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Ainsi, pendant quelques heures, il oubliait, il était heureux. Mais l’automne vint avec de grosses pluies, un vent rude qui interrompit ses stations à la tour Saint-Hermeland. Dès lors, il passa ses journées du dimanche chez les Roudic.
La douceur de l’enfant les avait touchés, ces Roudic. Ils étaient très bons pour lui. Zénaïde surtout en raffolait, surveillait son linge avec un soin maternel, l’activité brusque qui était en elle et qui surprenait dans cette épaisseur de tout son être. Au château, quand elle allait en journée, elle ne faisait que parler de l’apprenti. Le père Roudic, lui, tout en ayant un certain mépris pour la débilité et le peu d’intelligence ouvrière de Jack, disait:
– C’est un bon petit gas tout de même.
Il trouvait seulement qu’il lisait trop, et quelquefois lui demandait en riant s’il travaillait pour devenir maître d’école ou curé. Malgré cela, il lui marquait un certain respect, justement à cause de son instruction. Le fait est qu’en dehors de l’ajustage, le père Roudic ne savait rien au monde, lisait et écrivait comme à sa sortie de l’école, ce qui le gênait un peu depuis qu’il était passé contre-maître et qu’il avait épousé la seconde madame Roudic.
Celle-ci était la fille d’un garde d’artillerie, une demoiselle de petite ville, bien élevée dans une famille nombreuse et pauvre où chacun apportait sa part d’économie et de travail. Réduite à ce mariage disproportio
Clarisse avait effectivement le ton, les façons des filles pauvres habituées par leur travail à une élégance relative; et elle tenait au bout de ses mains, très paresseuses depuis le mariage, un art de se parer, de se coiffer, qui contrastait avec l’aspect monastique des femmes du pays, enfermant leurs cheveux sous d’épais bandeaux de toile, alourdissant leur taille sous les plis droits de leur jupon.
Le logis, lui aussi, se ressentait de cette recherche. Derrière ces grands rideaux de mousseline blanche qui sont la parure de toutes les maisons breto
Il s’imaginait naïvement, ce brave Roudic, que sa femme ne songeait qu’à lui en se faisant belle; et dans Indret on l’aimait trop pour le détromper, pour lui dire qu’un autre accaparait toutes les pensées, toute l’affection de Clarisse.
Qu’y avait-il de réel au fond de cela?
Jamais, dans ces bavardages de petite ville qui se tie
Si la chose dont on parlait était vraie, il faut dire, à l’excuse de Clarisse, que le Nantais et elle s’étaient co
Que se passa-t-il ensuite?
Avec les facilités du voisinage, de l’intimité permise, de ces longues causeries le soir en tête-à-tête, pendant que le père Roudic s’endormait sur un coin de table et que Zénaïde veillait au château pour quelque toilette pressée, ces deux natures également attirantes et coquettes eurent-elles la force de se résister? C’était peu croyable. Elles semblaient si bien faites l’une pour l’autre, la nonchalance de Clarisse se fût si bien appuyée sur l’épaule hardie et robuste du beau neveu.
Pourtant, malgré les apparences, la certitude n’existait pour perso
Elle avait des façons de couper leurs entrevues, d’arriver à l’improviste, de les braver bien en face, qui résultaient d’une pensée constante. Fatiguée de sa journée, elle s’installait encore le soir, avec un tricot sur les doigts, entre la gaîté de son cousin et les rêveries somnambules de sa belle-mère qui, le regard perdu, les bras le long du corps dénoués dans une paresse d’attitude, eût passé sa nuit à écouter le beau dessinandier.
À côté de la confiance aveugle et fermée du vieux Roudic, Zénaïde était le vrai mari soupço
Aussi la lutte était chaude entre elle et le Nantais; et la petite guerre d’escarmouches qu’ils se faisaient ouvertement cachait de sourdes colères, des mystères d’antipathie. Le père Roudic en riait comme d’un reste d’affection inavouée et de galant cousinage; mais Clarisse avait des pâleurs en les écoutant, des défaillances de tout son être faible, incapable de lutter et désespéré devant la faute.
En ce moment, Zénaïde triomphait. Elle avait si bien manœuvré au château que le directeur, ne pouvant décider le Nantais à partir pour Guérigny, venait de l’envoyer à Saint-Nazaire pour étudier pour le compte de l’usine des machines d’un nouveau modèle que les Transatlantiques étaient en train d’installer. Il en avait pour des mois à lever des plans, à tracer des épures. Clarisse n’en voulait pas à sa belle-fille de ce départ dont elle la savait l’auteur; même elle en éprouvait un certain soulagement. Elle était de celles dont les yeux disent: «Défendez-moi!» dans la langueur de leur coquetterie. Et l’on voit que Zénaïde s’y entendait, à la défendre.
Jack avait compris dès les premiers temps que ces deux femmes avaient un secret entre elles. Il les aimait également toutes les deux. La gaieté de Zénaïde, faite de vaillance et de tranquillité d’âme, le charmait, tandis que madame Roudic, plus soignée, plus femme, flattait des habitudes de ses yeux, des instincts de son ancie