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Il est vrai que Krumau était un formidable château et qu’il n’avait rien de rassurant. Posé sur un éperon rocheux au-dessus de la haute vallée de la Moldau et d’une petite ville qu’il avait l’air de couver, le plus important domaine bohémien des princes Schwarzenberg se composait d’un assemblage de bâtiments appartenant à des époques diverses mais ressemblant assez à des casernes sous leurs grands toits pentus, le tout dominé par une haute tour qui avait l’air de sortir d’un film fantastique. Sur ses quatre étages se succédaient les étroites fenêtres géminées du Moyen Âge, une galerie circulaire à minces colo
– Qu’est-ce qu’on fait ? soupira Morosini.
– On trouve d’abord une auberge et on s’installe. Le portier de l’Europa m’a fourni quelques renseignements utiles…
– Est-ce qu’il t’a do
– Sois tranquille. C’est prévu. Dans mon métier on ne s’embarque jamais sans une petite trousse de secours. Quant au gros matériel, pelle ou pioche, on le trouvera facilement ici. Je ne me voyais pas embarquer ça sous l’œil surpris du perso
Le regard de Morosini glissa, goguenard, vers son ami. Il savait depuis leur première rencontre qu’avec lui le métier d’archéologue ouvrait presque naturellement sur des tâches plus délicates ayant quelques affinités avec celles du cambrioleur mondain. Il pouvait être tranquille : celui-là ne s’embarquait jamais sans biscuits.
– N’oublie pas que nous allons opérer dans une propriété privée et qu’il faut éviter à tout prix les dégâts. Au moins visibles !
– Que crois-tu que j’aie emporté ? De la dynamite ?
– Cela ne m’éto
– Et tu aurais raison, conclut Adalbert avec gravité. C’est très utile, la dynamite. À condition bien sûr de savoir la manier et d’en co
Les airs angéliques d’Adalbert qui avait souvent la mine d’un chérubin farceur ne trompaient guère son ami. Il n’y aurait rien d’éto
– Bon, fit-il en remettant en marche sa voiture. Allons voir de plus près à quoi ressemble la ville. D’ici ça a l’air intéressant et puis surtout, il faut nous loger. Demain matin, si tu veux m’en croire et avant même de monter au château, je te propose de nous mettre à la recherche de la maison de Simon. Je préférerais emprunter pelle et pioche à ses gens plutôt qu’éveiller les curiosités locales sur ce que deux élégants touristes étrangers peuvent bien faire avec ce genre d’outils…
– Bo
– Elle s’appelle comment, ton auberge ?
– « Zum goldener Adler ». Les franges de la Bohême sont peuplées de gens qui parlent plus volontiers l’allemand que le tchèque. Et puis nous sommes sur les terres des Schwarzenberg que l’Histoire a faits princes bohémiens mais qui n’en sont pas moins originaires de Franconie. Sans compter que l’Autriche a trouvé chez eux nombre de ses plus grands serviteurs.
– Merci du cours magistral ! coupa Morosini goguenard, le Gotha, je co
Adalbert haussa des épaules dégoûtées :
– Ce que tu peux être snob quand tu t’y mets !
– Dans certains cas, ça peut servir…
Il n’en dit pas plus, saisi soudain par la beauté dans laquelle il pénétrait. Déjà, depuis Tabor, il admirait le paysage quasi sauvage de forêts profondes, de collines abruptes souvent couro
L’auberge a
En cette fin de printemps, les voyageurs n’étaient pas nombreux et les nouveaux venus furent l’objet de soins d’autant plus attentifs que tous deux parlaient l’allemand. Le maître, Joha
En venant à Krumau, expliquèrent les voyageurs, ils souhaitaient obtenir la permission de visiter un château qui intéressait surtout Morosini, désireux de se documenter sur les trésors inco
– Placé comme vous l’êtes, vous devez co
Le visage de l’aubergiste prit un air consterné :
– Le baron Palmer ! Mon Dieu… ces messieurs ne savent pas, alors ?
– Savoir quoi ?
– Sa maison a brûlé il y a une quinzaine de jours et il a disparu dans l’incendie…
Morosini et Vidal-Pellicorne s’entre-regardèrent avec un début d’épouvante :
– Mort ? souffla le premier.
– Eh bien… il doit l’être mais on n’a pas retrouvé son corps. En fait, on n’a rien retrouvé du tout : le couple de serviteurs qui loge dans les communs avec le jardinier a seulement récupéré son serviteur chinois blessé et inconscient.
– Comment le feu a-t-il pris ? demanda Adalbert.
Joha
– Tout ce que je peux vous dire c’est que, cette nuit-là, il y avait de l’orage. Le to