Страница 68 из 86
– Oui, mais toujours est-il que le major a eu peur; il est ivre depuis le matin.
– Et ce soir, il a fait emmener deux fourgons… C’est Fedka qui l’a dit.
– Vous avez beau frotter un nègre, il ne deviendra jamais blanc. Est-ce la première fois que vous le voyez, ivre, hein?
– Non! ce sera une fière injustice si le général ne lui fait rien, disent entre eux les forçats qui s’agitent et s’émeuvent.
La nouvelle de l’arrivée du réviseur se répand dans le bagne. Les détenus rodent dans la cour avec impatience en répétant la grande nouvelle. Les uns se taisent et conservent leur sang-froid, pour se do
Vers neuf heures on nous compta, on nous parqua dans les casernes, que l’on ferma pour la nuit. C’était une courte nuit d’été; aussi nous réveillait-on à cinq heures du matin, et pourtant perso
Ce qu’on avait dit du réviseur n’était que la pure vérité. Les bruits se confirmaient de jour en jour, enfin on sut qu’un général, un haut fonctio
Le délinquant s’appelait Lomof; la victime portait dans notre maison de force le nom de Gavrilka: c’était un des vagabonds endurcis dont j’ai parlé plus haut; je ne sais pas s’il avait un autre nom, je ne lui en ai jamais co
Lomof avait été un paysan aisé du gouvernement de T… district de K… Ils étaient cinq, qui vivaient ensemble: les deux frères Lomof et trois fils. C’étaient de riches paysans, on disait dans tout le gouvernement qu’ils avaient plus de trois cent mille roubles assignats. Ils labouraient et corroyaient des peaux, mais s’occupaient surtout d’usure, de receler les vagabonds et les objets volés, enfin d’un tas de jolies choses. La moitié des paysans du district leur devait de l’argent et se trouvait ainsi entre leurs grilles. Ils passaient pour être intelligents et rusés, ils prenaient de très-grands airs. Un grand perso
On n’aimait pas les Lomof chez nous, je ne sais trop pourquoi. L’un d’eux, le neveu, était un rude gaillard, intelligent et d’humeur sociable; mais son oncle, celui qui avait frappé Gavrilka avec une allène, paysan stupide et emporté, se querellait continuellement avec les forçats, qui le battaient comme plâtre. Toute la maison de force aimait Gavrilka, à cause de son caractère gai et facile. Les Lomof n’ignoraient pas qu’il était l’auteur du crime pour lequel ils avaient été condamnés, mais jamais ils ne s’étaient disputés avec lui; Gavrilka ne faisait aucune attention à eux. La rixe avait commencé à cause d’une fille dégoûtante, qu’il disputait à l’oncle Lomof: il s’était vanté de la condescendance qu’elle lui avait montrée; le paysan, affolé de jalousie, avait fini par lui planter une allène dans la poitrine. Bien que les Lomof eussent été ruinés par le jugement qui leur avait enlevé tous leurs biens, ils passaient dans le bagne pour très-riches; ils avaient de l’argent, un samovar, et buvaient du thé. Notre major ne l’ignorait pas et haïssait les deux Lomof, il ne leur épargnait aucune vexation. Les victimes de cette haine l’expliquaient par le désir qu’avait le major de se faire graisser la patte, mais ils ne voulaient pas s’y résoudre.