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– Mais, mademoiselle, interrompis-je, effrayée… et la religion? il vous restait au moins cette voie… Ne pouviez-vous pas consulter un directeur et lui tout avouer?
– Ah! ne sais-tu donc pas qu'à mesure qu'il nous pervertit, il étouffe dans nous toutes les semences de la religion, et qu'il nous en interdit tous les actes?… et d'ailleurs le pouvais-je? A peine m'a-t-il instruite. Le peu qu'il m'a dit sur ces matières n'a été que dans la crainte que mon ignorance ne trahît son impiété. Mais je n'ai jamais été à confesse, je n'ai jamais fait ma première communion; il sait si bien ridiculiser toutes ces choses, en absorber dans nous jusqu'aux moindres idées, qu'il éloigne à jamais de leurs devoirs celles qu'il a subornées; ou si elles sont contraintes à les remplir à cause de leur famille, c'est avec une tiédeur, une indifférence si entières, qu'il ne redoute rien de leur indiscrétion. Mais convaincs-toi, Thérèse, convaincs-toi par tes propres yeux, continue-t-elle en me poussant fort vite dans le cabinet d'où nous sortions; viens, cette chambre où il corrige ses écoliers est la même que celle où il jouit de nous; voici la classe finie, c'est l'heure où, échauffé des préliminaires, il va venir se dédommager de la contrainte que lui impose quelquefois sa prudence; remets-toi où tu étais, chère fille, et tes yeux vont tout découvrir.
Quelque peu curieuse que je fusse de ces nouvelles horreurs, il valait pourtant mieux pour moi me rejeter dans ce cabinet que de me faire surprendre avec Rosalie pendant les classes; Rodin en eût infailliblement conçu des soupçons. Je me place donc; à peine y suis-je, que Rodin entre chez sa fille; il la conduit dans celui dont il vient d'être question, les deux femmes du logis s'y rendent; et là, l'impudique Rodin, n'ayant plus de mesures à garder, se livre à l'aise et sans aucun voile à toutes les irrégularités de sa débauche. Les deux paysa
Rodin alla se mettre à table: après de tels exploits, il avait besoin de réparer. Le soir il y avait encore et classe et correction; je pouvais observer de nouvelles scènes si je l'eusse désiré, mais j'en avais assez pour me convaincre et pour déterminer ma réponse aux offres de ce scélérat. L'époque où je devais la rendre approchait. Deux jours après ces événements-ci, lui-même vint me la demander dans ma chambre. Il me surprit au lit. Le prétexte de voir s'il ne restait plus aucune trace de mes blessures lui do
– Thérèse, me dit-il alors en faisant promener ses mains de manière à ne plus me laisser aucun doute, vous voilà rétablie, ma chère, vous pouvez maintenant me témoigner la reco
En disant cela, Rodin, vraisemblablement déjà prêt à l'exécution de ses projets, pour achever de les accomplir est obligé de me lâcher un moment; je profite du jour qu'il me do
– Monsieur, lui dis-je, je vous prie de bien vous convaincre qu'il n'est rien dans le monde entier qui puisse m'engager aux horreurs que vous semblez vouloir. Ma reco
Rodin, confondu d'une résistance à laquelle il s'attendait peu avec une fille dénuée de ressources, et que d'après une injustice ordinaire aux hommes, il supposait malho
– Thérèse, reprit-il au bout d'un instant, c'est assez mal à propos que tu fais la vestale avec moi; j'avais, ce me semble, quelque droit à des complaisances de ta part; n'importe, garde ton argent mais ne me quitte point. Je suis bien aise d'avoir une fille sage dans ma maison, celles qui m'entourent le sont si peu!… Puisque tu te montres si vertueuse dans ce cas-ci, tu le seras, j'espère, également dans tous. Mes intérêts s'y trouveront, ma fille t'aime, elle vient de me supplier, tout à l'heure encore, de t'engager à ne point nous quitter; reste donc près de nous, je t'y invite.
– Monsieur, répondis-je, je n'y serais pas heureuse; les deux femmes qui vous servent aspirent à tous les sentiments qu'il est en vous de leur accorder; elles ne me verront pas sans jalousie, et je serai tôt ou tard contrainte à vous quitter.
– Ne l'appréhende pas, me répondit Rodin, ne crains aucun des effets de la jalousie de ces femmes; je saurai les tenir à leur place en maintenant la tie
Ô ciel! pensai-je en ce moment, la vertu est donc nécessaire, elle est donc indispensable à l'homme, puisque le vicieux lui-même est obligé de se rassurer par elle, et de s'en servir comme d'abri! Me rappelant ensuite les instances que Rosalie m'avait faites pour ne la point quitter, et croyant reco
– Thérèse, me dit Rodin au bout de quelques jours, c'est auprès de ma fille que je vais te mettre; de cette manière, tu n'auras rien à démêler avec mes deux autres femmes, et je te do
Une telle place était une espèce de fortune dans ma position; enflammée du désir de ramener Rosalie au bien, et peut-être son père même, si je prenais sur lui quelque empire, je ne me repentis point de ce que je venais de faire… Rodin, m'ayant fait habiller, me conduisit dès le même instant à sa fille, en lui a
Il ne se passa pas huit jours sans que je commençasse à travailler aux conversions que je désirais, mais l'endurcissement de Rodin rompait toutes mes mesures.
– Ne crois pas, répondait-il à mes sages conseils, que l'espèce d'hommage que j'ai rendu à la vertu dans toi soit une preuve ni que j'estime la vertu, ni que j'aie envie de la préférer au vice. Ne l'imagine pas, Thérèse, tu t'abuserais; ceux qui, partant de ce que j'ai fait envers toi, soutiendraient d'après ce procédé l'importance ou la nécessité de la vertu, tomberaient dans une grande erreur, et je serais bien fâché que tu crusses que telle est ma façon de penser. La masure qui me sert d'abri à la chasse quand les rayons ardents du soleil dardent à plomb sur mon individu, n'est assurément pas un monument utile, sa nécessité n'est que de circonstance; je m'expose à une sorte de danger, je trouve quelque chose qui me garantit, je m'en sers, mais ce quelque chose en est-il moins inutile? en peut-il être moins méprisable? Dans une société totalement vicieuse, la vertu ne servirait à rien: les nôtres n'étant pas de ce genre, il faut absolument ou la jouer, ou s'en servir, afin d'avoir moins à redouter de ceux qui la suivent. Que perso