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Rodin, c'était le nom de cet artiste, m'examina avec la plus grande attention, il ne trouva rien de dangereux dans mes plaies; il aurait, disait-il, répondu de me rendre en moins de quinze jours aussi fraîche qu'avant mon aventure, si j'étais arrivée chez lui au même instant; mais la nuit et l'inquiétude avaient envenimé des blessures, et je ne pouvais être rétablie que dans un mois. Rodin me logea chez lui, prit tous les soins possibles pour moi, et le trentième jour, il n'existait plus sur mon corps aucun vestige des cruautés de M. de Bressac.

Dès que l'état où j'étais me permit de prendre l'air, mon premier empressement fut de tâcher de trouver dans le bourg une jeune fille assez adroite et assez intelligente pour aller au château de la marquise s'informer de tout ce qui s'y était passé de nouveau depuis mon départ; la curiosité n'était pas le vrai motif qui me déterminait à cette démarche; cette curiosité, vraisemblablement dangereuse, eût à coup sûr été fort déplacée; mais ce que j'avais gagné chez la marquise était resté dans ma chambre; à peine avais-je six louis sur moi, et j'en possédais plus de quarante au château. Je n'imaginais pas que le comte fût assez cruel pour me refuser ce qui m'appartenait aussi légitimement. Persuadée que sa première fureur passée, il ne voudrait pas me faire une telle injustice, j'écrivis une lettre aussi touchante que je le pus. Je lui cachai soigneusement le lieu que j'habitais, et le suppliai de me renvoyer mes hardes avec le peu d'argent qui se trouvait à moi dans ma chambre. Une paysa

La marquise de Bressac, tombée dangereusement malade le jour même de ma sortie du château, était morte le surlendemain dans des douleurs et dans des convulsions épouvantables; les parents étaient accourus, et le neveu, qui paraissait dans la plus grande désolation, prétendait que sa tante avait été empoiso

Mme de Lorsange ayant pris le billet des mains de notre belle aventurière y lut les mots suivants:

Une scélérate capable d'avoir empoiso

– Continuez ma chère enfant, dit Mme de Lorsange en rendant le billet à Thérèse, voilà des procédés qui font horreur; nager dans l'or, et refuser à une malheureuse qui n'a pas voulu commettre un crime ce qu'elle a légitimement gagné, est une infamie gratuite qui n'a point d'exemple.

– Hélas! madame, continua Thérèse, en reprenant la suite de son histoire, je fus deux jours à pleurer sur cette malheureuse lettre; je gémissais bien plus du procédé horrible qu'elle prouvait que des refus qu'elle contenait. Me voilà donc coupable! m'écriai-je, me voilà donc une seconde fois dénoncée à la Justice pour avoir trop su respecter ses lois! Soit, je ne m'en repens pas; quelque chose qui puisse m'arriver, je ne co

Il m'était pourtant impossible de croire que les recherches dont le comte me parlait fussent bien réelles; elles avaient si peu de vraisemblance, il était si dangereux pour lui de me faire paraître en Justice, que j'imaginai qu'il devait, au fond de lui-même, être beaucoup plus effrayé de me voir que je n'avais lieu de frémir de ses menaces. Ces réflexions me décidèrent à rester où j'étais, et à m'y placer même si cela était possible, jusqu'à ce que mes fonds un peu augmentés me permissent de m'éloigner; je communiquai mon projet à Rodin, qui l'approuva, et me proposa même de rester dans sa maison; mais avant de vous parler du parti que je pris, il est nécessaire de vous do

Rodin était un homme de quarante ans, brun, le sourcil épais, l'œil vif, l'air de la force et de la santé, mais en même temps du libertinage. Très au-dessus de son état, et possédant dix à douze mille livres de rentes, Rodin n'exerçait l'art de la chirurgie que par goût; il avait une très jolie maison dans Saint-Marcel, qu'il n'occupait, ayant perdu sa femme depuis quelques a

En conséquence, je priai M. Rodin de me laisser prendre des forces encore une semaine chez lui, l'assurant qu'avant la fin de cette époque il aurait ma réponse sur ce qu'il voulait me proposer.

Je profitai de cet intervalle pour me lier plus étroitement avec Rosalie, déterminée à ne me fixer chez son père qu'autant qu'il n'y aurait rien dans sa maison qui pût me faire ombrage. Portant dans ce dessein mes regards sur tout, je m'aperçus dès le lendemain que cet homme avait un arrangement qui dès lors me do

M. Rodin tenait chez lui une pension d'enfants des deux sexes; il en avait obtenu le privilège du vivant de sa femme et l'on n'avait pas cru devoir l'en priver quand il l'avait perdue. Les élèves de M. Rodin était peu nombreux, mais choisis; il n'avait en tout que quatorze filles et quatorze garçons. Jamais il ne les prenait au-dessous de douze ans, ils étaient toujours renvoyés à seize; rien n'était joli comme les sujets qu'admettait Rodin. Si on lui en présentait un qui eût quelques défauts corporels, ou point de figure, il avait l'art de le rejeter pour vingt prétextes, toujours colorés de sophismes où perso

Rodin tenait lui-même les écoles; sa gouvernante soignait celle des filles, dans laquelle il passait aussitôt qu'il avait fini l'instruction des garçons; il apprenait à ces jeunes élèves à écrire, l'arithmétique, un peu d'histoire, le dessin, la musique, et n'employait pour tout cela d'autres maîtres que lui.

Je témoignai d'abord mon éto