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– Mais, dit Soliman avec une pointe d'anxiété, sans sa ressemblance avec son père, tu n'aurais jamais mis la main sur le Canadien. Jamais.
– Bien sûr que si. Ça aurait pris plus de temps, c'est tout.
– Comment?
– Avec de l'acharnement, les dossiers de Sernot, Deguy et Hellouin auraient fini par révéler leur charnière commune, Ariane Germant. De là, on revenait à l'affaire Padwell. Padwell était mort, mais il avait eu un fils, un fils qui avait assisté au carnage. J'aurais suivi la piste de ce fils, j'aurais obtenu sa photo. Et j'aurais reco
– Et si tu ne t'étais pas acharné?
– Je me serais acharné.
– Et si tu n'avais pas suivi la piste de ce fils?
– Je l'aurais suivie, Sol.
– Et si non? insista Sol.
– Si non, il aurait fallu plus de temps encore. Qui co
– Peut-être pas, dit Soliman.
– Peut-être pas. Mais il y a eu les poils de loup. On s'en est inquiété et soudain, on en trouve. Qui était au courant? Les flics, et nous cinq.
– Je vais voir le Veilleux, dit Soliman. Il doit savoir.
– Non, dit Adamsberg en lui attrapant le bras. Tu vas réveiller Camille.
– Et après?
– Je ne sais pas comment le lui dire. Réfléchis.
Soliman s'arrêta de marcher.
– Merde, dit-il.
– Oui, dit Adamsberg.
XXXIV
Adamsberg attendit le réveil de Camille, assis au bord du lit. Dès qu'elle fut habillée, il l'emmena marcher dans la campagne et lui a
– Je ne comprends pas, dit Camille dans un murmure. Je n'ai rien vu, rien senti. Il n'y avait rien d'inquiétant chez lui.
– Non, dit Adamsberg. II était en deux bouts, l'homme tranquille et l'enfant déchiré. Laurence, et Stuart. Tu n'avais qu'un seul des morceaux. Tu n'as pas à regretter de l'avoir aimé.
– C'est un assassin.
– C'est un enfant. Ils l'ont bousillé.
– Il a massacré Suza
– C'est un enfant, répéta Adamsberg avec fermeté. Ils ne lui ont pas laissé une seule chance de vivre. C'est la vérité.
– Penses-y comme ça.
Le Veilleux apprit avec stupeur de la bouche de Soliman qu'il n'y avait plus aucun espoir que le tueur soit un loup-garou. Que ça ne servirait à rien qu'on ouvre Lawrence depuis la gorge jusqu'aux couilles et que l'inoffensif Massait était mort depuis seize jours. Le vieux encaissa cette vérité sordide avec difficulté mais paradoxalement, la révélation des véritables circonstances de la mort de Suza
– Toi mon gars, dit-il à Adamsberg, je t'ai sauvé la mise.
– Je te dois quelque chose, dit Adamsberg.
– Tu me l’as déjà do
– Le vin?
– L'assassin de Suza
Adamsberg acquiesça.
– Tu rêves trop, mon gars, continua le Veiïleux, et tu veilles pas assez. C'est pas bon, ça, dans ton métier. Mais moi, c'est pas pour rien qu'on m'appelle le Veilleux. Bon pied, bon cul, bon œil.
– Qu'est-ce que tu as vu, le Veiïleux?
– J'ai vu le Canadien qui sortait derrière toi, et j'ai vu qu'il ne te voulait pas du bien. Je suis pas aveugle. Je croyais que c'était pour la petite. Et pour la petite, j'ai vu qu'il allait t'étriper. Je l'ai vu clair comme je te vois.
– À quoi tu l'as vu?
– À sa démarche.
– Où as-tu pris les cartouches?
– J'ai retourné tes affaires. C'est pas ce que t'avais fait pour me les prendre?
À quinze heures, Adamsberg entra dans la gendarmerie, Fromentin, Hermel, Montvailland, Aimont et quatre gendarmes entouraient Lawrence qui, assis sur le bord de sa chaise, les regardait avec tranquillité, menottes aux poings. Le Canadien suivit Adamsberg des yeux avec attention pendant qu'il faisait le tour de ses collègues pour les saluer.
– Brévant vient d'appeler, mon vieux, dit Hermel en lui serrant la main. Ils vie
Adamsberg leva les yeux vers Lawrence, qui le regardait toujours fixement, avec une question dans le regard.
– Camille? demanda Lawrence.
– Elle ne regrette rien, répondit Adamsberg, ne sachant s'il disait la vérité.
Quelque chose parut se détendre dans le corps de Lawrence.
– Il y a une chose que tu es seul à savoir, dit Adamsberg en s'approchant de lui et en tirant une chaise pour s'asseoir à ses côlés. Est-ce qu'il te restait des hommes à tuer, ou bien Hellouin était-il le dernier?
– Le dernier, dit Lawrence avec un imperceptible sourire. Les ai tous eus.
Adamsberg hocha la tête et comprit que Lawrence ne perdrait plus jamais son calme.
Lawrence répondit aux questions des flics pendant plus de vingt heures sans tenter de nier quoi que ce soit. Paisible, distant, et coopérant à sa manière. Il demanda une chaise propre, parce qu'il trouvait que celle qu'on lui avait do
Il do
Au soir du troisième jour, Hermel se proposa pour dicter un premier et bref rapport liminaire à la place d'Adamsberg. Adamsberg, qui répugnait à ce type d'exercice logique et synthétique, accepta son offre avec gratitude et s'adossa au mur du bureau. Hermel parcourut rapidement ses notes et celles de son collègue, les étala sur la table et enclencha la cassette.
– Quel jour on est, mon vieux? demanda-t-il.
– Mercredi 8 juillet.
– Bon. Vite fait, mon vieux, on met en boite, on complétera demain. “Mercredi 8 juillet. 23 h 45. Gendarmerie de Châteaurouge, Haute-Marne. Rapport faisant suite à l'interrogatoire de Stuart Donald Padwell, trente-cinq ans, fils de John Neil Padwell, nationalité américaine, et de Ariane Germant, nationalité française, inculpé d'homicides volontaires avec préméditation. Interrogatoire conduit les 6, 7 et 8 juillet par le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg et l'adjudant-chef Lionel Fromentin, en présence du commissaire Jacques Hermel et du capitaine Maurice Montvaîlland. John N. Padwell, père de l'inculpé, fut incarcéré à la prison d'Austin, en 19… – vous me do