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Ce fut seulement après avoir dégusté un premier capuccino que le baron, sans changer de ton, demanda :
– Sauriez-vous, par hasard, où est passé Simon… je veux dire le baron Palmer ?
– J’allais vous poser la question. Non seulement je n’ai plus de nouvelles, mais la dernière lettre que j’ai envoyée n’a pas été transmise.
– Où l’aviez vous adressée ? … Avant que vous me répondiez, il faut que vous sachiez que je suis au courant de l’histoire du pectoral et de votre quête courageuse. Simon sait combien je suis attaché au retour de notre peuple à la mère patrie…
– Je n’en doute pas. J’ai même supposé que vous assistiez cette recherche sur le plan financier.
– Moi et quelques autres, la plupart appartenant à notre vaste famille… Mais revenons à ma question : où envoyiez-vous votre courrier ?
– Une banque à Zurich, mais mon associé dans cette affaire, l’archéologue français Adalbert Vidal-Pellicorne, vient de m’écrire la lettre que voici. Toute correspondance doit être interrompue.
– Je vois, fit Rothschild après avoir lu. C’est très inquiétant. Je suis… presque persuadé qu’il est en danger.
– Sur quoi fondez-vous cette impression ?
– Sur le fait que nous devions partir ensemble. Cette croisière que je viens d’interrompre avait plusieurs buts, mais le principal se situait en Palestine. Notre terre, vous le savez, a été placée sous mandat brita
– Il n’est pas venu ?
– Non. Et rien, pas un mot pour expliquer cette absence. J’ai attendu autant que je l’ai pu mais un important rendez-vous était arrêté… au large de Jaffa et j’ai dû prendre la mer. C’est au retour que j’ai pensé à venir vers vous pour essayer d’en savoir un peu plus. Malheureusement, vous n’avez pas l’air plus informé que moi.
– À quoi pensez-vous, en ce moment ? Croyez-vous qu’il soit… mort ?
L’étroit et sensible visage du baron Louis que le souci plissait s’éclaira d’une sorte de lumière intérieure :
– C’est l’hypothèse la plus plausible… et cependant je ne peux y croire. Je le co
– Dieu vous entende !
– D’ailleurs, n’est-il pas, depuis peu il est vrai, débarrassé de son pire e
Morosini garda un instant le silence tandis que son regard effleurait tous ces gens rassemblés là, discutant avec animation autour des guéridons de marbre, flirtant, rêvant ou se laissant porter par la musique de l’orchestre. Tous goûtaient au soleil déclinant un moment de paix et d’insouciance tandis qu’entre son compagnon et lui-même s’amassaient des ombres inquiétantes. Il s’interrogeait sur ce qu’il convenait de faire. Devait-il révéler qu’il soupço
Soudain, ses yeux se fixèrent : deux femmes étaient en train de s’installer à quelques tables de la leur que les longues feuilles vertes d’un palmier en pot leur dissimulaient en partie. L’une était vêtue de noir avec une toque de crêpe prolongée d’une écharpe glissant autour du cou, l’autre de gris et de rouge foncé. Elles semblaient s’entendre à merveille. Il perçut même un éclat de rire de l’une d’elles et une vague de dégoût lui emplit la bouche d’amertume parce que ces deux femmes, c’étaient Anielka et Adriana Orseolo. Il claqua des doigts pour appeler le garçon et commanda une fine à l’eau, après avoir demandé au baron s’il en désirait une. Celui-ci l’observait avec inquiétude :
– Non merci. Mais… vous ne vous sentez pas bien ?
Tirant son mouchoir, Aldo s’épongea le front d’une main qui tremblait un peu. Il avait l’impression de se trouver au centre d’une conspiration aux invisibles tentacules, mais un sursaut l’en tira et du même coup dicta sa décision :
– Ce n’est rien, soyez tranquille. Je crains, cependant, de devoir vous apprendre une nouvelle désagréable : je soupço
– Vivant ? C’est impossible.
– À lui rien n’est impossible. N’oubliez pas qu’il dispose de la fortune de Ferrals, qu’il a aussi des hommes de main dont j’ignore le nombre mais surtout une famille : un fils que les scrupules n’ont jamais étouffé, une fille… peut-être la créature la plus dangereuse que j’aie jamais rencontrée.
– Vous la co
– Je l’ai même épousée. Elle est à quelques pas de nous : cette jeune femme qui porte une toque de crêpe noir et qui bavarde avec une perso
Le sang-froid de Louis de Rothschild était quasi légendaire mais, en écoutant Morosini, ses yeux s’agrandirent comme s’il se trouvait en face de toute l’horreur du monde. Pensant qu’il le prenait peut-être pour un fou, Aldo eut un petit rire :
– J’ai toute ma raison, baron, soyez-en certain. C’est vrai que ce qui me tient lieu de famille semble une assez bo
– Comment pouvez-vous supporter pareille situation ?
– Mais je ne la supporte pas. Aussi ai-je déjà entrepris d’essayer d’en sortir… d’une façon ou d’une autre…
– Qu’envisagez-vous ? émit le baron Louis avec une note d’inquiétude.
– Rien qui soit contraire à la loi de Dieu ou même des hommes ! À moins que l’on ne m’y oblige, auquel cas je paierai le prix. Aujourd’hui, c’est le sort de Simon qui est important. Je comptais sur lui pour m’aider à retrouver la piste du rubis, la dernière pierre manquante. J’ai saisi un fil, en Espagne, mais ce fil s’est cassé…
– À quel endroit ? Où en êtes-vous ?
– À l’empereur Rodolphe II. Je sais que la pierre a été achetée pour lui. En sauriez-vous davantage ?
– Savez-vous qui l’a achetée pour l’Empereur ?
– Oui : le prince Khevenhüller, alors son ambassadeur à Madrid.
– Dans ce cas, il n’y a aucun doute : la pierre a bien été remise au souverain et il ne servirait à rien de compulser les archives d’Hochosterwitz, la forteresse que Georges Khevenhuller a bâtie en Carinthie à la fin du XVI esiècle.
– Je ne pensais pas que le nom de l’acheteur pût avoir de l’importance ?
– Oh si ! La passion collectio
– Ça, je le sais. En outre, un spécialiste des objets ayant appartenu à Jea
– La pierre a appartenu à la mère de Charles Quint ?
– C’est certain. Elle la porte même sur l’un de ses portraits.
– Comme c’est étrange ! En tout cas, je ne vois pas comment votre informateur peut être certain qu’il n’était pas dans le trésor. J’imagine mal un collectio