous lui demandions ce qu'il pensait des jacobins et de leur ardeur à pousser la révolution en avant à tout prix, ces hommes-là sont sur une pente où ils ne s'arrêteront pas à volonté. Il ne faut pas tant s'occuper des gens, mais des choses qui sont plus fortes qu'eux. Il y a longtemps que le vieux monde s'en va et que je m'en aperçois au fond du trou où le sort m'a jeté comme un pauvre cloporte destiné à vivre dans l'ombre et la poussière. Ne croyez pas que ce soit la Révolution qui ait amené notre fin; elle n'a fait que pousser ce qui était vermoulu et ne tenait plus à rien. Il y a longtemps que la foi est morte, que l'Église s'est do