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– Oui, dit Aldo, un vieil ami… et qui nous était cher !

– Je suis bien désolé de vous porter une mauvaise nouvelle. Ici on ne voyait pas beaucoup Pane Palmer ‘, mais il était bien considéré : on le savait généreux. Encore un peu de prune ? Ça aide à faire passer les coups pénibles…

C’était offert de bon cœur. Les deux amis acceptèrent et, en effet, éprouvèrent un peu de réconfort qui les aida à surmonter le choc brutal qu’ils venaient d’éprouver. L’idée que le Boiteux eût cessé de respirer l’air des hommes leur était insupportable, à l’un comme à l’autre.

– Nous irons faire un tour de ce côté demain matin, soupira Morosini. Vous pourrez sans doute nous indiquer le chemin ? C’est la première fois que nous venons…

– Oh, c’est facile : vous sortez d’ici par le sud en remontant le cours de la rivière et à environ trois kilomètres vous verrez sur votre droite un chemin au milieu des arbres, fermé par une vieille grille entre deux piliers de pierre. Elle est un peu rouillée, cette grille, et même elle n’est jamais fermée. Vous n’aurez qu’à entrer et suivre le chemin. Quand vous serez devant les ruines noircies vous saurez que vous êtes arrivés… Mais au fait, n’avez-vous pas dit que vous vouliez aller au château d’ici ?

– On l’a dit, en effet, dit Adalbert avec un effort visible, mais j’avoue que ça nous était un peu sorti de l’esprit. Nous espérons que le prince voudra bien nous recevoir ?

– Son Altesse est à Prague ou à Vie

– Vous en êtes sûr ?

– C’est bien facile à savoir. Il n’y a qu’à regarder la tour : si Son Altesse est là on hisse sa ba

Leur hôte disparu, Aldo et Adalbert remontèrent chez eux, trop soucieux de ce qu’ils venaient d’apprendre pour en parler. Tous deux éprouvaient le besoin d’y réfléchir dans le silence mais, cette nuit-là, ni l’un ni l’autre ne dormit beaucoup…

Quand ils se retrouvèrent le lendemain pour le petit déjeuner dans la salle commune, ils n’échangèrent que peu de paroles, et pas davantage durant le court trajet qui les mena sur le théâtre du drame. Car c’en était un en vérité : le manoir Renaissance – on pouvait déterminer l’époque grâce à quelques pierres d’angle et un fragment de mur portant des traces de ces « sgraffite[v]«  si fort prisés au temps de l’empereur Maximilien – avait presque disparu. Le peu qui en restait n’était plus qu’un amas de décombres noircis autour duquel un cercle de grands hêtres semblait monter une garde funèbre. À quelque distance, les écuries et un bâtiment de communs contrastaient par la sérénité de leurs fenêtres ouvertes au soleil au-delà d’un jardin fleuri. Le joyeux froissement de la rivière ajoutait au charme de l’endroit et Morosini se souvint que cette demeure avait été celle d’une femme. Une femme qui avait aimé Simon Aronov et lui avait légué sa maison en ultime preuve d’amour…

Attiré sans doute par le bruit du moteur, un homme accourait vers les visiteurs aussi vite que le permettaient ses lourdes bottes à ento

Les deux étrangers surent tout de suite qu’ils n’étaient pas les bienvenus. Dès qu’il fut à portée, l’homme aboya :

– Qu’est-ce que vous voulez ?

– Vous parler, dit Morosini calmement. Nous sommes des amis du baron Palmer et…

– Prouvez-le !

Comme c’était facile ! Aldo eut d’abord un geste d’impuissance, puis une idée lui vint :

– On nous a dit, à Krumau…

– Qui à Krumau ?

– Joha

Le gardien fronça un visage méfiant : les noms étrangers passaient plutôt mal. D’un même mouvement, les deux amis sortirent une carte de visite et la remirent à l’homme :

– Do

– C’est bon. Attendez ici !

Il regagna la maison dont il ressortit quelques instants plus tard, tenant le bras d’un perso

– Wong ! dit Aldo en s’avançant vers lui. J’aurais préféré vous retrouver dans d’autres circonstances… Comment allez-vous ?

– Mieux, Votre Excellence, merci ! Je suis heureux de revoir ces messieurs…

– Pouvons-nous parler un instant sans trop vous fatiguer ?

Le Tchèque cependant s’interposait :

– Ces gens sont des amis de Pane Baron ?

– Oui. Ses meilleurs amis… Tu peux me croire, Adolf !

– Alors je demande qu’on m’excuse. Mais les autres aussi s’étaient présentés comme des amis !

– Les autres ? dit Adalbert. Quels autres ?

– Trois hommes qui sont venus un après-midi, grogna le nommé Adolf. J’ai eu beau leur affirmer que Pane Baron n’était pas là, qu’on ne l’avait pas vu depuis longtemps, ainsi que j’en avais reçu l’ordre, ils ont insisté. Ils voulaient « attendre ». Alors j’ai pris mon fusil et j’ai dit que je n’avais pas envie qu’ils s’installent devant notre porte jusqu’au jugement dernier et que s’ils ne voulaient pas s’en aller je me chargeais de les faire filer, et un peu vite…

– Ils sont partis ?

– Pas avec bo

– J’aurais dû vous le demander, dit Morosini qui prit la ca

Celui-ci s’y laissa tomber avec un soupir de soulagement. Il était assez curieux de voir la sollicitude témoignée par ce paysan tchèque envers un être aussi éloigné de lui, tant par la naissance que par la culture, mais à les voir si proches l’un de l’autre, Aldo fut frappé par une similitude dans la forme des yeux, en amande et légèrement étirés. Après tout, la Pa

– Vous disiez, reprit Adalbert, que ces hommes I sont revenus ? Mais d’abord, à quoi ressemblaient-ils ?

Adolf haussa les épaules et souffla dans ses moustaches :

– Bouh ! … Comment vous dire ? À pas grand-chose de bien en tout cas. L’un d’eux parlait notre langue mais quand il s’adressait aux autres, c’était dans un anglais très nasillard. Tous avaient des costumes de toile bise et des chapeaux de paille avec des rubans de couleur et ils mâcho

– Des Américains, à tous les coups, diagnostiqua Morosini qui revit la silhouette de son crampon de l’Europa. Apparemment, on en trouvait beaucoup cet été en Bohême ! Puis il ajouta : Lequel semblait être le chef ? Celui qui servait d’interprète ?