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Si l’oncle Lomof avait enfoncé d’une ligne plus avant son allène dans la poitrine de Gavrilka, il l’aurait certainement tué, mais il ne réussit qu’à lui faire une égratignure. On rapporta l’affaire au major. Je le vois encore arriver tout essoufflé, mais avec une satisfaction visible. Il s’adressa à Gavrilka d’un ton affable et paternel, comme s’il eût parlé à son fils.

– Eh bien, mon ami, peux-tu aller toi-même à l’hôpital ou faut-il qu’on t’y mène? Non, je crois qu’il vaut mieux faire atteler un cheval. Qu’on attelle immédiatement! cria-t-il au sous-officier d’une voix haletante.

– Mais je ne sens rien, Votre Haute Noblesse. Il ne m’a que légèrement piqué là, Votre Haute Noblesse.

– Tu ne sais pas, mon cher ami, tu ne sais pas; tu verras… C’est à une mauvaise place qu’il t’a frappé. Tout dépend de la place… Il t’a atteint juste au-dessous du cœur, le brigand! Attends, attends! hurla-t-il en s’adressant a Lomof. – Je te la garde bo

Il tint ce qu’il avait promis. On mit en jugement Lomof, et quoique la blessure fût très-légère, la préméditation étant évidente, on augmenta sa condamnation aux travaux forcés de plusieurs a

Le lendemain de son arrivée en ville, il vint faire son inspection à la maison de force. C’était justement un jour de fête; depuis quelques jours tout était propre, luisant, minutieusement lavé; les forçats étaient rasés de frais, leur linge très-blanc n’avait pas la moindre tache. (Comme l’exigeait le règlement, ils portaient pendant l’été des vestes et des pantalons de toile. Chacun d’eux avait dans le dos un rond noir cousu à la veste, de huit centimètres de diamètre.) Pendant une heure on avait fait la leçon aux détenus, ce qu’ils devaient répondre et dans quels termes, si ce haut fonctio

– Ah! répondit le général. – Et quelle est sa conduite?

– Satisfaisante pour le moment, Votre Excellence, satisfaisante.

Le général fit un signe de tête et sortit de la maison de force au bout de deux minutes. Les forçats furent éblouis et désappointés, ils demeurèrent perplexes. Quant à se plaindre du major, il ne fallait pas même y penser. Celui-ci était rassuré d’avance à cet égard.

VI – LES ANIMAUX DE LA MAISON DE FORCE.

L’achat de Gniédko (cheval bai), qui eut lieu peu de temps après, fut une distraction beaucoup plus agréable et plus intéressante pour les forçats que la visite du haut perso

Le jour de la Saint-Pierre, de bon matin, après la messe, quand tous les forçats furent réunis, on amena des chevaux pour les vendre. Le soin de choisir un cheval était confié aux détenus, car il y avait parmi eux de vrais co