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IX – L’ÉVASION.
Peu de temps après que le major eut do
Dois-je décrire dans ces mémoires tout le temps que j’ai passé au bagne? Non. Si je racontais par ordre tout ce que j’ai vu, je pourrais doubler et tripler le nombre des chapitres, mais une semblable description serait par trop monotone. Tout ce que je raconterais rentrerait forcément dans les chapitres précédents, et le lecteur s’est déjà fait en les parcourant une idée de la vie des forçats de la seconde catégorie. J’ai voulu représenter notre maison de force et ma vie d’une façon exacte et saisissante, je ne sais trop si j’ai atteint mon but. Je ne puis juger moi-même mon travail. Je crois pourtant que je puis le terminer ici. À remuer ces vieux souvenirs, la vieille souffrance remonte et m’étouffe. Je ne puis d’ailleurs me souvenir de tout ce que j’ai vu, car les dernières a
Mais à quoi bon!… je préfère terminer mes mémoires par un récit quelconque, afin de ne pas les finir trop brusquement.
J’y pense; quelqu’un demandera peut-être s’il est impossible de s’enfuir de la maison de force, et si, pendant tout le temps que j’y ai passé, il n’y eut pas de tentative d’évasion. J’ai déjà dit qu’un détenu qui a subi deux ou trois ans commence à tenir compte de ce chiffre, et calcule qu’il vaut mieux finir son temps sans encombre, sans danger, et devenir colon après sa mise en liberté. Mais ceux qui calculent ainsi sont les forçats condamnés pour un temps relativement court: ceux dont la condamnation est longue sont toujours prêts à risquer… Pourtant les tentatives d’évasion étaient rares. Fallait-il attribuer cela à la lâcheté des forçats, à la sévérité de la discipline militaire, ou bien à la situation de notre ville qui ne favorisait guère les évasions (car elle était en pleine steppe découverte)? Je n’en sais rien. Je crois que tous ces motifs avaient leur influence… Il était difficile de s’évader de notre prison: de mon temps, deux forçats l’essayèrent: c’étaient des criminels d’importance.
Quand notre major eut do