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Tu m’apparais baigné de noblesse et de bienveillance, grand seigneur qui as le pouvoir de do
Chapitre VIII Les hommes
I
Une fois de plus, j’ai côtoyé une vérité que je n’ai pas comprise. Je me suis cru perdu, j’ai cru toucher le fond du désespoir et, une fois le renoncement accepté, j’ai co
Comment favoriser en nous cette sorte de délivrance? Tout est paradoxal chez l’homme, on le sait bien. On assure le pain de celui-là pour lui permettre de créer et il s’endort, le conquérant victorieux s’amollit, le généreux, si on l’enrichit, devient ladre. Que nous importent les doctrines politiques qui prétendent épanouir les hommes, si nous ne co
L’essentiel, nous ne savons pas le prévoir. Chacun de nous a co
Que savons-nous, sinon qu’il est des conditions inco
La vérité, ce n’est point ce qui se démontre. Si dans ce terrain, et non dans un autre, les orangers développent de solides racines et se chargent de fruits, ce terrain-là c’est la vérité des orangers. Si cette religion, si cette culture, si cette échelle des valeurs, si cette forme d’activité et non telles autres, favorisent dans l’homme cette plénitude, délivrent en lui un grand seigneur qui s’ignorait, c’est que cette échelle des valeurs, cette culture, cette forme d’activité, sont la vérité de l’homme. La logique? Qu’elle se débrouille pour rendre compte de la vie.
Tout au long de ce livre j’ai cité quelques-uns de ceux qui ont obéi, semble-t-il, à une vocation souveraine, qui ont choisi le désert ou la ligne, comme d’autres eussent choisi le monastère; mais j’ai trahi mon but si j’ai paru vous engager à admirer d’abord les hommes. Ce qui est admirable d’abord, c’est le terrain qui les a fondés.
Les vocations sans doute jouent un rôle. Les uns s’enferment dans leurs boutiques. D’autres font leur chemin, impérieusement, dans une direction nécessaire: nous retrouvons en germe dans l’histoire de leur enfance les élans qui expliqueront leur destinée. Mais l’Histoire, lue après coup, fait illusion. Ces élans-là nous les retrouverions chez presque tous. Nous avons tous co
Nuits aérie
C’était sur le front de Madrid que je visitais en reporter. Je dînais ce soir-là au fond d’un abri souterrain, à la table d’un jeune capitaine.
II
Nous causions quand le téléphone a so
«Tu sors le premier, avec moi, dit-il au sergent. Bois et va dormir.»
Le sergent est allé dormir. Autour de cette table, nous sommes une dizaine à veiller. Dans cette pièce bien calfatée, dont nulle lumière ne filtre, la clarté est si dure que je cligne des yeux. J’ai glissé un regard, il y a cinq minutes, à travers une meurtrière. Ayant enlevé le chiffon qui masquait l’ouverture, j’ai aperçu, englouties sous un clair de lune qui répandait une lumière d’abîme, des ruines de maisons hantées. Quand j’ai remis en place le chiffon il m’a semblé essuyer le rayon de lune comme une coulée d’huile. Et je conserve maintenant dans les yeux l’image de forteresses glauques.
Ces soldats sans doute ne reviendront pas, mais ils se taisent, par pudeur. Cet assaut est dans l’ordre. On puise dans une provision d’hommes. On puise dans un grenier à grains. On jette une poignée de grains pour les semailles.
Et nous buvons notre cognac. Sur ma droite, on dispute une partie d’échecs. Sur ma gauche, on plaisante. Où suis-je? Un homme, à demi ivre, fait son entrée. Il caresse une barbe hirsute et roule sur nous des yeux tendres. Son regard glisse sur le cognac, se détourne, revient au cognac, vire, suppliant, sur le capitaine. Le capitaine rit tout bas. L’homme, touché par l’espoir, rit aussi. Un rire léger gagne les spectateurs. Le capitaine recule doucement la bouteille, le regard de l’homme joue le désespoir, et un jeu puéril s’amorce ainsi, une sorte de ballet silencieux qui, à travers l’épaisse fumée des cigarettes, l’usure de la nuit blanche, l’image de l’attaque prochaine, tient du rêve.
Et nous jouons, enfermés bien au chaud dans la cale de notre navire, cependant qu’au-dehors redoublent des explosions semblables à des coups de mer.
Ces hommes se décaperont tout à l’heure de leur sueur, de leur alcool, de l’encrassement de leur attente dans les eaux régales de la nuit de guerre. Je les sens si près d’être purifiés. Mais ils dansent encore aussi loin qu’ils le peuvent danser le ballet de l’ivrogne et de la bouteille. Ils la poursuivent aussi loin qu’on peut la poursuivre, cette partie d'échecs. Ils font durer la vie tant qu’ils peuvent. Mais ils ont réglé un réveille-matin qui trône sur une étagère. Cette so