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Ces choses-là, pourtant, s’usent à la longue. L’habitude affadit le plaisir qui n’est que de chair. Et Sylvain, tout de suite après avoir rencontré Pascaline, s’en était aperçu. Depuis que cette chose pure et fraîche était entrée en lui, il y avait des pensées, des souvenirs qu’il eût voulu arracher de son âme. Il ne pouvait plus aimer Germaine. Il y avait trop de turpitudes, trop de saleté entre elle et lui. La pensée de tout ce qu’ils avaient fait ensemble, parfois, lui remontait dans la mémoire, l’écœurait, lui do

Et puis, il lui avait pardo

De cela, sans l’avouer, il gardait une rancune sourde à Germaine.

Mais la grande, la véritable raison de son involontaire changement d’attitude, c’était sa passion grandissante pour Pascaline. Ce sentiment puissant et secret, qui croissait chaque jour davantage en lui, comme un feu caché, sans qu’il s’en rendît compte, finissait par le posséder tout entier. Sylvain ne s’en apercevait que par instants, à des indices qui l’éto

Il en arrivait à s’amuser avec la jeune fille de choses qui autrefois lui eussent semblé des enfantillages. Au jardin, ou bien au cours de leurs promenades dans la campagne, aux environs, ils riaient follement tous les deux, tout le long du chemin. Pourquoi? Sylvain se le demandait ensuite. Un rien, un mot drôle, un lapsus, une grimace, la forme singulière d’un arbre, d’un nuage, d’un caillou, suffisaient à provoquer ces rires, qui jaillissaient au moindre prétexte, comme si le bonheur des deux jeunes gens avait eu besoin de s’épancher et de se communiquer.

En quittant Pascaline, Sylvain oubliait tout cela. Il ne lui restait dans la mémoire qu’un rayo

Et jusqu’au jour où il pouvait enfin retourner là-bas, il vivait de souvenirs. Il lui arrivait de rire en se rappelant des choses dites par Pascaline, et qui les avaient amusés tous les deux. Il se surprenait à penser avec un inexprimable attendrissement à une fossette qu’elle avait à la joue, et qui se dessinait lorsqu’elle riait. Des pudeurs le prenaient. Des mots qu’il lâchait tout naturellement autrefois lui paraissaient grossiers maintenant. Il n’osait plus les dire. Il se sentait ému devant des spectacles qui jadis le laissaient indifférent. Il était pris quelquefois d’un attendrissement ridicule à voir un film, à écouter une romance d’amour, à regarder un clair de lune ou un beau paysage. Il devenait poète à sa manière, s’en irritait comme d’un affaiblissement, d’une chose humiliante, et ne pouvait s’y dérober. Un respect tout nouveau de la femme, de l’i

Et il lui arriva plusieurs fois de pleurer en songeant avec désespoir à son enfance, au temps où il était encore tout naïf, tout ho

XIV

Quand Germaine raconta cette transformation à Lourges, il refusa d’abord de la croire. Un fraudeur, disait-il, on ne l’a jamais vu s’assagir. Ils ont ça dans le sang.

Lourges avait, pour le fortifier dans son opinion, le souvenir de mille exemples semblables. Il en avait vu, de ces repentirs. Après une rude leçon, après six mois à la cellulaire, parfois, on en avait assez. On rêvait de s’arrêter sur la pente, de remonter, de se retrouver un homme comme les autres, libre, protégé et non plus traqué. La femme, les gosses vous poussaient dans cette voie. On cherchait un métier, on se mettait courageusement au travail. Ça marchait pendant un mois, deux mois. Puis ce beau zèle tombait. L’argent ne rentrait plus. On se sentait fatigué de la monotonie d’un labeur rude et mal payé. Une occasion se présentait. Un ami, un client, un maître fraudeur venait vous trouver. Il avait besoin de vous. Coup sans danger, gros bénéfice. Pour une fois, on se laissait tenter. On se leurrait soi-même; on pactisait avec sa conscience. Une fois, une pauvre fois. Après, ce serait tout.

Et on partait de nouveau pour l’aventure.

Si on n’avait pas le bonheur d’être pris tout de suite, c’était fini. On retombait sous l’emprise de son vice. Et cela jusqu’à l’affaire définitive, qui mettait le point final à la série des aventures: bagarre avec les douaniers ou avec des concurrents, coup de couteau ou coup de revolver, mort ou prison. Ces passions-là, on les porte dans la peau. On ne s’en délivre plus.