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– D'où tenez-vous cette histoire? lui demandai-je.
– J'en eus le premier soupçon dans une auberge de l'Achensee, dans le Tyrol. Cela me mit en éveil, et je recueillis mes autres documents dans un magasin de fourrures du quartier galicien à Bude, puis au cercle des Étrangers de Vie
Ce souvenir parut le bouleverser, et il engloutit une nouvelle rasade de whisky.
– Mais je vis un homme posté dans la rue en face de cet immeuble. Je restais d'ordinaire enfermé chez moi toute la journée, ne sortant qu'une heure ou deux après la tombée de la nuit. Je le surveillai un bout de temps par ma fenêtre, et je crus le reco
Le regard que je surpris dans les yeux de mon interlocuteur, le réel effroi peint sur ses traits, achevèrent de me convaincre. Je haussai la voix d'un ton pour lui demander ce qu'il fit ensuite.
– Je compris que j'étais emboîté aussi net qu'un hareng mariné, et qu'il me restait un seul moyen d'en sortir. Je n'avais plus qu'à décéder. Si mes persécuteurs me croyaient mort, leur vigilance se rendormirait.
– Et comment avez-vous fait?
– Je racontai à l'homme qui me sert de valet que je me sentais au plus mal, et je m'efforçai de prendre un air d'enterrement. J'y arrivai sans peine, car je ne suis pas mauvais comédien. Puis je me procurai un cadavre – il y a toujours moyen de se procurer un cadavre à Londres quand on sait où s'adresser. Je le ramenai dans une malle sur un fiacre à galerie, et je fus obligé de me faire soutenir pour remonter jusqu'à mon étage. Il me fallait, voyez-vous, accumuler des témoignages en vue de l'enquête. Je me mis au lit et ordo
Il s'assit en clignotant comme une chouette, trépidant de nervosité et néanmoins résolu à fond. J'étais à cette heure entièrement persuadé de sa franchise envers moi. Bien que son récit fût de la plus haute invraisemblance, j'avais maintes fois déjà entendu raconter des choses baroques dont j'apprenais plus tard l'authenticité, et je m'étais fait une règle de juger le narrateur plutôt que son histoire. S'il eût prétendu élire domicile dans mon appartement à cette fin de me couper la gorge, il aurait inventé un conte moins dur à avaler.
– Passez-moi votre clef, lui dis-je, que j'aille jeter un coup d'œil sur le cadavre. Excusez ma méfiance, mais je tiens à vérifier un peu si possible.
Il secoua la tête d'un air désolé.
– Je pensais bien que vous me la demanderiez; mais je ne l'ai pas prise. Elle est restée après ma chaîne, sur la table de toilette. Il me fallait l'abando
Je réfléchis quelques instants.
– Soit. Je vous fais confiance pour la nuit. Je vais vous enfermer dans cette pièce et emporter la clef… Un dernier mot, Mr Scudder. Je crois en votre loyauté, mais pour le cas contraire, je dois vous prévenir que je sais manier un pistolet.
– Bien sûr, fit-il, en se dressant avec une certaine vivacité. Je n'ai pas l'avantage de vous co
Je l'emmenai dans ma chambre à coucher, que je mis à sa disposition. Au bout d'une demi-heure il en sortit un perso
– Ma parole! Mr Scudder…, bégayai-je.
– Plus Mr Scudder, rectifia-t-il; le capitaine Théophilus Digby, du 40ème Gourkhas, actuellement en congé dans ses foyers. Je vous serais obligé, monsieur, de vous en souvenir.
Je lui improvisai un lit dans mon fumoir, et gagnai moi-même ma couche, plus joyeux que je ne l'avais été depuis un mois. Il arrive tout de même quelquefois des choses, dans cette métropole de malheur!
Je fus réveillé le lendemain matin par un tapage du diable que faisait mon valet Paddock en s'acharnant sur la porte du fumoir. Ce Paddock était un garçon que j'avais tiré d'affaire là-bas, dans le Selawki, et emmené comme domestique lors de mon retour en Angleterre. Il s'exprimait avec l'élégance d'un hippopotame, et n'entendait pas grand-chose à son service, mais je pouvais du moins compter sur sa fidélité.
– Assez de chahut, Paddock, lui dis-je. Il y a un ami à moi, le capitaine… le capitaine (je n'arrivais pas à retrouver son nom) en train de pioncer là-dedans. Apprête le petit déjeuner pour deux et reviens ensuite me parler.
Je racontai à mon Paddock une belle histoire comme quoi mon ami, «une grosse légume», avait les nerfs très abîmés par l'excès de travail, et qu'il lui fallait un repos et une tranquillité absolus. Perso