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– Je vous casserai la tête pour de pareilles questions.

– Ah! mon Dieu, pardo

– Pour sûr elle est maintenant près de ma femme, ne me faites pas languir, ce n’est pas ma faute si vous êtes bête.

– Ce n’est pas vrai, je ne suis pas bête. Excusez-moi, il m’est tout à fait impossible…

Le Juif avait complètement perdu la tête, et, pour la troisième fois, il ferma la fenêtre, mais Chatoff se mit à pousser de tels cris qu’il la rouvrit presque aussitôt.

– Mais c’est un véritable attentat à la perso

– J’exige quinze roubles, tête de mouton!

– Mais je n’ai peut-être pas envie de reprendre ce revolver. Vous n’avez pas le droit de m’y forcer. Vous avez acheté l’objet – c’est fini, vous ne pouvez pas m’obliger à le reprendre. Je ne saurais pas, la nuit, vous do

– Tu as toujours de l’argent chez toi. Je t’ai payé ce revolver vingt-cinq roubles et je te le recède pour quinze, mais je sais bien que j’ai affaire à un Juif.

– Venez après-demain, – écoutez, après-demain matin, à midi précis, et je vous do

Pour la troisième fois Chatoff cogna avec violence contre le châssis.

– Do

– Non, cinq après-demain matin; demain je ne pourrais pas, je vous l’assure. Vous ferez mieux de ne pas venir.

– Do

– Pourquoi donc m’injuriez-vous comme cela? Attendez, il faut y voir clair; tenez, vous avez cassé un carreau… Qui est-ce qui injurie ainsi les gens pendant la nuit? Voilà!

Chatoff prit le papier que Liamchine lui tendait par la fenêtre; c’était un assignat de cinq roubles.

– En vérité, je ne puis pas vous do

– Je ne m’en irai pas! hurla Chatoff.

– Allons, tenez, en voilà encore un, et encore un, mais c’est tout ce que je do

Il était furieux, désespéré, ruisselant de sueur. Les deux assignats qu’il venait encore de do

– Allons, que le diable t’emporte, je viendrai demain. Je t’assommerai, Liamchine, si tu ne me complètes pas la somme.

«Demain, je ne serai pas chez moi, imbécile!» pensa à part soi le Juif.

– Arrêtez! arrêtez! cria-t-il comme déjà Chatoff s’éloignait au plus vite. – Arrêtez, revenez. Dites-moi, je vous prie, c’est bien vrai que votre femme est revenue chez vous?

– Imbécile! répondit Chatoff en lançant un jet de salive, et il raccourut chez lui aussi promptement que possible.

IV

Arina Prokhorovna ne savait rien des dispositions arrêtées à la séance de la veille. Rentré chez lui fort troublé, fort abattu, Virguinsky n’avait pas osé confier à sa femme la résolution prise par les nôtres, mais il n’avait pu s’empêcher de lui répéter les paroles de Verkhovensky au sujet de Chatoff, tout en ajoutant qu’il ne croyait pas le moins du monde à ce prétendu projet de délation. Grande fut l’inquiétude d’ Arina Prokhorovna. Voilà pourquoi, lorsque Chatoff vint solliciter ses services, elle n’hésita pas à se rendre immédiatement chez lui, quoiqu’elle fût très fatiguée, un accouchement laborieux l’ayant tenue sur pied pendant toute la nuit précédente. Madame Virguinsky avait toujours été convaincue qu’ «une drogue comme Chatoff était capable d’une lâcheté civique»; mais l’arrivée de Marie Ignatievna présentait les choses sous un nouveau point de vue. L’émoi de Chatoff, ses supplications désespérées dénotaient un revirement dans les sentiments du traître: un homme décidé à se livrer pour perdre les autres n’aurait eu, semblait-il, ni cet air, ni ce ton. Bref, Arina Prokhorovna résolut de tout voir par ses propres yeux. Cette détermination fit grand plaisir à Virguinsky, – ce fut comme si on lui eût ôté de dessus la poitrine un poids de cinq pouds! Il se prit même à espérer: l’aspect du prétendu dénonciateur lui paraissait s’accorder aussi peu que possible avec les soupçons de Verkhovensky.

Chatoff ne s’était pas trompé; lorsqu’il rentra dans ses pénates, Arina Prokhorovna était déjà près de Marie. Le premier soin de la sage-femme en arrivant avait été de chasser avec mépris Kiriloff qui faisait le guet au bas de l’escalier; ensuite elle s’était nommée à Marie, celle-ci ne semblant pas la reco

– Pourquoi toujours rabâcher que vous ne voulez pas d’une accoucheuse chère? disait-elle au moment où entra Chatoff, – c’est une pure sottise, ce sont des idées fausses résultant de votre situation anormale. Avec une sage-femme inexpérimentée, une bo

– Il ne s’agit pas de cela… Je n’ai pas le droit de déranger…

– Ce sont là des sentiments ratio