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Le visiteur sourit.

– À coup sûr on ne vous laissera pas aller à Pétersbourg, quand même je vous do

Il se leva.

– Nicolas Vsévolodovitch, – et quelles sont vos intentions par rapport à Marie Timoféievna?

– Je vous les ai dites.

– Est-il possible que ce soit vrai?

– Vous ne le croyez pas encore?

– Ainsi vous allez me planter là comme une vieille botte hors d’usage?

– Je verrai, répondit en riant Nicolas Vsévolodovitch, – allons, introduisez-moi.

– Voulez-vous que j’aille sur le perron?… ici je pourrais, sans le faire exprès, entendre votre conversation… parce que les chambres sont toutes petites.

– Soit; allez sur le perron. Prenez le parapluie.

– Le vôtre? Suis-je digne de m’abriter dessous?

– Tout le monde est digne d’un parapluie.

– Vous déterminez du coup le minimum des droits de l’homme.

Mais le capitaine prononça ces mots machinalement: il était écrasé, anéanti par les nouvelles qu’il venait d’apprendre. Et pourtant, à peine arrivé sur le perron, cet homme aussi roué qu’inconsistant se reprit à espérer, l’idée lui revint que Nicolas Vsévolodovitch cherchait à lui do

– «S’il ment, s’il ruse, quel est son but?» se demandait Lébiadkine. La publication du mariage lui paraissait une absurdité: «Il est vrai que de la part d’un tel monstre rien ne doit éto

«Il m’effraye avec Pierre Stépanovitch. Oh! voilà ce qu’il y a de terrible! Et pourquoi ai-je fait des confidences à Lipoutine? Le diable sait ce que manigancent ces démons, jamais je n’ai pu y voir clair. Ils recommencent à s’agiter comme il y a cinq ans. À qui, il est vrai, les dénoncerais-je? «N’avez-vous pas écrit à quelqu’un par bêtise?» Hum. Ainsi l’on pourrait écrire comme par bêtise? N’est-ce pas un conseil qu’il me do

Il était si absorbé dans ses réflexions qu’il ne pensa même pas à se mettre aux écoutes. Du reste, il lui aurait été difficile d’entendre la conversation: la porte était massive et à un seul battant; d’autre part, on n’élevait guère la voix; le capitaine ne percevait que des sons indistincts. Il lança un jet de salive et retourna siffler sur le perron.

III

Deux fois plus grande que la pièce occupée par le capitaine, la chambre de Marie Timoféievna ne renfermait pas un mobilier plus élégant; mais la table qui faisait face au divan était couverte d’une nappe de couleur, sur tout le parquet s’étendait un beau tapis, et le lit était masqué par un long rideau vert qui coupait la chambre en deux; il y avait en outre près de la table un grand et moelleux fauteuil sur lequel pourtant Marie Timoféievna n’était pas assise. Ici comme dans le logement de la rue de l’Épiphanie une lampe brûlait dans un coin devant une icône, et sur la table se retrouvaient aussi les mêmes objets: jeu de cartes, miroir, chanso

Le capitaine avait menti en disant que sa sœur avait fait toilette. Elle portait la robe de couleur sombre que nous lui avons vue chez Barbara Pétrovna. Maintenant comme alors son long cou décharné était à découvert, et ses cheveux étaient réunis sur sa nuque en un chignon minuscule. Le châle noir do

– Pardon, je vous ai fait peur, Marie Timoféievna, dit-il en lui tendant la main, – j’ai eu tort de venir vous surprendre ainsi au moment de votre réveil.

L’aménité de ce langage produisit son effet. La frayeur de Marie Timoféievna se dissipa, quoiqu’elle continuât à regarder Stavroguine avec appréhension, en faisant de visibles efforts pour comprendre. Elle tendit craintivement sa main. À la fin, un timide sourire se montra sur ses lèvres.

– Bonjour, prince, dit-elle à voix basse, tout en considérant d’un air étrange Nicolas Vsévolodovitch.

– Sans doute vous avez fait un mauvais rêve? reprit-il avec un sourire de plus en plus aimable.

– Mais vous, comment savez-vous que j’ai rêvé de cela?

Et soudain son tremblement de tout à l’heure la ressaisit, elle se rejeta en arrière et leva le bras devant elle comme pour se protéger, peu s’en fallut qu’elle ne fondit de nouveau en larmes.