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Satisfaction fut enfin do
Une porte latérale jusqu’alors fermée s’ouvrit, et soudain parurent quelques masques. Aussitôt le public fit cercle autour d’eux. Tout le buffet se déversa instantanément dans la salle blanche. Les masques se mirent en place pour la danse. Ayant réussi à me faufiler au premier plan, je me trouvai juste derrière le groupe formé par Julie Mikhaïlovna, Von Lembke et le général. Pierre Stépanovitch, qui jusqu’à ce moment ne s’était pas montré, accourut alors auprès de la gouvernante.
– Je suis toujours en surveillance au buffet, lui dit-il à voix basse; pour l’irriter encore plus, il avait pris, en prononçant ces mots, la mine d’un écolier fautif. Julie Mikhaïlovna rougit de colère.
– À présent, du moins, vous devriez renoncer à vos mensonges, homme effronté! répliqua-t-elle.
Cette réponse fut faite assez haut pour que le public l’entendît. Pierre Stépanovitch s’esquiva tout content.
Il serait difficile de concevoir une allégorie plus plate, plus fade, plus misérable que ce «quadrille de la littérature». On n’aurait rien pu imaginer qui fût moins approprié à l’esprit de nos provinciaux; et pourtant la paternité de cette invention appartenait, disait-on, à Karmazinoff. Le divertissement, il est vrai, avait été réglé par Lipoutine aidé du professeur boiteux que nous avons vu chez Virguinsky. Mais l’idée venait de Karmazinoff, et l’on prétend même que le grand écrivain avait voulu figurer en costume parmi les danseurs. Ceux-ci étaient répartis en six couples et pouvaient à peine être appelés des masques, attendu que leur mise ne les distinguait pas des autres perso
– Qu’est-ce que c’est que cela? grommelait dans un groupe un sommelier.
– C’est une bêtise.
– C’est de la littérature. Ils blaguent le Golas.
– Mais qu’est-ce que ça me fait, à moi?
Ailleurs, j’entendis le dialogue suivant:
– Ce sont des ânes!
– Non, les ânes, ce n’est pas eux, mais nous.
– Pourquoi es-tu un âne?
– Je ne suis pas un âne.
– Eh bien, si tu n’es pas un âne, à plus forte raison je n’en suis pas un.
Dans un troisième groupe:
– On devrait leur flanquer à tous le pied au derrière!
– Chambarder toute la salle!
Dans un quatrième:
– Comment les Lembke n’ont-ils pas honte de regarder cela?
– Pourquoi s’en priveraient-ils? Tu le regardes bien, toi!
– Ce n’est pas ce que je fais de mieux, mais, après tout, moi, je ne suis pas gouverneur.
– Non, tu es un cochon.
– Jamais de ma vie je n’ai vu un bal aussi vulgaire, observa d’un ton aigre et avec le désir évident d’être entendue une dame qui se trouvait près de Julie Mikhaïlovna. C’était une robuste femme de quarante ans; elle avait le visage fardé et portait une robe de soie d’une couleur criarde; en ville presque tout le monde la co
– Du reste, c’était facile à prévoir, ajouta-t-elle en regardant effrontément la gouvernante.
Celle-ci n’y tint plus.
– Si vous pouviez le prévoir, pourquoi êtes-vous venue? demanda-t-elle.
– C’est le tort que j’ai eu, répliqua insolemment la dame qui ne cherchait qu’une dispute, mais le général intervint.
– Chère dame, en vérité, vous devriez vous retirer, dit-il en se penchant à l’oreille de Julie Mikhaïlovna. – Nous ne faisons que les gêner, et, sans nous, ils s’amuseront à merveille. Vous avez rempli toutes vos obligations, vous avez ouvert le bal; eh bien, à présent, laissez-les en repos… D’ailleurs, André Antonovitch ne paraît pas dans un état très satisfaisant… Pourvu qu’il n’arrive pas de malheur!
Mais il était déjà trop tard.
Depuis que le quadrille était commencé, André Antonovitch considérait les danseurs avec un ahurissement mêlé d’irritation; en entendant les premières remarques faites par le public, il se mit à regarder autour de lui d’un air inquiet. Alors, pour la première fois, ses yeux rencontrèrent certains hommes du buffet, et un éto