Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 5 из 70

C’était le comte de Massepiau, un pauvre désœuvré provincial qui possédait, assurait-il, une exploitation agricole dans les environs de la Sologne, mais dont la santé rendait le Midi nécessaire pendant la mauvaise saison.

De fait, ce malheureux, âgé peut-être de trente-cinq ans à peine, portait près du double de son âge. Les rares cheveux qu’il avait conservés sur la nuque et les tempes étaient tout blancs, il avait les épaules courbées, la poitrine étroite et il toussotait perpétuellement.

Le comte de Massepiau avait pour partenaire habituel au te

Toutefois, celui qui s’intitulait, non sans une excessive vanité : « la coqueluche du te

Il s’agissait, en effet, de M. Norbert du Rand, célibataire de vingt-deux ou vingt-trois ans, orphelin à la tête d’une immense fortune et qui fréquentait assidûment la pension de famille, moins pour le plaisir d’y jouer au te

Au moment où M lleDenise et Geneviève Albertard achevaient leur partie, alors qu’elles regagnaient tout essoufflées la table à thé servie sous une to

Il avait l’œil animé, les pommettes rouges, un sourire énigmatique :

— Par Dieu, mon cher, s’écria le comte de Massepiau qui témoignait une grande sympathie au jeune homme, vous avez l’air bien joyeux. C’est assurément le fait de vous retrouver en présence de ces charmantes jeunes filles qui vie

Norbert du Rand fit non de la tête, puis avec une galanterie affectée, il prit successivement les mains de chacune des jeunes filles et les porta à ses lèvres, faisant ainsi remarquer l’un de ses doigts qui portait, à la première phalange, une grosse bague d’or ornée d’une pierre amusante, une aigue-marine.

— Tiens, remarqua Geneviève Albertard, voilà un bijou que je ne vous co

— En effet, mademoiselle, je le possède depuis ce matin seulement. C’est un cadeau que l’on m’a fait.

— » On » ? interrogea malicieusement Paraday-Paradou, voilà qui est bien vague.

Norbert du Rand, très heureux de retenir sur lui l’attention, regardait subrepticement M lleDenise pour savoir si elle écoutait, puis, il répliqua sur un ton mystérieux :

— La discrétion la plus élémentaire m’interdit de vous faire savoir d’où je tiens ce bijou.

Il s’approchait de Geneviève Albertard et lui proposa un match de te

Norbert se croyait très fort ; il imaginait ainsi provoquer la jalousie de la jolie Denise, sur laquelle il avait – en principe – jeté son dévolu.

Mais de deux choses l’une.

Ou M lleDenise dissimulait à merveille ses sentiments, ou bien les attitudes de Norbert du Rand lui étaient parfaitement indifférentes, car la jeune fille ne parut point s’apercevoir de tout ce manège.

Le comte de Massepiau, qu’intriguaient ces petites aventures, voulut pousser les choses encore plus loin et, avec d’ailleurs une absence de tact absolu, il expliqua au vieux Paraday-Paradou, assez haut pour être entendu :

— La bague de notre ami Norbert du Rand est fort jolie, mon cher, vous en co

— Non, fit l’ex-diplomate, je l’ignore absolument.

— La voici donc, reprit le comte qui ajoutait aussitôt : Une de nos plus charmantes – comment dirai-je pour gazer ?… une de nos plus charmantes… quart de mondaines de la Côte d’Azur, qui est d’ailleurs accueillante pour tous venants – M lleIsabelle de Guerray – très co

Le vieux diplomate s’esclaffa :

— Les bagues d’Isabelle de Guerray, c’est vrai. J’ai déjà entendu parler de cela.

M lleDenise se prit à sourire.

Mais l’attention du petit groupe qui prenait le thé fut peu à peu détournée de Norbert du Rand par de nouveaux incidents.

La fenêtre de la villa d’en face venait de s’ouvrir et, au balcon de la véranda, apparaissait l’élégante et fine silhouette de la danseuse espagnole, Conchita Conchas.

D’un geste nonchalant et las, l’Espagnole approcha ses lèvres une cigarette dont elle tira de lentes bouffées.

De temps à autre elle jetait un long regard incendiaire vers la fenêtre du premier étage de la maison des Héberlauf, puis souriait ostensiblement d’un sourire qui découvrait ses dents blanches, régulières et nacrées comme un rang de perles.

Aucun doute, cette Conchita Conchas en voulait à la vertu de l’austère M. Héberlauf, ex-pasteur protestant, ancien directeur de la Sûreté générale du royaume de Hesse-Weimar et pour le moment propriétaire d’une pension de famille.

— Ce que femme veut, insinua finement le comte de Massepiau.

— Soit, dit Denise, c’est entendu. Mais elles sont deux. La danseuse espagnole d’une part et, de l’autre, M meHéberlauf qui compte pour quelque chose.

Norbert du Rand haussa les épaules :

— Entre une jolie femme, fit-il, et cette vieille bourgeoise, nul n’hésiterait.

— La bourgeoisie a du bon, répliqua le vieux Paraday-Paradou… Voyez plutôt, ajouta-t-il, cette accueillante perso

— Parbleu, interrompit le comte de Massepiau. Isabelle de Guerray veut faire une fin ; c’est un mari qu’elle cherche, un mari qui fermerait les yeux sur son passé. Voilà qui ne se trouve pas dans tous les mondes.

Ces propos, tenus devant Norbert du Rand dans le but de l’agacer, y réussissaient fort bien.

Encore qu’il voulût le dissimuler, le jeune homme éprouvait un vif dépit d’entendre parler de la sorte d’une femme qui, croyait-il, dans sa suffisance juvénile, lui faisait une cour assidue, ce dont il prétendait tout au moins tirer parti pour susciter la jalousie de la belle Denise dont il se croyait sincèrement amoureux.

Mais Denise, ce soir-là, était distraite.

Soudain, alors que Norbert lui posait une question, la jeune fille se leva sans répondre, laissant son interlocuteur complètement abasourdi.

La jeune fille avait distingué à travers les bosquets de verdure quelqu’un qui s’introduisait dans le parc.

— Comment allez-vous, mon cher Commandant ?

Le perso

Ivan Ivanovitch répondit par une affectueuse poignée de main au salut cordial de la jeune fille. Il s’enquit aussitôt de la santé de cette dernière, avec cette galanterie et cette éducation parfaite qui sont le propre des officiers de marine de tous les pays.

— Venez, disait Denise familièrement, en tirant à l’écart Ivan Ivanovitch, en l’obligeant à un détour, en l’empêchant d’aller serrer la main aux premiers arrivés.