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— Vite, mon vieux, cavale !…

— Encore une journée où l’on ne va pas s’amuser. Le singe est d’une humeur de chien !

On s’appelait encore de groupe en groupe, on se souhaitait le bonjour.

— C’est toi, Émile ? comment ça va, ma vieille ?

Et tout ce flot d’ouvriers s’engouffrait sous la porte basse avec de véritables tourbillons qui rappelaient la lutte du fleuve sous les ponts, cependant qu’un concierge, un « pointeau », disaient les ouvriers, se promenait sur le trottoir, agitant un trousseau de clefs et prêt à refermer inexorablement la porte au nez des derniers retardataires lorsque le second coup de sirène aurait retenti.

Quels étaient ces ouvriers, quelle était l’usine où ils s’empressaient ainsi ?

L’usine était vraiment spéciale et les travaux qu’on y effectuait pouvaient à bon droit mériter la visite des quelques rares privilégiés qui, chaque a

Il s’agissait de la Mo

La petite porte de la rue une fois franchie, les ouvriers arrivaient dans un long couloir séparé dans le sens de la largeur par trois longues barrières dans lesquelles ils prenaient la file. À droite, allaient les fondeurs ; au milieu, se plaçaient les frappeurs ; la dernière série comprenait les compteurs, les pareurs et les expéditeurs.

Ceux-là entraient directement dans leur atelier, et pouvaient se mettre immédiatement au travail. Ils n’avaient à manier que des pièces faites, finies en quelque sorte, et les précautions de sûreté prises à leur endroit n’étaient pas énormes. Au surplus, pour assurer une ho

Il en était en revanche tout autrement pour les ouvriers appelés à travailler dans les ateliers de fabrication.

Ceux-là, en raison même de la nature de leur besogne, étaient astreints à des précautions véritablement minutieuses et qu’un profane peut croire exagérées.

Un contremaître de service, en effet, les conduisait immédiatement à de vastes vestiaires, où ils devaient abando

Il s’agissait d’une sorte de grande blouse faite d’alpaga, une étoffe sèche qui ne retenait pas la poussière. La blouse était serrée aux manches, aux chevilles, au cou, par de puissants élastiques qui garantissaient qu’elle fermait hermétiquement.

Les hommes, enfin, enfonçaient sur leurs cheveux une sorte de calotte noire qui, elle aussi, les serrait au visage étroitement.

Pourquoi prenait-on toutes ces précautions et dans quel but imposait-on cet uniforme ?

Qui eût suivi ces ouvriers s’en fût facilement rendu compte.

En sortant des vestiaires, ils se rendaient, en effet, dans les ateliers de travail, et là c’était un éblouissement, un extraordinaire spectacle, une féerie qui ne pouvait manquer de surprendre et d’halluciner en même temps.

Dans les ateliers de la Mo

On s’occupait, en effet, d’une importante frappe de pièces de vingt francs qui devaient être, un peu plus tard, mises en circulation. La Mo

Or, au cours des différentes manœuvres de fabrication, au cours de l’estampage, du rognage, l’or semblait se pulvériser en une chaude poussière, d’une invraisemblable finesse.

Tout se trouvait dès lors poudré d’or. Tout disparaissait sous une couche jaune et, fort peu de temps après la mise en marche des machines, les ouvriers eux-mêmes, vêtus de leurs grandes blouses, étaient rutilants, comme dorés, ou comme saupoudrés de la précieuse poudre.

Il y avait naturellement des fortunes véritables qui flottaient ainsi dans l’air. L’État ne pouvait admettre que ces fortunes fussent perdues, et c’est pourquoi des précautions spéciales étaient prises. Les ouvriers étaient astreints à changer de vêtements ; de plus, ils devaient, en quittant l’atelier, se débarbouiller dans des eaux que l’on épurait ensuite et, de la sorte, aucune parcelle, si petite fût-elle, de la précieuse matière ne se trouvait égarée.

Dans les ateliers, cependant, nul parmi les travailleurs de l’or ne prêtait plus attention à la féerie merveilleuse de cette richesse à la disposition de tous. Les ouvriers étaient blasés. Ils avaient si bien l’habitude de manipuler ainsi dédaigneusement cet or, qui servait cependant à leur payer chaque mois de chiches appointements, qu’ils trouvaient la chose naturelle. L’or n’était plus, en effet, pour eux qu’une sorte de matière première comparable à n’importe quel autre métal et qu’ils faço

Ils se prêtaient, toutefois, volontiers aux précautions nécessaires pour éviter la perte de la poussière d’or, ils étaient eux-mêmes soigneux, et cela faisait que les ateliers de la Mo

La fabrication de la mo

Dans ces ateliers d’un caractère tout spécial, cependant, une certaine émotion se manifestait ce matin-là, une heure après le commencement du travail. Deux ouvriers, deux frappeurs, qui surveillaient la marche d’un grand flanc chargé d’estamper les pièces de vingt francs, échangeaient des coups d’œil surpris.

— Qu’est-ce que c’est que ce monsieur qui s’balade ?

— Sais pas ! L’inspecteur principal l’a vu ?

— Non, il ne lui a pas encore parlé !

L’inspecteur principal de la Mo

M. Davout, à grands pas, se précipitait vers un perso

M. Davout eut un petit sourire, un salut courtois et s’informa :

— Pardon, monsieur, mais à qui ai-je l’ho

Le monsieur vêtu de noir répondait au salut de M. Davout par une révérence non moins polie et ripostait d’un ton tranquille :

— Mon Dieu, monsieur, mon nom ne vous apprendrait rien, j’attends tout simplement monsieur le directeur et, en l’attendant, je me promène…

Cette réponse eut le don de stupéfier littéralement l’ho

Il y avait vingt ans, en effet, qu’il était à la Mo

— Vous vous promenez ?… reprit-il.

Et il disait cela d’un ton qui marquait sa stupéfaction.

L’autre, cependant, continuait, toujours fort calme, et ne paraissait pas s’apercevoir de l’énormité de ses paroles.