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– Que savez-vous d’elle? Parlez vite, je vous prie!

– Eh bien, quoi?… répondit-il avec un sourire assez peu en situation, – vous le voyez vous-même.

– Qu’est-ce que je vois? Allons, dites quelque chose!

– Elle demeure dans la même maison que moi… avec son frère… un officier.

– Eh bien?

– Ce n’est pas la peine d’en parler… grommela-t-il, et il se tut.

– De vous, naturellement, il n’y a rien à attendre! reprit avec colère Barbara Pétrovna.

Elle voyait maintenant que tout le monde savait quelque chose, mais qu’on n’osait pas répondre à ses questions, qu’on voulait la laisser dans l’ignorance.

Le laquais revint, apportant sur un petit plateau d’argent la tasse de café demandée; il la présenta d’abord à sa maîtresse, qui lui fit signe de l’offrir à Marie Timoféievna.

– Ma chère, vous avez été transie de froid tantôt, buvez vite, cela vous réchauffera.

Marie Timoféievna prit la tasse et dit en français «merci» au domestique; puis elle se mit à rire à la pensée de l’inadvertance qu’elle venait de commettre, mais, rencontrant le regard sévère de Barbara Pétrovna, elle se troubla et posa la tasse sur la table.

– Tante, vous n’êtes pas fâchée? murmura-t-elle d’un ton enjoué.

Ces mots firent bondir sur son siège Barbara Pétrovna.

– Quoi? cria-t-elle en prenant son air hautain, – est-ce que je suis votre tante? Que voulez-vous dire par là?

Marie Timoféievna ne s’attendait pas à ce langage courroucé; un tremblement convulsif agita tout son corps, et elle se recula dans le fond de son fauteuil.

– Je… je pensais qu’il fallait vous appeler ainsi, balbutia-t-elle en regardant avec de grands yeux Barbara Pétrovna, – j’ai entendu Lisa vous do

– Comment? Quelle Lisa?

– Eh bien, cette demoiselle, répondit Marie Timoféievna en montrant du doigt Élisabeth Nikolaïevna.

– Ainsi, pour vous elle est déjà devenue Lisa?

– C’est vous-même qui tantôt l’avez appelée ainsi, reprit avec un peu plus d’assurance Marie Timoféievna. – Il me semble avoir vu en songe cette charmante perso

À la réflexion, Barbara Pétrovna se calma un peu; la dernière parole de mademoiselle Lébiadkine amena même un léger sourire sur ses lèvres. La folle s’en aperçut, se leva et de son pas boiteux s’avança timidement vers la générale.

– Prenez-le, j’avais oublié de vous le rendre, ne vous fâchez pas de mon impolitesse, dit-elle en se dépouillant soudain du châle noir que Barbara Pétrovna lui avait mis sur les épaules peu auparavant.

– Remettez-le tout de suite et gardez-le. Allez vous asseoir, buvez votre café, et, je vous en prie, n’ayez pas peur de moi, ma chère, rassurez-vous. Je commence à vous comprendre.

Stépan Trophimovitch voulut de nouveau prendre la parole:

– Chère amie…

– Oh! faites-nous grâce de vos discours, Stépan Trophimovitch; nous sommes déjà assez déroutés comme cela; si vous vous en mêlez, ce sera complet… Tirez, je vous en prie, le cordon de so

Il y eut un silence. La maîtresse de la maison promenait sur chacun de nous un regard soupço

– Do

– Elle n’est pas très bien portante.

– Va la chercher. Dis-lui que je la prie instamment de venir malgré son état de santé.

En ce moment, des pièces voisines arriva à nos oreilles un bruit de pas et de voix semblable à celui de tout à l’heure, et soudain parut sur le seuil Prascovie Ivanovna. Elle était agitée et hors d’haleine; Maurice Nikolaïévitch lui do

– Oh! Seigneur, ce que j’ai eu de peine à me traîner jusqu’ici! Lisa, tu es folle d’en user ainsi avec ta mère! gronda-t-elle, mettant dans ce reproche une forte dose d’acrimonie, selon l’habitude des perso

– Matouchka, Barbara Pétrovna, je viens chercher ma fille chez vous!

La générale Stavroguine la regarda de travers, se leva à demi, et, d’un ton où perçait une colère mal contenue:

– Bonjour, Prascovie Ivanovna, dit-elle, fais-moi le plaisir de t’asseoir. J’étais sûre que tu viendrais.

II

Un pareil accueil n’avait rien qui pût surprendre Prascovie Ivanovna. Depuis l’enfance, Barbara Pétrovna avait toujours traité despotiquement son ancie