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« M. Drapier, qui n’est pas mauvais homme à l’ordinaire, voit rouge, sitôt qu’il s’agit d’un danger couru par sa propre tranquillité perso
Une fois encore Léon Drapier interrompit.
— Ah çà, monsieur, c’est de la pire folie ! Vous imaginez tout cela ! Votre roman ne tient pas debout ! Car c’est un roman…
M. Mix regardait la pendule, il articula à mi-voix :
— Huit heures trente-quatre et demie, encore trente secondes !… C’est effectivement un roman, monsieur, mais un roman parfaitement plausible et je sais qu’à l’heure actuelle c’est la version officielle qui prévaut dans les milieux policiers !
« Il y a en outre des preuves qui paraissent convaincantes à votre égard !
« On a mis sous scellés, aussi bien chez vous que chez Paulette de Valmondois, des objets qui vous appartie
« Les cinq minutes sont écoulées, monsieur Drapier, vous avez jusqu’à huit heures quarante pour réfléchir sur la situation !
« De deux choses l’une : ou vous allez vous débattre entre les magistrats, les inspecteurs de la Sûreté, le Parquet et les fonctio
« De deux choses l’une : ou vous allez risquer un scandale et le divorce ensuite, la perte de l’héritage de votre tante enfin, si l’on apprend que vous étiez l’amant de Paulette de Valmondois, ou alors grâce à moi, nul ne pourra jamais déclarer que M. Léon Drapier a été, fût-ce cinq minutes, en relations avec la fille Poucke !
« Vous ne risquez rien à m’employer, décidez-vous, monsieur Drapier !
Quelques instants, le directeur de la Mo
Il se méfiait de cet individu qu’il ne co
— Après tout, qu’est-ce que je risque ? se disait-il. Il n’est pas interdit d’avoir un homme d’affaires lorsqu’on a des soucis dans une entreprise commerciale, et je ne crois pas qu’il soit malséant d’avoir son détective privé si, d’aventure, on risque des e
Léon Drapier n’était pas l’homme des hésitations longues.
Il se tourna vers Mix et lui déclara :
— Monsieur, c’est une affaire entendue. Vous me proposez la défense de mes intérêts. Vous avez, dites-vous, d’excellents arguments, non point pour prouver mon i
Pas un muscle du visage de M. Mix ne bougea.
— C’est bien ! fit-il, nous sommes d’accord ! Mille francs par mois, trois mois garantis, vous allez me faire un papier.
Il regardait la pendule.
— Nous avons déjà gagné deux minutes sur l’horaire. Il n’est que huit heures trente-huit au lieu de huit heures quarante !
M. Mix, plus imperturbable, ajoutait encore :
— Nous avons donc sept minutes pour rédiger le contrat, c’est plus qu’il n’en faut !
— Drôle d’homme ! pensa M. Drapier.
M. Mix, cependant, s’était levé. Les bras croisés, il allait et venait dans la pièce, semblant réfléchir profondément. Enfin il articula :
— Mettons-nous en règle d’abord ! Voulez-vous écrire sous ma dictée, monsieur Drapier ?
Et, comme le directeur de la Mo
— Il s’agit simplement du petit engagement de me payer mes appointements, et non d’autre chose. Vous ne risquez rien à mettre sur ce papier blanc : Je soussigné, m’engage à payer à M. Mix, pour ses bons services, la somme de mille francs par mois, et ce, pendant trois mois consécutifs.Veuillez dater et signer, monsieur Léon Drapier.
Quel pouvait bien être cet étrange perso
S’agissait-il d’un véritable policier ?
Était-ce au contraire un adversaire de Léon Drapier ?
Nul assurément n’aurait pu le dire, Léon Drapier moins que tout autre. Le directeur de la Mo
IX
I
La matinée s’a
Les berges avaient un air de fête et, dans l’atmosphère de la matinée, tout apparaissait avec un air de neuf, de pimpant, de guilleret, qui eût suffi à disposer à la gaieté les esprits les plus moroses.
Comme un fleuve d’argent, la Seine, qui cependant ne peut prétendre à rouler des flots purs, coulait paisiblement dans l’admirable décor de la Cité, ce décor naturel qui semble cependant, tant il est merveilleux, avoir été composé par quelque artiste de talent.
À droite, on apercevait la masse sombre du Louvre, sa façade merveilleuse, ses colo
Puis c’était, à la file, dans le pittoresque désordre de leurs casiers ouverts, la théorie des bouquinistes que les passants, les uns après les autres, interrogeaient, marchandaient, et qui, finalement, avaient toujours gain de cause.
Il était à peine huit heures du matin. C’était encore dans les rues un va-et-vient affairé, des écoliers se rendant aux classes, des apprentis se hâtant vers l’atelier, des ouvriers, beaucoup moins pressés, semblait-il, se dirigeant vers leur travail, en fumant tranquillement quelques cigarettes dont la bleuâtre fumée montait en spirale dans l’air pur.
De temps à autre, le cri d’un remorqueur, strident, prolongé, retentissait, on voyait une file de péniches aux ventres rebondis, aux flancs combles de matériaux, s’avancer majestueusement et, dans un tourbillon d’écume, franchir les arches des ponts où la Seine se resserrait avec peine.
À ce moment, une sirène poussa un lugubre hurlement.
Et c’était immédiatement, sur les quais, la galopade rapide d’une foule d’ouvriers qui, les uns après les autres, se hâtaient vers un bâtiment sombre que les passants regardaient avec un air d’intérêt. On entendait des exclamations joyeuses :