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– Thérèse, me dit-il avec le flegme le plus grand, j'ai trouvé un moyen plus sûr que celui que je t'avais proposé pour venir à bout de nos projets; mais cela demande des détails, je n'ose aller si souvent dans ta chambre; trouve-toi à cinq heures précises au coin du parc, je t'y prendrai et nous irons faire une promenade dans le bois, pendant laquelle je t'expliquerai tout.
Je vous l'avoue, madame, soit permission de la providence, soit excès de candeur, soit aveuglement, rien ne m'a
Le parjure est vertu quand on promit le crime,
a dit un de nos poètes tragiques; mais le parjure est toujours odieux pour l'âme délicate et sensible qui se trouve obligée d'y avoir recours. Mon rôle m'embarrassait.
Quoi qu'il en fût, je me trouvai au rendez-vous; le comte ne tarde pas à y paraître, il vient à moi d'un air libre et gai, et nous avançons dans la forêt sans qu'il soit question d'autre chose que de rire et de plaisanter, comme il avait l'usage avec moi. Quand je voulais mettre la conversation sur l'objet qui lui avait fait désirer notre entretien, il me disait toujours d'attendre, qu'il craignait qu'on ne nous observât, et que nous n'étions pas encore en sûreté; insensiblement nous arrivâmes vers les quatre arbres où j'avais été si cruellement attachée. Je tressaillis, en revoyant ces lieux; toute l'horreur de ma destinée s'offrit alors à mes regards, et jugez si ma frayeur redoubla, quand je vis les dispositions de ce lieu fatal. Des cordes pendaient à l'un des arbres; trois dogues anglais monstrueux étaient liés aux trois autres, et paraissaient n'attendre que moi pour se livrer au besoin de manger qu'a
Alors le perfide ne se servant plus avec moi que des plus grossières épithètes:
– Bou… me dit-il, reco
– Hélas! n'avais-je pas choisi le moindre?
– Il fallait refuser, poursuivit le comte furieux, me saisissant par un bras et me secouant avec violence, oui, sans doute, refuser et ne pas accepter pour me trahir.
Alors M. de Bressac me dit tout ce qu'il avait fait pour surprendre les dépêches de Madame, et comment était né le soupçon qui l'avait engagé à les détourner.
– Qu'as-tu fait par ta fausseté, indigne créature? continua-t-il. Tu as risqué tes jours sans conserver ceux de ma tante: le coup est fait, mon retour au château m'en offrira les fruits, mais il faut que tu périsses, il faut que tu appre
Et sans me do
– La voilà, lui dit-il, celle qui a voulu empoiso
Alors les deux scélérats s'emparent de moi, ils me mettent nue dans un instant:
– Les belles fesses! disait le comte avec le ton de la plus cruelle ironie et touchant ces objets avec brutalité, les superbes chairs!… l'excellent déjeuner pour mes dogues!
Dès qu'il ne me reste plus aucun vêtement, on me lie à l'arbre par une corde qui prend le long de mes reins, me laissant les bras libres pour que je puisse me défendre de mon mieux; et par l'aisance qu'on laisse à la corde je puis avancer et reculer d'environ six pieds. Une fois là, le comte, très ému, vient observer ma contenance; il tourne et passe autour de moi; à la dure manière dont il me touche, il semble que ses mains meurtrières voudraient le disputer de rage à la dent acérée de ses chiens.
– Allons! dit-il à son aide, lâche ces animaux, il en est temps.
On les déchaîne, le comte les excite, ils s'élancent tous trois sur mon malheureux corps, on dirait qu'ils se le partagent pour qu'aucune de ses parties ne soit exempte de leurs furieux assauts; j'ai beau les repousser, ils ne me déchirent qu'avec plus de furie, et pendant cette scène horrible, Bressac, l'indigne Bressac, comme si mes tourments eussent allumé sa perfide luxure… l'infâme! il se prêtait, en m'examinant, aux criminelles caresses de son favori.
– C'en est assez, dit-il, au bout de quelques minutes, rattache les chiens et abando
– Eh bien! Thérèse, me dit-il bas en brisant mes liens, la vertu coûte souvent bien cher, tu le vois; t'imagines-tu que deux mille écus de pension ne valaient pas mieux que les morsures dont te voilà couverte?
Mais dans l'état affreux où je me trouve, je puis à peine l'entendre; je me jette au pied de l'arbre et suis prête à perdre co
– Je suis bien bon de te sauver la vie, dit le traître que mes maux irritent, prends garde au moins à l'usage que tu feras de cette faveur…
Puis il m'ordo
Le gonflement de mes chairs, le sang qui ruisselle encore, les douleurs affreuses que j'endure, tout me rend presque impossible l'opération de me rhabiller, sans que jamais le malho
– Allez où vous voudrez, me dit-il; il doit vous rester de l'argent, je ne vous l'ôte point, mais gardez-vous de reparaître à aucune de mes maisons de ville ou de campagne; deux raisons puissantes s'y opposent. Il est bon que vous sachiez d'abord que l'affaire que vous avez cru terminée ne l'est point. On vous a dit qu'elle n'existait plus, on vous a induite en erreur; le décret n'a point été purgé; on vous laissait dans cette situation pour voir comment vous vous conduiriez; en second lieu, vous allez publiquement passer pour la meurtrière de la marquise; si elle respire encore, je vais lui faire emporter cette idée au tombeau, toute la maison le saura. Voilà donc contre vous deux procès au lieu d'un, et à la place d'un vil usurier pour adversaire, un homme riche et puissant, déterminé à vous poursuivre jusqu'aux enfers, si vous abusez de la vie que vous laisse sa pitié.
– Oh! monsieur, répondis-je, quelles qu'aient été vos rigueurs envers moi, ne redoutez rien de mes démarches; j'ai cru devoir en faire contre vous quand il s'agissait de la vie de votre tante, je n'en entreprendrai jamais quand il ne sera question que de la malheureuse Thérèse. Adieu, monsieur, puissent vos crimes vous rendre aussi heureux que vos cruautés me causent de tourments! et quel que soit le sort où le ciel me place, tant qu'il conservera mes déplorables jours, je ne les emploierai qu'à prier pour vous.
Le comte leva la tête; il ne peut s'empêcher de me considérer à ces mots, et comme il me vit chancelante et couverte de larmes, dans la crainte de s'émouvoir sans doute, le cruel s'éloigna, et je ne le vis plus.
Entièrement livrée à ma douleur, je me laissai tomber au pied de l'arbre, et là, lui do
Ô mon Dieu, m'écriai-je, vous l'avez voulu; il était dans vos décrets éternels que l'i
La nuit tombait: il me devenait impossible d'aller plus loin; à peine pouvais-je me soutenir; je jetai les yeux sur le buisson où j'avais couché quatre ans auparavant, dans une situation presque aussi malheureuse; je m'y traînai comme je pus, et m'y étant mise à la même place, tourmentée de mes blessures encore saignantes, accablée des maux de mon esprit et des chagrins de mon cœur, je passai la plus cruelle nuit qu'il soit possible d'imaginer.
La vigueur de mon âge et de mon tempérament m'ayant do