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– Tu as vendu le Christ.
– Tant que tu voudras.
– Fameux, notre Isaï Fomitch! un vrai crâne! N’y touchez pas, nous n’en avons qu’un.
– Eh! Juif, empoigne un fouet, tu iras en Sibérie!
– Z’y suis dézà, en Sibérie!
– On t’enverra encore plus loin.
– Le Seigneur Dieu y est-il, là-bas?
– Parbleu, ça va sans dire.
– Alors comme vous voudrez! tant qu’il y aura le Seigneur Dieu et de l’arzent, – tout va bien.
– Un crâne, notre Isaï Fomitch! un crâne, on le voit! crie-t-on autour de lui. Le Juif voit bien qu’on se moque de lui, mais il ne perd pas courage, il fait le bravache; les louanges dont on le comble lui causent un vif plaisir, et d’une voix grêle d’alto qui grince dans toute la caserne, il commence à chanter: La, la, la, la, la! sur un motif idiot et risible, le seul chant qu’on lui ait entendu chanter pendant tout son séjour à la maison de force. Quand il eut fait ma co
La veille de chaque samedi, les forçats venaient exprès des autres casernes dans la nôtre pour voir Isaï Fomitch célébrer le sabbat. Il était d’une vanité et d’une jactance si i
– Quel major?
– Comment? N’avez-vous pas vu le major?
– Non.
– Il était pourtant à deux pieds de vous, à vous regarder.
Mais Isaï Fomitch m’assura le plus sérieusement du monde qu’il n’avait pas vu le major, car à ce moment de la prière, il était dans une telle extase qu’il ne voyait et n’entendait rien de ce qui se passait autour de lui.
Je vois maintenant Isaï Fomitch baguenauder le samedi dans toute la prison, et chercher à ne rien faire, comme la loi le prescrit à tout Juif. Quelles anecdotes invraisemblables ne me racontait-il pas! Chaque fois qu’il revenait de la synagogue, il m’apportait toujours des nouvelles de Pétersbourg et des bruits absurdes qu’il m’assurait tenir de ses coreligio
Mais j’ai déjà trop parlé d’Isaï Fomitch.
Dans toute la ville, il n’y avait que deux bains publics. Le premier, tenu par un Juif, était divisé en compartiments pour lesquels on payait cinquante kopeks; l’aristocratie de la ville le fréquentait. L’autre bain, vieux, sale, étroit, était destiné au peuple; c’était là qu’on menait les forçats. Il faisait froid et clair: les détenus se réjouissaient de sortir de la forteresse et de parcourir la ville. Pendant toute la route, les rires et les plaisanteries ne discontinuèrent pas. Un peloton de soldats, le fusil chargé, nous accompagnait; c’était un spectacle pour la ville. Une fois arrivés, vu l’exiguïté du bain, qui ne permettait pas à tout le monde d’entrer à la fois, on nous divisa en deux bandes, dont l’une attendait dans le cabinet froid qui se trouve avant l’étuve, tandis que l’autre se lavait. Malgré cela, la salle était si étroite qu’il était difficile de se figurer comment la moitié des forçats pourrait y tenir, Pétrof ne me quitta pas d’une semelle; il s’empressa auprès de moi sans que je l’eusse prié de venir m’aider et m’offrit même de me laver. En même temps que Pétrof, Baklouchine, forçat de la section particulière, me proposa ses services. Je me souviens de ce détenu, qu’on appelait «pio
[18] Cette boite cubique, appelée téphil en hébreu, représente le temple de Salomon; les dix commandements de la loi de Moïse y sont écrits.