Страница 8 из 29
– Es-tu donc aussi assuré contre l'impuissance de vivre avec toi-même? demanda Destroy.
– Après? fit Clément. Je serai toujours le maître de mettre un terme à une vie insupportable. Las de jouissances ou d'e
– Qu'en sais-tu, dit Max avec commisération.
– Un Dieu ne saurait être! répliqua Clément d'un ton de véhémence indicible. D'où sortirait-il? Pourquoi serait-il plutôt Dieu que moi? D'ailleurs, ce Dieu qui co
Destroy, qui savait par cœur ces tristes arguments, ne co
«Ils traitent de visions, disait-il, tous les élans de l'âme et soumettent leur esprit au joug du plus vulgaire bon sens. Ils ont bientôt fait de trouver qu'il n'y a rien en dehors d'eux, que ce qu'ils ne conçoivent pas ne saurait exister, que, partant, l'inco
– La douleur me fera nier éternellement Dieu, s'écria Clément au paroxysme de l'exaltation. Je te le déclare, je ne serais condamné qu'à souffrir quinze jours d'un petit caillou dans mon soulier, que je dirais opiniâtrement: «Non, IL n'est pas.»
– Je ne saisis pas le rapport, dit Max. En quoi la douleur implique-t-elle la non-existence d'un Dieu? C'est parler comme une harengère: Si Dieu existait, souffrirait-il cela? La douleur existe, c'est un fait; reste à savoir si, essentiellement, elle est un bien ou si elle est un mal, pourquoi elle existe, à quoi elle sert. Quant-à-moi, je l'avoue, sans elle, je ne me rends compte de la possibilité d'aucune existence. Elle est la force de cohésion qui soude l'un à l'autre les atomes de la matière. Elle est le souffle, l'âme, la conservatrice, non pas seulement de tout ce qui vit, mais encore de tout ce qui végète. Sans elle, ces myriades de trompes capillaires, par où l'arbre aspire la sève, devie
– C'est trop fort! s'écria Clément avec une sorte de fureur. Comment! tu t'estimes heureux de souffrir! Comment! un désir légitime que tu ne peux contenter te réjouit! Comment! les préventions ineptes sous lesquelles tu succombes te remplissent de joie!
– Le cheval qu'on épero
– N'allons pas plus loin, fit Clément hors de lui; le sang bout dans mes veines, je ne sais à quoi l'exaspération pourrait me porter. Si tu n'étais pas mon ami, je t'aurais déjà broyé dans mes mains. Comment veux-tu qu'en présence d'aussi révoltantes opinions, je ne crie pas de toutes mes forces: «Je suis athée!»
– Tu crois l'être.
– Aurais-tu la prétention de voir plus clair en moi que moi-même.
– Oui, certes; car tu rappelles une lanterne sourde devant laquelle on a tiré le volet: celui-là même qui la porte ne peut pas voir la lumière qui est dedans.
– Ma conviction est telle, continua Clément, que je suis prêt à en tirer toutes les conséquences possibles. Il n'est au monde de respectable et de désirable que l'argent, et il n'est d'obstacle pour s'en procurer que la loi qu'il faut défendre jusqu'au jour où l'on peut la violer impunément. Le reste n'est que préjugé. Oui, oui, je l'atteste, demain je pourrais, sans encourir de peine, prendre un million dans la caisse d'un banquier, que je le ferais sans balancer.
– Que ne mets-tu tout de suite un meurtre à la place d'un vol?» fit Destroy croyant lui causer de l'embarras.
Clément hésita en effet; mais son audace eut promptement le dessus. Avec une énergie sourde:
«Si un assassinat pouvait m'enrichir, dit-il, et que l'impunité me fût assurée, pourquoi ne le ferais-je pas?»
Max, par ses gestes, marquait la plus profonde incrédulité.
«Je m'obstine, dit-il avec l'accent de la conviction, à ne voir là que de monstrueuses fanfaro
– Tu tiens toujours, à ce qu'il paraît, dit Clément dont la chaleur de tête se tempéra tout à coup pour redescendre à la glace, à ce que je sois moins mauvais que je ne le prétends. Garde ton illusion: mon désir de te l'enlever ne va pas présentement jusqu'à me commander des aveux plus complets. Sache seulement, pour ta gouverne, que mon scepticisme est d'autant plus inébranlable que mon repos en dépend, et que, de par ma seule volonté, tes plus solides preuves n'auront jamais à mes yeux même l'importance des bulles de savon.»
Destroy regarda Clément avec surprise. Il se défendit d'avoir voulu prouver quelque chose. Il était d'avis qu'en métaphysique on ne prouve rien, ou, mieux, qu'on prouve tout ce qu'on veut, le pour et le contre, avec une égale force, et que le simple sentiment remporte souvent sur mille preuves ratio
«Au lieu de discuter avec toi, ajouta-t-il, j'eusse mieux fait de me borner à une simple observation. Si notre penchant nous porte à mal faire, notre intérêt nous commande de bien agir. À un moment do