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CHAPITRE IV LA BOITEUSE.

I

Chatoff ne fit pas la mauvaise tête, et, conformément à ce que je lui avais écrit, alla à midi chez Élisabeth Nikolaïevna. Nous arrivâmes presque en même temps lui et moi; c’était aussi la première fois que je me rendais chez les dames Drozdoff. Elles se trouvaient dans la grande salle avec Maurice Nikolaïévitch, et une discussion avait lieu entre ces trois perso

Il était resté sur le seuil, fort embarrassé de sa perso

– C’est M. Chatoff, dont je vous ai parlé, et voici M. G…ff, un grand ami à moi et à Stépan Trophimovitch. Maurice Nikolaïévitch a aussi fait sa co

– Lequel est professeur?

– Mais ni l’un ni l’autre, maman.

– Si fait, tu m’as dit toi-même qu’il viendrait un professeur; ce doit être celui-ci, fit Prascovie Ivanovna et montrant Chatoff avec un air de mépris.

– Je ne vous ai jamais a

– Étudiant, professeur, c’est toujours de l’Université. Il faut que tu aies bien envie de me contredire pour chicaner là-dessus. Mais celui que nous avons vu en Suisse avait des moustaches et une barbiche.

– Maman veut parler du fils de Stépan Trophimovitch, elle lui do

– Quand ses pieds enflent, elle est toujours ainsi, vous comprenez, elle est malade, ajouta à voix basse la jeune fille en continuant à observer avec une extrême curiosité le visiteur, dont l’épi de cheveux attirait surtout son attention.

– Vous êtes militaire? me demanda la vieille dame avec qui Lisa avait eu la cruauté de me laisser en tête-à-tête.

– Non, je sers…

– M. G…ff est un grand ami de Stépan Trophimovitch, se hâta de lui expliquer sa fille.

– Vous servez chez Stépan Trophimovitch? Mais il est aussi professeur?

– Ah! maman, vous n’avez que des professeurs dans l’esprit, je suis sûre que vous en voyez même en rêve, cria Lisa impatientée.

– C’est bien assez d’en voir quand on est éveillé. Mais toi, tu ne sais que faire de l’opposition à ta mère. Vous étiez ici il y a quatre ans, quand Nicolas Vsévolodovitch est revenu de Pétersbourg?

Je répondis affirmativement.

– Il y avait un anglais ici parmi vous?

– Non, il n’y en avait pas.

Lisa se mit à rire.

– Tu vois bien qu’il n’y avait pas du tout d’Anglais, par conséquent ce sont des mensonges. Barbara Pétrovna et Stépan Trophimovitch mentent tous les deux. Du reste, tout le monde ment.

– Ma tante et Stépan Trophimovitch ont trouvé chez Nicolas Vsévolodovitch de la ressemblance avec le prince Harry mis en scène dans le Henri IV de Shakespeare, et maman objecte qu’il n’y avait pas d’Anglais, nous expliqua Lisa.

– Puisqu’il n’y avait pas de Harry, il n’y avait pas d’Anglais. Seul Nicolas Vsévolodovitch a fait des fredaines.

– Je vous assure que maman le fait exprès, crut devoir observer la jeune fille en s’adressant à Chatoff, elle co

– Le docteur est arrivé, vint a

– Zémirka, Zémirka, viens avec moi! cria Prascovie Ivanovna en se levant à demi.

Au lieu d’accourir à la voix de sa maîtresse, Zémirka, vieille et laide petite chie

– Tu ne veux pas? Eh bien, reste là. Adieu, batuchka, je ne co

– Antoine Lavrentiévitch…

– Peu importe, ça m’entre par une oreille et ça sort par l’autre. Ne m’accompagnez pas, Maurice Nikolaïévitch, je n’ai appelé que Zémirka. Grâce à Dieu, je sais encore marcher seule, et demain j’irai me promener.

Elle s’en alla fâchée.

– Antoine Lavrentiévitch, vous causerez pendant ce temps-là avec Maurice Nikolaïévitch; je vous assure que vous gagnerez tous les deux à faire plus intimement co

II

À ma grande surprise, l’affaire qu’Élisabeth Nikolaïevna avait à traiter avec Chatoff était, en effet, exclusivement littéraire. Je ne sais pourquoi, mais je m’étais toujours figuré qu’elle l’avait fait venir pour quelque autre chose. Comme ils ne se cachaient pas de nous et causaient très haut, nous nous mîmes, Maurice Nikolaïévitch et moi, à écouter leur conversation, ensuite ils nous invitèrent à y prendre part. Il s’agissait d’un livre qu’Élisabeth Nikolaïevna jugeait utile, et que, depuis longtemps, elle se proposait de publier, mais, vu sa complète inexpérience, elle avait besoin d’un collaborateur. Je fus même frappé du sérieux avec lequel elle exposa son plan à Chatoff. «Sans doute elle est dans les idées nouvelles, pensai-je, ce n’est pas pour rien qu’elle a séjourné en Suisse.» Chatoff écoutait attentivement, les yeux fixés à terre, et ne remarquait pas du tout combien le projet dont on l’entretenait était peu en rapport avec les occupations ordinaires d’une jeune fille de la haute société.

Voici de quel genre était cette entreprise littéraire. Il paraît chez nous, tant dans la capitale qu’en province, une foule de gazettes et de revues qui, chaque jour, do