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John Buchan

Les Trente-Neuf Marches

Traducteur: Théo Varlet

1 L'homme qui mourut

Cet après-midi de mai, je revins de la City vers les 3 heures, complètement dégoûté de vivre. Trois mois passés dans la mère patrie avaient suffi à m'en rassasier. Si quelqu'un m'eût prédit un an plus tôt que j'en arriverais là, je lui aurais ri au nez; pourtant c'était un fait. Le climat me rendait mélancolique, la conversation de la généralité des Anglais me do

– Richard Ha

Je me mordais les lèvres au souvenir des projets que j'avais échafaudés pendant ces dernières a

Mais je fus vite désillusio

Cet après-midi-là je venais de tarabuster mon agent de change au sujet de placements, à seule fin de m'occuper l'esprit, et avant de retourner chez moi j'entrai à mon club – un estaminet pour mieux dire, qui admettait des Coloniaux comme membres. Je pris un apéritif à l'eau, en lisant les feuilles du soir. Elles ne parlaient que du conflit dans le Proche-Orient, et il y avait entre autres un article sur Karolidès, le premier ministre de Grèce. Il me plaisait, ce gars-là. C'était sous tous rapports le seul homme en vue considérable; et, de plus, il jouait un jeu loyal, ce qu'on n'eût pu dire de beaucoup d'autres. J'appris qu'on le haïssait comme une vraie bête noire à Berlin et à Vie

Vers 6 heures, je rentrai chez moi, m'habillai, dînai au café Royal, et entrai dans un music-hall. Le spectacle était inepte; rien que femmes cabriolantes et hommes à grimaces de singes; aussi je ne restai guère. La nuit étant douce et limpide, je regagnai à pied l'appartement que j'avais loué près de Portland Place. Autour de moi la foule s'écoulait sur les trottoirs, active et bavarde, et j'enviai les gens pour leurs occupations. Ces trottins, ces employés, ces élégants, ces policemen avaient au moins dans la vie un intérêt qui les faisait mouvoir. Je do

Mon appartement formait le premier étage d'un nouvel immeuble situé derrière Langham Place. Il y avait un escalier commun, avec un portier et un garçon d'ascenseur à l'entrée, mais il n'y avait ni restaurant ni rien de ce genre, et chaque appartement était tout à fait indépendant des autres. Comme je déteste les domestiques à demeure, j'avais pris à mon service un garçon qui venait chaque jour. Il arrivait le matin avant 8 heures, et partait d'habitude à 7, car je ne dînais jamais chez moi.

Je venais d'introduire ma clef dans la serrure quand un homme surgit à mes côtés. Je ne l'avais pas vu s'approcher, et son apparition soudaine me fit tressaillir. C'était un individu fluet à la courte barbe brune et aux petits yeux bleus et vrilleurs. Je le reco

– Puis-je vous parler? dit-il. Me permettez-vous d'entrer une minute?

Il contenait sa voix avec effort, et sa main me tapotait le bras.

J'ouvris ma porte et le fis entrer. Il n'eut pas plus tôt franchi le seuil qu'il prit son élan vers la pièce du fond, où j'allais d'habitude fumer et écrire ma correspondance. Puis il s'en revint comme un trait.

– La porte est-elle bien fermée? demanda-t-il fiévreusement.

Et il assujettit la chaîne de sa propre main.

– Je suis absolument confus, dit-il d'un ton modeste. Je prends là une liberté excessive, mais vous me semblez devoir comprendre. Je n'ai cessé de vous avoir en vue depuis huit jours que les choses se sont gâtées. Dites, voulez-vous me rendre un service?

– Je veux bien vous écouter, fis-je. C'est tout ce que je puis promettre.

Ce petit bonhomme nerveux m'agaçait de plus en plus avec ses grimaces.

Il avisa sur la table à côté de lui un plateau à liqueurs, et se versa un whisky-soda puissant. Il l'avala en trois goulées, et brisa le verre en le reposant.

– Excusez-moi, dit-il. Je suis un peu agité, ce soir. Il m'arrive, voyez-vous, qu'à l'heure actuelle je suis mort.

Je m'installai dans un fauteuil et allumai une pipe.

– Quel effet ça fait-il? demandai-je.

J'étais bien convaincu d'avoir affaire à un fou.

Un sourire fugitif illumina son visage contracté:

– Non, je ne suis pas fou… du moins pas encore. Tenez, monsieur, je vous ai observé, et je crois que vous êtes un type de sang-froid. Je crois aussi que vous êtes un ho

– Allez-y de votre histoire, répondis-je, et je vous dirai ça.

Il parut se recueillir pour un grand effort, et puis entama un récit des plus abracadabrants. Au début je n'y comprenais rien, et je dus l'arrêter et lui poser des questions. Mais voici la chose en substance:

[1] Le bled sud-africain.