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– Merci», dit César.
Et il confia ses paquets de cigarettes à Jules «Ce n’est pas tout, dit-il encore. T’iras trouver Sylvain. Et tu lui diras de remercier le grand Fernand pour ce qu’il a fait pour moi. T’as bien compris?
– Oui.
– Ah! tu lui diras encore que je lui do
– Tu sais pas pour combien t’en auras?
– Non, mon vieux. Mais j’en ai trop fait, déjà, tu comprends. Ils ne me lâcheront pas de sitôt.
– Tu vois, si tu m’avais écouté…
– Oui, ça va, ça va…»
Il tira encore son portefeuille, chercha dedans, hésita.
«Tiens, tant pis, tu lui do
Les deux gendarmes rirent.
«Allez, demanda l’un d’eux, t’as fini?
– C’est tout.
– Au revoir, César, dit Jules.
– Au revoir, vieux.»
Jules paya les consommations. César se leva, et, toujours entre ses deux gardiens, il s’en alla. Sur le seuil de la porte, Jules le regardait partir. Maintenant que César croyait n’être plus vu, il avait baissé la tête, et, le dos voûté, diminué, l’air bas, il paraissait petit, entre ses gardes.
«Bougre de…» chercha Jules, ne trouvant pas un terme qui conciliât son amitié et sa réprobation.
Et, le cœur serré, avec une gravité triste, il s’en fut exécuter les volontés de César, comme s’il s’était agi d’un mort.
XIII
La première pensée de Sylvain, quand il co
Durant quatre jours entiers, Sylvain fit le guet devant la maison de Fernand. Une colère froide l’animait. S’il avait rencontré le maître fraudeur, les choses auraient sans doute mal tourné. César était tout pour Sylvain. Les objurgations de Jules, l’agent de police, ne pouvaient rien sur cette rage concentrée.
Par bonheur, Sylvain ne rencontra pas Fernand. L’homme se cachait. Sans doute, Jules, effrayé des conséquences que pourrait avoir cette dispute, et sentant que son rôle dans l’affaire pourrait lui attirer la sévérité de ses chefs, avait-il prévenu en cachette le maître fraudeur. Sylvain soupço
Quoi qu’il en soit, après quatre jours d’attente inutile, Sylvain dut momentanément abando
Alors, Sylvain prit une résolution. Il en avait assez, de la fraude. Depuis longtemps, cette vie de perpétuel danger lui pesait. Ça n’était pas une existence, de vivre ainsi, traqué, comme un bandit, au milieu des autres, si paisibles, si tranquilles à l’abri de la légalité. Fatalement, il se ferait prendre un jour. Ne valait-il pas mieux arrêter tout de suite, pendant qu’il en était encore temps?
À côté, la promesse faite à Pascaline le préoccupait. «J’essaierai», avait-il dit. L’occasion était bo
Il chercha du travail. Il trouva un emploi de docker, pour une maison de déchargement de navires. Sa force lui permettait d’envisager ce métier, redoutable pour un homme moins robuste. Il en avait vu de plus dures, quand il filait à travers champs avec un énorme colis de tabac sur le dos.
Comme il est de tradition, pendant les premiers jours, ses camarades de travail l’essayèrent. On lui laissa le plus mauvais ouvrage. On dévora la besogne à un rythme accéléré. On essaya de le soûler, pour le voir ensuite mollir sur ses jambes, et défaillir devant l’ouvrage. Sylvain supporta tout, travail, charges écrasantes, courses de vitesse, petits verres, avec l’indifférence d’une robustesse inlassable. Et il fut dès lors admis dans la redoutable confédération des débardeurs.
Il gagnait beaucoup d’argent. Moins, naturellement, qu’au temps de la fraude, mais bien assez pour vivre à l’aise et mettre de l’argent de côté. Il do
Le métier avait un second avantage: c’était de laisser de nombreux loisirs. Il n’y avait pas toujours des navires à décharger. Et puis, le soir, on s’arrangeait pour finir de bo
Cela convenait à Sylvain. Sitôt qu’il avait fini, qu’il avait devant lui quelques heures de liberté, il se lavait soigneusement, passait un veston propre, et, à vélo, filait jusqu’à Furnes.
Germaine, quand avait commencé cette nouvelle vie, n’avait guère montré d’enthousiasme. Trois cents francs par semaine, c’était beau, sans doute. Bien des femmes s’en seraient contentées. Mais ça n’était tout de même pas suffisant pour mener la vie facile à laquelle elle était accoutumée. Et d’ailleurs, depuis un certain temps, Germaine, avec l’intuition infaillible des femmes, devinait un changement profond chez Sylvain.
C’était vrai. Sylvain devait se l’avouer lui-même, il n’éprouvait plus devant sa femme les mêmes sentiments qu’autrefois. Longtemps il avait cru, il avait même dû réellement aimer Germaine. Il était tout jeune encore quand il l’avait rencontrée. Elle l’avait déniaisé. Elle avait été son initiatrice. Et les liens puissants de la chair l’avaient attaché à elle. À part de rares débauches en compagnie de camarades, elle avait été sa seule expérience amoureuse. Et, longtemps, il lui avait été reco