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Il y eut un silence que Lassalle rompit après avoir allumé un cigare :

— Vous devriez passer vos bagages au crible. Shakiar est capable de tout !

— C’est fait. Et franchement, je ne vois pas comment on pourrait les y glisser. Je n’ai pratiquement pas quitté mes valises des yeux depuis mon départ du Caire.

— Méfiez-vous quand même : vous allez la revoir. Elle est invitée à la fête du gouverneur. Vous disiez il y a un instant que vous aviez vu le « frère » de ce malheureux chez elle ?

— Je n’ai fait que l’apercevoir depuis le jardin, mais il s’y comportait en propriétaire !

— Intéressant ! Eh bien, mes amis, je vais faire en sorte qu’Ibrahim Bey vous reçoive sans tarder. Lui seul, je pense, peut vous renseigner sur cet homme. Au fait, Adalbert, tu ne m’as pas encore parlé de tes dernières fouilles. Qu’as-tu trouvé ?

— Rien. J’avais d’immenses espoirs parce que j’avais découvert… ou cru découvrir la tombe de la Reine…

De nouveau, Aldo s’évada : il co

Quand le silence reprit possession de la terrasse, il se surprit à s’entendre demander où descendait la princesse lorsqu’elle venait à Assouan.

— Elle y possède une villa, je suppose ?

— Sa famille en a une, mais elle lui préfère le Cataract où il est fort rare qu’elle ne trouve pas un pigeon à plumer. Principalement quand il y a une fête chez Mahmud Pacha. On se dispute ses invitations.

— À ce point ?

— Ce n’est pas une lumière et il n’aime dans la vie que le poker et les femmes, mais il sait recevoir. Vous verrez !

— Mais nous ne sommes pas invités ?

— Moi, si, et il suffira que je fasse porter vos noms au palais… En attendant, je vais envoyer un mot à Ibrahim Bey…

Le mot fut efficace. Le lendemain, la réponse arrivait : le prince Morosini et M. Vidal-Pellicorne étaient attendus vers cinq heures du soir.

À l’heure dite, la voiture de Lassalle les menait à leur rendez-vous. On quitta Assouan et, soudain, Morosini eut l’impression de changer de siècle. Perché au-dessus des bouillo

Grand et maigre, osseux même, il parut immense à Aldo sous le turban qui le grandissait encore. Son visage présentait des traits profondément sculptés, un nez aquilin, une bouche mince et des yeux réfugiés sous des orbites abritées d’épais sourcils. Il ne souriait pas – à voir sa gravité, on pouvait même se demander si cela lui arrivait ! –, mais son expression était sereine et sa voix rauque et douce à la fois possédait un charme indéniable quand il accueillit les deux hommes :

— Point n’était besoin de recommandation de M. Lassalle, dit-il en désignant l’un des divans placés sous l’unique fenêtre, une ogive de pierre découpant le paysage du fleuve. Je me souviens fort bien de vous, Monsieur Vidal-Pellicorne…

— Je n’osais l’espérer, Excellence !

— Ce n’est pas bon d’être trop modeste. Nous avions eu un entretien trop intéressant pour que je l’oublie. Quant à vous, prince, c’est avec plaisir que je vous reçois puisque vous êtes son ami…

Aldo s’inclina légèrement :

— Je vous remercie, Excellence… et d’autant plus que je crains d’être porteur d’une mauvaise nouvelle concernant l’un de vos serviteurs.

— Bo

En même temps, il frappait dans ses mains pour faire apparaître le rituel plateau à café.

— Un serviteur, dites-vous ? s’éto

— À Venise, où j’habite.

— Mon ami Morosini… commença Adalbert, mais son hôte l’interrompit du geste :

— Cette lettre de M. Lassalle m’apprend ce que je dois savoir ! En revanche, j’aimerais co

— Il s’appelait Gamal El-Kouari.

— Et que lui est-il arrivé ?

— Il a été assassiné à deux pas de chez moi, la nuit, dans une rue de Venise. Je devrais dire assassiné et dépouillé, car ses agresseurs ne lui avaient laissé que ses sous-vêtements.

Les épais sourcils blancs se relevèrent cependant qu’Ibrahim Bey détournait les yeux, peut-être pour cacher une émotion :

— Assassiné ! Pauvre Gamal ! Pauvre tête folle !

— Donc, vous le co

— En effet, mais ce n’était pas mon serviteur. Du moins au sens propre du terme. Il m’était un peu cousin. Passio

— Il n’avait quand même pas l’intention de cambrioler les deux musées ?

— Il était un peu fou, mais pas à ce point-là. Il savait que des restitutions de cette importance ne pouvaient s’effectuer que de gouvernement à gouvernement. Ce qu’il voulait, c’était préserver ce qui n’était pas encore découvert et c’est dans cet esprit qu’il était parti, il y a plus d’un an, pour l’Angleterre. En dépit de mes mises en garde, il s’obstinait à affirmer qu’il rapporterait quelque chose d’essentiel, sans vouloir préciser à quoi il pensait.