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– Est-ce cela que tu appelles un malheur? qu’importe premièrement cette ignominie à celui qui n’a plus de principes?
Quand on a tout franchi, quand l’ho
– Eh, croyez-vous que la justice céleste n’attende pas dans un monde meilleur celui que le crime n’a pas effrayé dans celui-ci?
– Je crois que s’il y avait un dieu, il y aurait moins de mal sur la terre; je crois que si le mal existe sur la terre, ou ces désordres sont nécessités par ce dieu, ou il est au-dessus de ses forces de l’empêcher; or je ne crains point un dieu qui n’est qu’ou faible ou méchant, je le brave sans peur et me ris de sa foudre.
– Vous me faites frémir, madame, dis-je en me levant, pardo
– Arrête, Sophie, si je ne peux vaincre ta raison, que je séduise au moins ton cœur. J’ai besoin de toi, ne me refuse pas tes secours; voilà cent louis, je les mets à tes yeux de côté, ils sont à toi dès que le coup aura réussi.
N’écoutant ici que mon penchant naturel à faire le bien, je demandai sur-le-champ à la Dubois de quoi il s’agissait, afin de prévenir de toute ma puissance le crime qu’elle s’apprêtait à commettre.
– Le voilà, me dit-elle, as-tu remarqué ce jeune négociant de Lyon qui mange avec nous depuis trois jours?
– Qui, Dubreuil?
– Précisément.
– Eh bien?
– Il est amoureux de toi, il me l’a confié. Il a six cent mille francs ou en or, ou en papier dans une très petite cassette auprès de son lit. Laisse-moi faire croire à cet homme que tu consens à l’écouter; que cela soit ou non, que t’importe? Je l’engagerai à te proposer une promenade hors de la ville, je lui persuaderai qu’il avancera ses affaires avec toi pendant cette promenade; tu l’amuseras, tu le tiendras dehors, le plus longtemps possible; je le volerai pendant ce temps-là, mais je ne m’enfuirai point, ses effets seront déjà à Turin que je serai encore dans Grenoble. Nous emploierons tout l’art possible pour le dissuader de jeter les yeux sur nous, nous aurons l’air de l’aider dans ses recherches; cependant mon départ sera a
– Je le veux, madame, dis-je à la Dubois, bien décidée à prévenir le malheureux Dubreuil de l’infâme tour qu’on voulait lui jouer; et pour mieux tromper cette scélérate: Mais réfléchissez-vous, madame, ajoutai-je, que si Dubreuil est amoureux de moi, je puis en tirer bien plus ou en le prévenant, ou en me vendant à lui, que le peu que vous m’offrez pour le trahir?
– Cela est vrai, me dit la Dubois, en vérité je commence à croire que le ciel t’a do
Eh bien, continua-t-elle en écrivant, voilà mon billet de mille louis, ose me refuser maintenant.
– Je m’en garderai bien, madame, dis-je en acceptant le billet, mais n’attribuez au moins qu’à mon malheureux état, et ma faiblesse et le tort que j’ai de vous satisfaire.
– Je voulais en faire un mérite à ton esprit, dit la Dubois, tu aimes mieux que j’en accuse ton malheur, ce sera comme tu voudras, sers-moi toujours et tu seras contente.
Tout s’arrangea; dès le même soir je commençai à faire un peu plus beau jeu à Dubreuil, et je reco
Au jour prescrit pour la promenade projetée, la Dubois nous invita l’un et l’autre à dîner dans sa chambre; nous acceptâmes, et le repas fait, Dubreuil et moi descendîmes pour presser la voiture qu’on nous préparait. La Dubois ne nous accompagnant point, je fus donc seule un instant avec Dubreuil avant que de monter en voiture.
– Monsieur, lui dis-je précipitamment, écoutez-moi avec attention, point d’éclat, et observez surtout rigoureusement ce que je vais vous prescrire. Avez-vous un ami sûr dans cette auberge?
– Oui, j’ai un jeune associé sur lequel je puis compter comme sur moi-même.
– Eh bien, monsieur, allez promptement lui ordo
– Mais j’ai la clé de cette chambre dans ma poche; que signifie ce surplus de précaution?
– Il est plus essentiel que vous ne croyez, monsieur, usez-en de grâce ou je ne sors point avec vous. La femme de chez qui nous sortons est une scélérate, elle n’arrange la partie que nous allons faire ensemble que pour vous voler plus à l’aise pendant ce temps-là. Pressez-vous, monsieur, elle nous observe, elle est dangereuse; que je n’aie pas l’air de vous prévenir de rien; remettez promptement votre clé à votre ami, qu’il aille s’établir dans votre chambre avec quelques autres perso
Dubreuil m’entend, il me serre la main pour me remercier, et vole do
– Nos conditions sont égales, me dit Dubreuil, je suis fils d’un négociant comme vous, mes affaires ont bien tourné, les vôtres ont été malheureuses; je suis trop heureux de pouvoir réparer les torts que la fortune a eus envers vous. Réfléchissez-y, Sophie, je suis mon maître, je ne dépends de perso
Une telle aventure me flattait trop pour que j’osasse la refuser, mais il ne me convenait pas non plus d’accepter sans faire sentir à Dubreuil tout ce qui pourrait l’en faire repentir.
Il me sut gré de ma délicatesse, et ne me pressa qu’avec plus d’instance… Malheureuse créature que j’étais, fallait-il donc que le bonheur ne s’offrît jamais à moi que pour me faire plus vivement sentir le chagrin de ne pouvoir jamais le saisir, et qu’il fût décidément arrangé dans les décrets de la providence, qu’il n’éclorait pas de mon âme une vertu qu’elle ne me précipitât dans le malheur! Notre conversation nous avait déjà conduits à deux lieues de la ville, et nous allions des cendre pour jouir de la fraîcheur de quelques allées sur le bord de l’Isère, où nous avions eu dessein de promener, lorsque tout à coup Dubreuil me dit qu’il se trouvait infiniment mal… Il descend, d’affreux vomissements le surpre