Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 25 из 77

Il le trouva à la porte de la sacristie et en tenue de sortie.

– Tu es pressé ? demanda Morosini déjà désappointé.

– Pas vraiment. Je dois être à quatre heures rio dei Santi Apostoli pour y visiter une malade…

– En ce cas, viens ! Zian m’attend au quai avec la gondole, on va te conduire à destination. Il faut que je te parle.

– On dirait que c’est sérieux ? dit le prêtre en considérant la mine soucieuse de son ami. Ils se co

– C’est même grave, mais attendons d’être à bord. Là au moins nous serons tranquilles. Do

Tandis que d’un pas accordé les deux hommes se dirigeaient vers le bassin de San Marco, une femme apparut au milieu des nombreux passants venant dans leur direction. Elle était grande, un peu forte mais élégante, encore que ses vêtements – un tailleur à la coupe impeccable – montrassent quelques signes de fatigue.

La reco

– Ne me dis pas que tu ne l’as pas reco

– Je sais !

– Et tu ne la salues pas, tu ne t’arrêtes pas pour lui parler ?

– Nous sommes en froid, fit Morosini. Devinant qu’il ne souhaitait pas s’expliquer davantage, Gherardi n’insista pas et attendit d’être bien installé dans les coussins de velours de la gondole pour reprendre la conversation : il avait remarqué l’assombrissement soudain du visage de son ami.

– Eh bien, dit-il avec une bo

– C’est simple : je désire faire a

– Tu veux te séparer de ta femme ? Déjà ? Mais tu n’es marié que depuis…

– Ne cherche pas I Sache seulement que si j’avais pu faire casser cette union le jour même, je l’aurais fait.

– Mais c’est insensé ! Ta femme est… ravissante et…

– Je sais, et là n’est pas la question. D’abord, je ne l’ai jamais touchée…

– Un mariage blanc ? Entre deux êtres comme vous ? Perso

– Ce que croient les autres m’importe peu, Marco. Je veux faire dissoudre une union qui m’a été imposée par force…

– Par force ? Toi ?

– Par chantage si tu préfères. J’ai dû m’engager à accepter d’épouser l’ex-lady Ferrals pour sauver la vie de deux i

– Mais… tous les deux étaient dans la chapelle ?

– Parce que j’avais engagé ma parole et qu’on m’a fait l’ho

– Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ? explosa-t-il enfin. Pourquoi m’avoir laissé célébrer un mariage frappé au départ de nullité ?

– Je ne te le fais pas dire. Mais si l’on t’avait prévenu, tu aurais été capable de refuser…

– Bien sûr que j’aurais refusé !

– Et tu aurais été en danger. Tu n’ignores pas sous quel régime nous vivons. Ne sachant rien, tu ne risquais rien.

Gherardi ne répondit pas. Il était trop difficile d’infirmer les assertions d’Aldo. L’Italie, en cette a

Remontant le Grand Canal, la gondole aux lions ailés poursuivait son chemin paisible. Aldo laissa le silence l’envelopper un moment avant de demander :

– Eh bien ? Que décides-tu ? Puis-je compter sur ton aide ?

Le prêtre tressaillit comme s’il s’éveillait :

– Naturellement tu peux compter sur moi. Tu dois écrire une lettre officielle présentant ta demande et les raisons qui l’appuient. Je la transmettrai à Son Éminence le patriarche, mais je ne te cache pas que la clause du mariage « vi coactus » m’inquiète un peu. L’un des témoins de ta femme était Fabiani, le chef des Chemises noires, et comme ces gens sont à la base du chantage dont tu as été victime, ils ne vont pas aimer ce genre de publicité…

– Publicité, publicité ! Je ne vais pas crier cette histoire sur les toits…

– Non, mais au tribunal de la Rote, l’avocat du « cas » posera des questions, parfois gênantes. Il faudra que les témoins déposent et, avec la peur en arrière-plan, on obtient parfois de curieux résultats. Mieux vaudrait peut-être s’appuyer sur la non-consommation mais cela aussi présente quelques inconvénients. Ta femme est-elle arrivée vierge au mariage ?

– Tu sais très bien qu’elle était veuve.

– L’époux était beaucoup plus âgé, je crois ? Donc, ça ne veut rien dire…

– Elle a aussi eu des amants, grogna Morosini.

– Alors autant te faire un tableau réaliste de ce qui t’attend peut-être : la non-consommation dans ce cas-là peut signifier que… que le mari est impuissant…

Le « Ah non ! » protestataire d’Aldo fut si vigoureux que la gondole oscilla. Marco Gherardi se mit à rire :

– Je me doutais bien que le mot te ferait de l’effet. Pourtant, tu ne devrais pas t’en soucier : la moitié de Venise… ou est-ce les trois quarts ? … pourrait s’inscrire en faux.

– Je ne suis pas non plus Casanova ! Écoute, tout ce que je désire, c’est me retrouver libre… peut-être pour fonder une vraie famille. Alors discute cette affaire avec le patriarche, raconte ce que tu veux, mais débrouille-toi pour que je finisse par gagner.

– Tu sais que ça peut être long ?

– Je suis pressé, mais raiso

– Bien ! Je vais voir avec notre juriste et Son Éminence. On va essayer de te trouver le meilleur avocat ecclésiastique et même je composerai avec toi ta supplique au Saint-Office… Ah, je suis arrivé. Merci pour le petit voyage !

– Veux-tu que je t’attende ?

– Non. Il se peut que ma visite se prolonge. Que Dieu t’accompagne, Aldo !

Et tout en débarquant, le prêtre traça sur son ami un petit signe de croix…

Quelques jours plus tard, Morosini recevait un modèle de lettre qui lui parut tout à fait conforme à ce qu’il désirait exprimer. Il se hâta donc de la recopier avec soin, avant de l’adresser sous les formes requises par le protocole à Son Éminence le cardinal La Fontaine – natif de Viterbe en dépit de son nom si merveilleusement français ! – qui occupait alors le trône patriarcal de Venise. Le lendemain, il envoya Zaccaria prier Anielka de le rejoindre avant le dîner dans la bibliothèque. Il jugeait en effet plus élégant de l’avertir de ce qu’il entreprenait plutôt que prendre la jeune femme au dépourvu. Or, il convenait qu’elle se procure elle aussi un avocat et, en outre, il gardait le faible espoir d’obtenir une sorte de consensus mutuel pour affronter ce désagréable épisode.

La robe du soir que portait la jeune femme, en crêpe noir brodé de quelques paillettes ton sur ton, n’atténuait qu’à peine le deuil ostensible. De toute façon, pensa Morosini peu charitable, elle savait bien que la funèbre couleur convenait à merveille à son éclat de blonde.

– C’est bien sole