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Vers 5 heures, le compartiment se vida, et je restai seul comme je l'espérais. Je descendis à la première station, un petit patelin dont je ne regardai même pas le nom, située au beau milieu d'un marécage. Je crus revoir l'une de ces petites haltes perdues au fin fond du Karroo. Un vieux chef de gare bêchait dans son jardin, et ce fut son outil sur l'épaule qu'il accourut au train, prit livraison d'un colis postal, et s'en retourna à ses pommes de terre. Un gamin de dix ans reçut mon billet à la sortie, et je débouchai sur une route qui filait toute blanche parmi la sombre verdure.

C'était un merveilleux soir de printemps, où chaque montagne se détachait avec la pureté d'une améthyste. L'air, malgré la troublante senteur des herbes marécageuses, était vif comme en pleine mer, et il produisit sur moi un effet des plus singuliers. Je me sentis tout à coup le cœur léger. Je me serais cru volontiers un gosse en vacances, au lieu d'un homme de trente-sept ans recherché activement par la police. Je me sentais dans les mêmes dispositions qu'autrefois lorsque je partais pour une grande trotte sur le haut veld par un matin glacé. On me croira si l'on veut, mais je marchai sur cette route en sifflant. Je n'avais en tête aucun plan de campagne, si ce n'est d'aller de l'avant parmi cette adorable contrée montagneuse aux senteurs rustiques, et chaque mille parcouru augmentait ma bo

En traversant un bosquet je me coupai une baguette de coudrier, et abando

À la brune son homme rentra de la montagne: un bon géant qui d'une enjambée couvrait la même distance qu'en trois pas un simple mortel. Ils ne me questio

Mes hôtes refusèrent toute rétribution, et à 6 heures, ayant déjeuné, je piéto

Il faisait encore ce joli temps pur et printanier qui me rendait positivement incapable d'éprouver du souci. Réellement je n'avais pas été d'aussi bo

En approchant de la station, je la jugeai idéale pour mon dessein. La bruyère mouto

Les seuls occupants du wagon étaient un vieux paysan et son chien – une bête aux yeux sournois dont je me méfiai. L'homme dormait, et sur la banquette auprès de lui s'étalait le Scotsman du matin. Je m'en saisis avidement, dans l'espoir d'y trouver quelque chose.

Il contenait deux colo

La feuille ne contenait rien d'autre, rien sur la politique étrangère ni sur Karolidès, rien sur les sujets qui intéressaient Scudder. Je la reposai, et m'aperçus que nous approchions de la station où j'étais descendu la veille. Le chef de gare déterreur de pommes de terre avait été appelé à une autre occupation, car le train allant vers l'ouest attendait pour laisser passer le nôtre, et il en était descendu trois hommes qui lui posaient des questions. Je devinai qu'ils faisaient partie de la police locale, et que celle-ci, prévenue par Scotland Yard, avait suivi ma piste jusque dans ce pays perdu. Bien rencogné dans l'ombre, je ne les quittais pas des yeux. L'un d'eux, un carnet à la main, prenait des notes. Le vieux déterreur de pommes de terre semblait assez penaud, et le gamin qui avait recueilli mon billet parlait avec volubilité. Tous les cinq regardaient par-dessus la bruyère dans la direction de la route blanche. Je comptais les voir prendre ma piste de ce côté-là.

Notre train quittait la station lorsque mon voisin s'éveilla. Il me lança un regard interrogateur, fit taire son chien d'un coup de pied, et me demanda où nous étions. Évidemment il avait beaucoup bu.

– Voilà ce que c'est d'être de la société de tempérance, conclut-il avec l'amertume du regret.

Je lui exprimai mon éto

– Si fait, j'en suis, et à fond, dit-il d'un ton agressif. J'ai prêté serment à la Saint-Martin dernière, et depuis je n'ai pas touché une goutte de whisky. Pas même le jour d'Hogmanay [4], et pourtant j'en avais bien envie.

[4] La veille du Nouvel An.