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— Juve, disait Fandor, il y a quelque chose que vous ignorez. C’est que M me Gauthier, lady Beltham, fréquente le bureau de placement Thorin.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
— Le bureau Thorin, continuait Fandor, est le bureau qui a placé Adèle chez Rita d’Anrémont. Rita d’Anrémont a été cambriolée. Le bureau Thorin est le bureau qui a fourni un domestique à Backefelder et qui, de plus, est chargé de trouver la main-d’œuvre engagée à bord du transatlantique qui l’amenait en France. Le bureau Thorin, enfin, a fourni des domestiques, je m’en suis assuré, à Nathaniel Marquet-Mo
— Je n’ose presque pas conclure, dit Juve. Si je comprends bien, Fandor, tu n’es pas éloigné de penser…
Mais Juve n’était pas homme à hésiter longtemps. Il s’interrompit, tira de son gousset une pièce de mo
— Que faites-vous ?
— Je m’apprête à partir.
— Pour aller où ?
— Tu le sais bien, parbleu. Pour aller au bureau Thorin. Tu as raison, c’est là qu’il faut enquêter.
— Vous avez raison, Juve, le bureau Thorin, c’est le repaire, allons y traquer Fantômas.
24 – UNE BOMBE
Les « perles » et les cordons bleus se redisaient pour la millième fois la même histoire :
— Croyez-vous, la patro
— C’est vrai aussi, renchérit une brunette coiffée à la vierge, les patrons s’imaginent qu’on est des esclaves. Pour cinquante francs que l’on me do
Au bureau Thorin, comme ailleurs, c’était la lutte des classes. Les cuisinières dédaignaient les bo
Lorsqu’une grande femme sèche et étriquée fit son apparition :
— Allons, dit-elle, j’ai déjà défendu que l’on parle si fort. Causez à voix basse si vous le voulez. Mais pas si fort, on vous entend jusque dans le bureau de M me la directrice. D’ailleurs, j’ai besoin d’une de vous. Marie Legall, M me Thorin vous demande.
— Voilà, mademoiselle, j’arrive.
La porte retombée derrière la petite Breto
— Ah, la petite coquine, vous avez-t’y pas vu que voilà déjà deux fois ce matin qu’elle est appelée par la directrice.
— Parbleu, ça arrive de province, ça ne sait pas se défendre, ça accepte tous les prix et toutes les places.
— Moi, je vous dis que cette petite-là, avec son béret de Breto
À ce moment, une explosion les fit sursauter toutes tant qu’elles étaient. Le silence.
Puis, dans les hurlements, Marie Legall entra. La petite bo
— Au secours, criait-elle, avançant, les bras en croix, battant l’air.
Et, à chacun de ses pas, le sang tombait de son visage, tombait de ses vêtements, car des pieds à la tête, elle en était couverte, littéralement couverte. Puis, elle s’écroula.
Alors, les clameurs redoublèrent. Enfin, des employés du bureau de placement apparurent :
Que s’était-il passé ? Perso
— Et M me Thorin, cria-t-elle, qu’a-t-il bien pu lui arriver ? Marie Legall était avec elle.
Et elle partit vers le bureau. Ce bureau n’avait qu’une porte, une porte qui do
— Madame Thorin, madame Thorin !
Aucune réponse.
La sous-directrice ouvrit la porte et regarda à l’intérieur du cabinet de la directrice :
— Au secours ! cria la sous-directrice.
Il y eut une ruée vers le cabinet de la directrice. Sans souci de Marie Legall, on se précipita dans le corridor vers le cabinet.
On criait :
— Mais qu’est-ce qu’il y a ? Où est M me Thorin ?
— Regardez donc, dit la sous-directrice.
On regarda par la porte ouverte à demi. Plafond, sol, murailles, meubles, tout, dans la pièce, était rouge de sang, recouvert même de débris i
Marie Legall avait été grièvement atteinte au visage ; pour la malheureuse M me Thorin, son corps avait dû être déchiqueté, pulvérisé, réduit en ces milliers de fragments qui souillaient le cabinet directorial, qui lui do
Depuis dix minutes déjà, l’horreur régnait en maîtresse au bureau de placement Thorin, lorsque, grave, digne, très lent et infiniment sole
Ce sergent de ville était un brave garçon et même un homme brave :
— Pourquoi qu’on appelle au secours ? demanda-t-il.
— C’est un accident, expliqua un larbin à face glabre et qui tremblait.
— C’est une bombe pour sûr, hurlait une petite bo
— C’est la patro
La sous-directrice, enfin, parut :
— Vite, par ici, monsieur l’agent, un épouvantable malheur vient d’avoir lieu. Venez. Dépêchez-vous !
Bousculé, poussé à droite, poussé à gauche, l’agent fut conduit jusqu’à la grande salle où gisait toujours la petite Breto
— Hé, mademoiselle, vous m’entendez ? qu’est-ce qui vous est arrivé ?
— Dieu, que je souffre, dit la petite Breto
L’agent répéta :
— Mais, qu’est-ce qui vous est arrivé ?
— J’étais en train de do
Et puis, tout d’un coup, elle suffoqua de douleur et avec une voix déchirante murmura :
— Ah, j’étouffe, on m’a jeté au visage un bol de quelque chose. Ça m’a brûlé horriblement, et puis, c’est tout. Il y a eu un grand bruit et puis je ne sais rien, je me suis sauvée, je n’ai rien vu… je… je…
Alors l’agent se releva :
— Je ne comprends pas du tout ce qui s’est passé, Elle n’a rien vu cette malheureuse. Tout de même, il faudrait téléphoner au poste pour qu’on envoie des agents et puis aussi une ambulance.