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«- Mais alors si vous aviez découvert qui j’étais, pourquoi ne vous êtes-vous pas débarrassé de moi, comme vous vouliez faire d’Yvo
«- Je vais vous le dire. Lorsque vous vous êtes présenté à moi, à Paris, je vous ai pris pour un véritable campagnard, aussi niais qu’inoffensif: vous étiez supérieurement déguisé. J’ai accepté avec joie vos services, car j’avais à faire remettre bien des choses en place dans la chambre du défunt. Je ne voulais pas employer à cet ouvrage l’intendant Prosper dont je craignais les bavardages et la curiosité; d’autre part, un jeune diplomate que j’avais rencontré deux jours avant rue de l’Université m’avait fortement endommagé les reins, et je ne pouvais me baisser.
«Je vous pris donc à mon service, comptant, lorsque je quitterais Paris, vous renvoyer dans vos pénates.
«Mais je vous reco
«Je compris alors que j’avais affaire à forte partie, et, pour détourner vos poursuites, je conçus un projet audacieux, trop audacieux peut-être, car j’aurais dû prévoir les conséquences. Je résolus de vous emmener avec moi en Bretagne et de ne pas vous quitter un instant de vue jusqu’à ce que j’eusse acquis la certitude que vous étiez un terrible e
«Je vous croyais un agent stipendié de la Préfecture: c’est ce qui m’a perdu. J’aurais dû me dire que jamais un employé de la rue de Jérusalem n’aurait fait preuve d’une telle audace ni d’une telle habileté. Cette habileté me paraissait si extraordinaire, que j’avais formé le projet, une fois arrivé ici, de vous séduire par des offres mille fois plus brillantes que celles qui, selon moi, vous étaient faites par la police. Je vous aurais ainsi attaché à ma perso
«C’est dans ces circonstances que je reçus la lettre de M. Berteau, notaire, qui m’appelait à Re
«Lorsque je fus de retour, ma première visite fut pour le caveau que vous co
«Ah! vous avez eu encore du génie lorsque vous avez gratté mes aiguilles et mis je ne sais quel jus de réglisse à la place de mon curare! Si vous vous étiez borné à enlever l’étui, c’en était fait de vous, car, ne pouvant employer mon arme de prédilection, j’aurais eu recours au poignard et alors la blessure que je vous aurais faite n’eût pas été une simple piqûre!
«- Il faut maintenant que vous disiez à la justice, interrompit M. Do
«- C’est bien simple, répondit l’accusé avec son flegme ordinaire. Je vis dans les papiers du défunt Bréhat-Kerguen qu’il avait à Paris un frère immensément riche, et je trouvai dernièrement quelques lettres fort vives qui me prouvèrent combien les rapports des deux frères étaient tendus. L’une d’elles m’apprit même que M. Bréhat-Lenoir avait juré de déshériter le Breton. Mais je ne trouvai ces papiers et ces lettres qu’il y a trois mois environ. Jusque-là, j’avais toujours cru que celui dont j’occupais la place n’avait pas de famille. J’ai cherché ces papiers pendant neuf ans dans tous les coins et recoins du château. Je les découvris enfin derrière la grande glace de Venise qui est dans la chambre des armures.
«Ma résolution fut bientôt prise. Je me souciais d’autant moins d’être déshérité en ce moment, que quelques millions m’étaient nécessaires pour commencer la grande entreprise dont je vous ai parlé et à laquelle je voulais associer monsieur. Je partis donc pour Paris, afin de me mettre à la recherche du testament qui spoliait celui dont j’avais pris la place. Une fois ce testament a
«J’étais merveilleusement servi par les circonstances, car ce vieux loup de Kerguen n’était jamais sorti de son château, perso
«Arrivé à Paris, je passai environ huit jours à étudier la situation des lieux et les habitudes de M. Bréhat-Lenoir. Bien qu’il fût retiré des affaires, il allait tous les jours à la Bourse, de deux à quatre heures, pour se distraire.
«J’achetai un habit de commissio
«J’avais profité, pour faire mon coup, d’un moment où M. Prosper était sorti, car je me méfiais du petit intendant.
«Je ne trouvai que Guérin, qui flânait, les mains dans les poches, sur le pas de la porte.
«- M. Bréhat-Lenoir? demandai-je.
«- Il n’y est pas, répondit le naïf paysan en me saluant jusqu’à terre.
«- Je sais bien qu’il n’y est pas, repris-je avec un gros rire… Je ne vous demandais cela que pour savoir si c’était bien ici son hôtel. C’est lui-même qui m’envoie. Il m’a pris au coin de la place de la Bourse… à côté du marchand de vins, vous savez… et il m’a chargé d’apporter ce paquet et de le remettre sur la cheminée de sa chambre. Voulez-vous m’indiquer où elle est, cette chambre? Le paquet est lourd, et il y a loin de la place de la Bourse à la rue Cassette.»
«Guérin monta avec moi et m’introduisit dans l’appartement de son maître, dont il avait la clef.
«Je posai mon semblant de paquet sur la cheminée.