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Ce n’est pas, en vérité, uniquement pour do
— Célestin Labourette, songeait Juve, tout en s’habillant, Je co
Et puis, soudain, Juve se souvint. Célestin Labourette, mais oui ! Au Crocodile, le gros qui disait : « Parfaitement, je suis marchand de cochons, gros marchand de cochons, comme qui dirait le roi des marchands de cochons. »
Maintenant qu’il y pensait, d’ailleurs, c’est ce même soir, avec Backefelder, qu’il avait vu Adèle et Chonchon, sans compter le maître d’hôtel : Bébé. Crédibisèque, il ne fallait pas beaucoup de flair pour sentir les traces de… Ne nous énervons pas.
***
Au commissariat de police des Lilas, le collègue de service ne lui laissa même pas le temps d’ouvrir la bouche :
— Eh bien, mon cher, pour une fois, je crois que vous arrivez comme les carabiniers d’Offenbach. Il n’y a plus rien à trouver. Le coupable est sous les verrous. Par conséquent, j’imagine que, grâce à ses aveux, grâce aux dénonciations de ses complices, nous saurons tout.
— Eh bien, c’est parfait, la besogne va nous être simplifiée si réellement l’un des assassins est déjà sous les verrous. En somme, que s’est-il passé ? que savez-vous ? comment avez-vous été prévenu ?
— Voici en deux mots l’affaire. Hier soir, vers onze heures, j’étais en train de signer des rapports, des papiers administratifs, lorsque tout d’un coup, le brigadier de garde a frappé à la porte de mon cabinet. C’est un homme en qui j’ai toute confiance, sérieux, habile, co
J’ai fait entrer l’agent Perrier et il m’a raconté, en effet, des choses extraordinaires. Au beau milieu de sa faction, alors que, suivant sa propre expression, il ne « songeait à rien du tout », il a entendu des cris, puis des coups de revolver provenant d’une petite villa voisine. Mon agent a aperçu une grosse femme vêtue de façon un peu voyante qui s’enfuyait en toute hâte, cependant qu’à la porte d’entrée une autre femme lui criait :
— Reviens donc, Chonchon, es-tu bête. C’est pas à nous qu’ils en veulent. C’est les poteaux.
— Alors, qu’a fait l’agent Perrier ?
— Il a écouté.
— Mon Dieu, il aurait dû se précipiter dans cette maison.
— C’est là où la chose devient tout à fait cocasse. L’agent Perrier s’est convaincu qu’il y avait toute une bande de cambrioleurs occupés à l’intérieur de la maiso
— Et alors, l’agent Perrier est entré dans la maison ?
— L’agent Perrier n’est pas entré, il était seul, il se serait fait tuer. Non. Il a eu une heureuse inspiration. Il est revenu au poste pour do
— Et qu’a-t-il dit ?
— Rien. Depuis son arrestation, il s’enferme dans un mutisme absolu.
— Nous verrons à l’interroger tout à l’heure. L’arrestation faite, comment avez-vous opéré ?
— Comme il le fallait, j’ai laissé deux de mes hommes avec le priso
— Il n’y avait plus perso
— Comment le savez-vous ?
— Dame, si vous avez so
Un silence. Le commissaire était maintenant au paroxysme d’une colère contenue. N’empêche, il fallait répondre. Les règles de la politesse administrative l’exigeaient :
— Nous sommes entrés et nous nous sommes précipités aussi vite que nous l’avons pu dans la petite maison. Nous sommes arrivés juste à temps pour apercevoir un groupe d’hommes qui sautaient le mur du fond du jardin. Ils se sont enfuis à travers les terrains vagues derrière, emportant, si nous l’avons bien vu, un corps, quelqu’un, un blessé.
— Et vous les avez poursuivis ?
— Nous avons fouillé la maison, d’abord.
— Ah ?
— Et c’est alors que nous avons trouvé dans la salle à manger le malheureux propriétaire de la villa. Célestin Labourette, à demi-mort, criblé de coups de couteau, baignant dans son sang et si terriblement atteint qu’à l’hôpital où je l’ai fait immédiatement transporter, on désespère de le sauver. Défense de l’interroger.
— Vous n’avez rien trouver d’autre ?
— Si, dans la cave, une petite lampe électrique allumée.
— Et c’est tout ?
— C’est tout. Je ne vous parle point des meubles cambriolés, un petit coffre-fort forcé, des dégâts.
— Eh bien, tout cela me semble parfait, voyons l’homme que vous avez arrêté, dit Juve.
Le commissaire envoya chercher l’homme arrêté. Juve se carra dans le fauteuil de cuir, prépara un carnet et, le crayon à la main, s’apprêta à prendre des notes.
Dans le couloir, on entendait le gardien qui pressait son priso
— Avance donc, sacré nom.
Puis, la porte du cabinet du commissaire s’ouvrit. Juve était placé juste en face. C’est lui qui, le premier, devait apercevoir celui qu’on allait introduire.
Et Juve éclata de rire. Un rire énorme. Pas du tout conforme au perso
— Qu’avez-vous ? demanda le commissaire.
— Vite, lui répondit Juve, faites-moi le plaisir de détacher cet homme. Les clefs de ces poussettes, tout de suite, ou je me fâche, crédibisèque.
— Mais…, firent le Commissaire et le gardien de la paix, vous n’allez pas détacher cet homme.
— Bougre de nom d’un chien, dépêchez-vous donc. Puisque je vous dis que c’est Jérôme Fandor, de La Capitale, aussi i
***
Une heure plus tard, Fandor, mis en liberté grâce à l’insistance de Juve qui, cependant, pour convaincre le commissaire de police de l’imbécillité de son arrestation, dut téléphoner à M. Havard, le policier et le journaliste étaient attablés dans une petite salle proprette et pauvre formant l’arrière-boutique de l’un des restaurants des Lilas. Devant eux, fumaient deux grands bols de chocolat et ils mettaient à mal, avec entrain, une corbeille de brioches. Juve, tout yeux et tout oreilles, écoutait Fandor qui, enfin, consentait à le mettre au courant de ses propres exploits.