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Tous éclatèrent de rire. C’est tout ce que Kouratof désirait, il fallait qu’il fît le bouffon. On en revint bientôt aux conversations sérieuses, surtout les vieillards et les co
– Eh bien! Mametka, iakchi.
– Iakchi, oukh iakchi! marmottait Mametka, en secouant sa tête grotesque. – Iakchi.
– On ne les attrapera pas? Iok.
– Ioi, iok! Et Mametka branlait et hochait la tête, en brandissant les bras.
– Tu as donc menti, et moi je n’ai pas compris, hein?
– C’est ça, c’est ça, iakchi! répondait Mametka.
– Allons, bon, iakch, aussi.
Skouratof lui do
Pendant une semaine entière, la discipline fut extrêmement sévère dans la maison de force; on se livrait à des battues minutieuses dans les environs. Je ne sais comment cela se faisait, mais les détenus étaient toujours au courant des dispositions que prenait l’administration pour retrouver les fugitifs. Les premiers jours, les nouvelles leur étaient très-favorables: ils avaient disparu sans laisser de traces. Nos forçats ne faisaient que se moquer des chefs, et n’avaient plus aucune inquiétude sur le sort de leurs camarades. «On ne trouvera rien, vous verrez qu’on ne les pincera pas», disaient-ils avec satisfaction.
On savait que tous les paysans des environs étaient sur pied et qu’ils surveillaient les endroits suspects, comme les forêts et les ravins.
– Des bêtises! ricanaient les nôtres, pour sûr ils sont cachés chez un homme à eux.
– Pour sûr! – ce sont des gaillards qui ne se hasardent pas sans avoir tout préparé à l’avance.
Les suppositions allèrent plus loin; on disait qu’ils étaient peut-être encore cachés dans le faubourg, dans une cave, en attendant que la panique eût cessé et que leurs cheveux eussent repoussé. Ils y resteraient peut-être six mois, et alors ils s’en iraient tout tranquillement plus loin…
Bref, tous les détenus étaient d’humeur romanesque et fantastique. Tout à coup, huit jours après l’évasion, le bruit se répandit qu’on avait trouvé la piste. Ce bruit fut naturellement démenti avec mépris, mais vers le soir il prit de la consistance. Les forçats s’émurent. Le lendemain matin, on disait déjà en ville qu’on avait arrêté les fugitifs et qu’on les ramenait. Après le dîner, on eut de nouveaux détails: ils avaient été arrêtés à soixante-dix verstes de la ville, dans un hameau. Enfin on reçut une nouvelle authentique. Le sergent-major, qui revenait de chez le major, assura qu’ils seraient amenés au corps de garde le soir même. Ils étaient pris, il n’y avait plus à en douter. Il est difficile de rendre l’impression que fit cette a
Autant on avait glorifié auparavant Koulikof et A-f, autant on les dénigra ensuite. On les dénigrait même avec plaisir, comme s’ils avaient offensé leurs camarades en se laissant prendre. On disait avec dédain qu’ils avaient eu probablement très-faim, et que ne pouvant supporter leurs souffrances, ils étaient venus dans un hameau demander du pain aux paysans, ce qui est le dernier abaissement pour un vagabond. Ces récits étaient faux, car on avait suivi les fugitifs à la piste; quand ils étaient entrés sous bois, on avait fait cerner la forêt dans laquelle ils se trouvaient. Voyant qu’il n’y avait plus moyen de se sauver, ils se rendirent. Ils n’avaient rien d’autre à faire.
On les amena le soir, pieds et poings liés, escortés de gendarmes; tous les forçats se jetèrent sur la palissade pour voir ce qu’on leur ferait. Ils ne virent que les équipages du major et du commandant qui attendaient devant le corps de garde. On mit les évadés au secret, après les avoir referrés; le lendemain ils passèrent en jugement. Les moqueries et le mépris des détenus pour leurs camarades cessèrent d’eux-mêmes, quand on sut les détails: on apprit alors qu’ils avaient été obligés de se rendre, parce qu’ils étaient cernés de tous côtés; tout le monde s’intéressa cordialement au cours de l’affaire.
– On leur en do
– Oh! oh! ils les fouetteront à mort. A-f peut-être ne recevra que mille baguettes, mais l’autre, on le tuera pour sûr, parce que, vois-tu, il est de la section particulière.
Les forçats se trompaient. A-f fut condamné à cinq cents coups de baguettes; sa conduite antérieure lui valut les circonstances atténuantes, et puis, c’était son premier délit. Koulikof reçut, je crois, mille cinq cents coups. Comme on voit, la punition fut assez bénigne. En gens de bon sens, ils n’impliquèrent perso
Depuis cette tentative d’évasion, l’étoile de Koulikof pâlit sensiblement. Le succès signifie tout dans ce monde…