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VI
C'était vrai qu'elle n'aurait pas exposé Daria à un affront en ce moment même, elle croyait lui rendre un signalé service. L'indignation la plus noble et la plus légitime s'était allumée dans son âme quand, en mettant son châle, elle avait surpris, attaché sur elle, le regard inquiet et défiant de sa protégée. Daria Pavlovna était bien, comme l'avait dit la générale Drozdoff, la favorite de Barbara Pétrovna qui l'avait prise en affection quand elle n'était encore qu'une enfant. Depuis longtemps, madame Stavroguine avait décidé, une fois pour toutes, que le caractère de Daria ne ressemblait pas à celui de son frère (Ivan Chatoff), qu'elle était douce, tranquille, capable d'une grande abnégation, pleine de dévouement, de modestie, de bon sens et surtout de reco
Le pauvre Stépan Trophimovitch était seul dans son logis et ne se doutait de rien. En proie à la mélancolie, il regardait de temps à autre par la fenêtre, espérant voir arriver quelqu’une de ses co
– Ma bo
– Vous êtes seul, j’en suis bien aise; je ne puis pas souffrir vos amis! Comme vous fumez toujours! Seigneur, quelle atmosphère! Vous n’avez pas encore fini de prendre votre thé, et il est plus de midi! Vous trouvez votre bonheur dans le désordre, vous vous complaisez dans la saleté! Qu’est-ce que c’est que ces papiers déchirés qui jonchent le parquet? Nastasia, Nastasia! Que fait votre Nastasia? matouchka, ouvre les fenêtres, les vasistas, les portes, il faut aérer ici. Nous allons passer dans la salle; je suis venue chez vous pour affaire. Do
– Il salit tant! grommela la servante.
– Mais toi, balaye, balaye quinze fois par jour! Votre salle est affreuse, ajouta Barbara Pétrovna quand ils furent entrés dans cette pièce. – Fermez mieux la porte, elle pourrait se mettre aux écoutes et nous entendre. Il faut absolument que vous changiez ce papier. Je vous ai envoyé un tapissier avec des échantillons, pourquoi n’avez-vous rien choisi? Asseyez-vous et écoutez. Asseyez-vous donc enfin, je vous prie. Où allez-vous donc? Où allez-vous donc?
– Je suis à vous tout de suite! cria de la chambre voisine Stépan Trophimovitch, – me revoici!
– Ah! vous êtes allé faire toilette! dit-elle en le considérant d’un air moqueur. (Il avait passé une redingote par-dessus sa camisole.) En effet, cette tenue est plus en situation… étant do
Elle lui exposa ses intentions, carrément, sans ambages, en femme sûre d’être obéie. Elle fit allusion aux huit mille roubles dont il avait un besoin urgent, et entra dans des explications détaillées au sujet de la dot. Tremblant, ouvrant de grands yeux, Stépan Trophimovitch écoutait tout, mais sans se faire une idée nette de ce qu’il entendait. Chaque fois qu’il voulait parler, la voix lui manquait. Il savait seulement que la volonté de Barbara Pétrovna s’accomplirait, qu’il aurait beau répliquer, refuser son consentement, il était à partir de ce moment un homme marié.
– Mais, ma bo
– Une enfant qui a vingt ans, grâce à Dieu! Ne tournez pas ainsi vos prunelles, je vous prie, vous n’êtes pas un acteur de mélodrame. Vous êtes fort intelligent et fort instruit, mais vous ne comprenez rien à la vie, vous avez besoin qu’on s’occupe continuellement de vous. Si je meurs, que deviendrez-vous? Elle sera pour vous une excellente niania; c’est une jeune fille modeste, sensée, d’un caractère ferme; d’ailleurs, moi-même je serai là, je ne vais pas mourir tout de suite. C’est une femme de foyer, un ange de douceur. J’étais encore en Suisse quand cette heureuse idée m’est venue. Comprenez-vous, quand je vous dis moi-même qu’elle est un ange de douceur! s’écria la générale dans un brusque mouvement de colère. – Vous vivez dans la saleté, elle fera régner la propreté chez vous, tout sera en ordre, on pourra se mirer dans vos meubles… Eh! vous vous figurez peut-être qu’en vous offrant un trésor pareil, je dois encore vous supplier à mains jointes de l’accepter! Mais c’est vous qui devriez tomber à mes genoux!… Oh! homme vain et pusillanime!