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«Il y a du monde, aujourd’hui, hein? dit Mme Jea

– Oui. Et M. Henri?

– Il est au comptoir, il sert les pratiques.

– Pas de co

– Non, des nouvelles têtes. Ah! si, tout de même, il y a Lourges. Tu ne le co

– Non. Lequel?…

– Le grand, qui parlait à Henri. Il doit être au comptoir. C’est un «noir», un type très fort, à ce qu’il paraît. Sylvain ferait même bien de s’en méfier.

– Je ne l’ai pas remarqué, dit Germaine, intéressée. Il est comment?

– Oh! très bien, très bel homme, un grand brun avec une forte moustache… Tiens, va appeler Henri. Tu n’as qu’à dire que j’ai besoin de lui. Comme ça, tu verras l’autre. Vaut mieux pour toi que tu le co

– J’y vais», dit Germaine.

Elle se leva, traversa le salon, arriva dans la salle du café, pleine de monde. Et du premier coup d’œil, elle devina, en voyant un homme grand, large d’épaules et très brun, qui parlait, accoudé au comptoir, que c’était là ce redoutable Lourges.

Indiscutablement, il était bel homme. Germaine, habituée à juger les mâles comme mâles, d’après leurs possibilités physiques, l’admira. Il avait une carrure impressio

En face de lui, derrière le comptoir, M. Henri, rasé, poudré, cosmétique, paraissait par contraste presque chétif. Il n’était pourtant pas si mal de sa perso

Et comment ne l’eût-il pas été? Il vivait dans cette maison prospère comme un véritable rentier. L’argent rentrait sans mal, sans qu’on eût souci ni inquiétude. M. Henri, chaque jour, allait faire en ville sa petite promenade, retrouver des amis qui lui témoignaient beaucoup de considération. Il avait pour chaque saison toute une variété de distraction, depuis la pêche jusqu’à la manille, en passant par le cinéma, le jeu de boules et le billard. Et cependant, les recettes grossissaient, Mme Jea

«Qu’est-ce que tu veux, Germaine? demanda-t-il en voyant s’approcher la jeune femme.

– Jea

Lourges regardait Germaine avec insistance. Sa fraîcheur, son embonpoint naissant lui plaisaient. Elle avait avec ça quelque chose de décidé, d’assuré, que n’ont pas les filles de joie, avec toute leur hardiesse et leur effronterie. Elle tenait à faire sentir qu’elle était une femme sérieuse. Mais d’un autre côté Lourges l’attirait. Elle ne pouvait s’empêcher de le regarder à la dérobée, intéressée, troublée, par ce bel homme, qu’avec son flair elle devinait amateur de chair. Et Lourges s’en apercevait. Leurs regards se croisèrent deux ou trois fois. Et cela émouvait bêtement Germaine, tandis que Lourges au contraire en tirait une vanité qui l’enhardissait.

«Madame prend un verre?» proposa-t-il gaillardement.

Et M. Henri, qui co

Germaine but un verre avec des mines inaccoutumées, du bout des lèvres, très proprement. Et, M. Henri étant parti à la cuisine, elle fut seule un instant avec Lourges.

L’homme, cherchant ses mots, retroussait sa moustache de son poing.

«Vous venez souvent chez Henri? demanda-t-il.

– Oui, je suis liée avec Mme Jea

– De temps en temps, dit Lourges, qui ne voulait pas se compromettre en révélant sa qualité de gabelou.

– Vous êtes client?

– Oh! ami surtout. Avec mon métier, je dois venir souvent ici, dans ces quartiers du port.

– Vous êtes…?

– Représentant.»

Germaine, comprenant la prudence très légitime de Lourges, ne releva pas le mensonge. D’ailleurs, un agent de police entrait dans le café, s’approchait du comptoir.

«Bonjour, Germaine», dit-il.

Germaine reco

«T’attends ton homme? demanda-t-il.

– Oui.»

Jules avait compris le clin d’œil que lui adressait Lourges. Il feignit donc de ne pas le co

«Le patron n’est pas là? demanda-t-il.

– Il est à la cuisine, dit Germaine, je vais aller l’appeler.

– Si tu veux. On fait une ronde, ce soir. Mais il ne fait pas du temps à se balader dehors, hein? Alors, on voudrait qu’il prépare du café et qu’il reste ouvert.

– Attends une minute.»

Germaine partit dans la cuisine:

«Il y a Jules, le flic, au comptoir. Il va venir ce soir, dit-elle.

– Il est de service?

– Paraît.