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— Je trouve déjà assez difficile de parler de ces choses-là à des gens que je co

Il m’a répondu :

— Justement, c’est le principe, on peut tout dire à un inco

Sauf que ce n’est pas entièrement vrai. On ne peut pas TOUT dire. Pauvre Scott. Il n’a pas idée. Il m’aime si fort que ça me fait mal. Je ne sais pas comment il y arrive. À sa place, je deviendrais folle, avec quelqu’un comme moi.

Mais il faut bien que je fasse quelque chose et, au moins, ça me do

Soir

J’attends. J’avais rendez-vous il y a une demi-heure, et je suis encore là, dans la salle d’attente, à feuilleter un exemplaire de Vogue et à me demander si je ne devrais pas partir. Je sais qu’un rendez-vous chez le médecin peut souvent s’éterniser, mais chez le psy ? À force de regarder des films, je croyais qu’ils vous mettaient à la porte à l’instant même où vos trente minutes étaient écoulées. Mais j’imagine que ce ne sont pas les psys remboursés par la Sécu qu’on nous montre à Hollywood.

Alors que je m’apprête à me lever pour aller voir la réceptio

— Madame Hipwell, je suis navré de vous avoir fait patienter si longtemps.

Je lui souris, je lui dis que ce n’est rien et, à ce moment précis, je le sens, oui, que ce n’est rien, que tout ira bien, parce que, même si ça ne fait qu’un instant que je suis en sa compagnie, je me sens déjà apaisée.

Je pense que c’est dû à sa voix. Douce et grave. Avec un léger accent, mais je m’y attendais, parce qu’il s’appelle Kamal Abdic. J’imagine qu’il doit avoir dépassé la trentaine, mais la couleur incroyable de sa peau – couleur miel foncé – lui do

On ne parle de rien d’important, ce n’est qu’une séance d’introduction, pour « apprendre à se co

— De Maidstone, répond-il, dans le Kent. Mais je me suis installé à Corly il y a quelques a

Il sait que ce n’était pas ce que je demandais et m’adresse un sourire rusé.

Quand j’arrive à la maison, Scott m’attend, et il me glisse un verre dans la paume de la main. Il veut tout savoir. Je lui dis que ça va. Il me pose des questions sur le psychologue : est-ce que je l’aime bien, est-ce qu’il a l’air gentil ? Ça va, dis-je encore pour ne pas paraître trop enthousiaste. Il me demande si on a parlé de Ben. Scott croit que tout a à voir avec Ben. Il a peut-être raison. Il n’est pas impossible qu’il me co

Mardi 25 septembre 2012

Matin

Je me suis réveillée tôt, ce matin, mais j’ai réussi à dormir quelques heures, ce qui est déjà pas mal par rapport à la semaine dernière. Quand je me suis levée, je me suis sentie presque reposée, alors, au lieu de m’installer sur le balcon, j’ai décidé d’aller me promener.

Avec le temps, je sors de moins en moins, presque sans m’en rendre compte. J’ai l’impression de ne jamais aller nulle part. Je vais faire les courses, à mon cours de Pilates, et chez le psy. Parfois chez Tara. Et le reste du temps, je suis à la maison. Pas éto

Je sors, je prends à droite dans la rue, puis à gauche sur Kingly Road. Je passe devant le pub, le Rose. Avant, on y allait tout le temps. Je ne sais pas pourquoi on a arrêté. Mais je n’ai jamais trop aimé ça, il n’y avait quasiment que des couples juste en dessous de la quarantaine qui buvaient trop et semblaient à la recherche d’une meilleure vie, à se demander s’ils auraient un jour le courage de tout plaquer. C’est peut-être pour ça qu’on a arrêté de venir, parce que ça ne me plaisait pas. Le pub, puis des boutiques. Je ne compte pas aller bien loin, je veux juste faire un petit tour pour me dégourdir les jambes.

C’est agréable d’être dehors de si bon matin, avant l’apparition des écoliers et des voitures de ceux qui partent travailler à Londres ; les rues sont vides et propres, la journée pleine de promesses. Je prends une nouvelle fois à gauche et j'arrive au terrain de jeux – le seul semblant de parc que nous avons dans le quartier. Il est désert, mais d’ici quelques heures il sera investi par des nuées d’enfants, de mamans, et de filles et garçons au pair. La moitié des nanas de mon cours de Pilates sera là, toutes en survêtement tendance et prêtes à faire des étirements en se jaugeant du coin de l’œil, un gobelet Starbucks niché dans leurs mains manucurées.

Je dépasse le parc et descends la rue vers Roseberry Avenue. Si je tournais à droite, je verrais ma galerie – enfin, c’était ma galerie autrefois, maintenant ce n’est plus qu’une vitrine vide. Mais je n’en ai pas envie. C’est encore trop douloureux pour moi. J’ai bossé tellement dur pour que ça marche. Mauvais endroit, mauvais moment – il n’y a pas de marché pour l’art dans les banlieues, pas dans un tel contexte économique. À la place, je prends à gauche, je passe devant le Tesco Express, l’autre pub, celui où vont les gens de notre lotissement, puis je me dirige vers la maison. Je commence à avoir des papillons dans le ventre, je suis nerveuse. J’ai peur de croiser les Watson, c’est toujours gênant de les voir. Je n’ai manifestement pas de nouvel emploi, ce qui signifie que j’ai menti parce que je n’avais pas envie de continuer à travailler pour eux.

Enfin, c’est surtout gênant quand je la croise, elle. Tom se contente de m’ignorer. Mais A

Je m’arrête au coin de la rue et je jette un coup d’œil dans le passage souterrain sous les rails. L’odeur de froid et d’humidité me do