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III

À gauche du perron, une entrée particulière do

Le châtiment d’André Antonovitch ne se fit pas attendre. Dès le premier coup d’œil qu’il jeta sur son excellente épouse, le gouverneur sut à quoi s’en tenir. À peine entrée, Julie Mikhaïlovna s’approcha avec un ravissant sourire de Stépan Trophimovitch, lui tendit une petite main adorablement gantée et l’accabla des compliments les plus flatteurs: on aurait dit qu’elle était tout entière au bonheur de le voir enfin chez elle. Pas une allusion à la perquisition du matin, pas un mot, pas un regard à Von Lembke dont elle semblait ne pas remarquer la présence. Bien plus, elle confisqua immédiatement Stépan Trophimovitch et l’emmena au salon comme s’il n’avait pas eu à s’expliquer avec le gouverneur. Je le répète: toute femme de grand ton qu’elle était, je trouve que dans cette circonstance Julie Mikhaïlovna manqua complètement de tact. Karmazinoff rivalisa avec elle (sur la demande de la gouvernante il s’était joint aux excursio

– Combien d’étés, combien d’hivers! Enfin… Excellent ami!

Il l’embrassa, c'est-à-dire qu’il lui présenta sa joue. Stépan Trophimovitch ahuri dut la baiser.

– Cher, me dit-il le soir en s’entretenant avec moi des incidents de la journée, – je me demandais dans ce moment-là lequel était le plus lâche, de lui qui m’embrassait pour m’humilier, ou de moi, qui, tout en le méprisant, baisais sa joue alors que j’aurais pu m’en dispenser… pouah!

– Eh bien, racontez-donc, racontez tout, poursuivit de sa voix sifflante Karmazinoff.

Prier un homme de faire au pied levé le récit de toute sa vie depuis vingt-cinq ans, c’était absurde, mais cette sottise avait bo

– Songez que nous nous sommes vus pour la dernière fois à Moscou, au banquet do

– Ce cher homme! interrompit Karmazinoff en saisissant son interlocuteur par l’épaule avec une familiarité qui, pour être amicale, n’en était pas moins déplacée, – mais conduisez-nous donc au plus tôt dans votre appartement, Julie Mikhaïlovna, il s’assiéra là et racontera tout.

Et pourtant je n’ai jamais été intime avec cette irascible femmelette, me fit observer dans la soirée Stépan Trophimovitch qui tremblait de colère au souvenir de son entretien avec Karmazinoff, – déjà quand nous étions jeunes tous deux, nous n’éprouvions que de l’antipathie l’un pour l’autre…

Le salon de Julie Mikhaïlovna ne tarda pas à se remplir. Barbara Pétrovna était dans un état particulier d’excitation, bien qu’elle feignît l’indifférence; à deux ou trois reprises je la vis regarder Karmazinoff avec malveillance et Stépan Trophimovitch avec colère. Cette irritation était prématurée, et elle provenait d’un amour inquiet: si, dans cette circonstance, Stépan Trophimovitch avait été terne, s’il s’était laissé éclipser devant tout le monde par Karmazinoff, je crois que Barbara Pétrovna se serait élancée sur lui et l’aurait battu. J’ai oublié de mentio

– Cher monsieur Karmazinoff, dit Stépan Trophimovitch qui s’assit sur un divan dans une attitude pittoresque et qui se mit soudain à susseyer tout comme le grand romancier, – cher monsieur Karmazinoff, la vie d’un homme de notre génération, quand il possède certains principes, doit, même pendant une durée de vingt-cinq ans, présenter un aspect uniforme…

Croyant sans doute avoir entendu quelque chose de fort drôle, l’Allemand partit d’un bruyant éclat de rire. Stépan Trophimovitch le considéra d’un air éto

– …Doit présenter un aspect uniforme, répéta exprès Stépan Trophimovitch en traînant négligemment la voix sur chaque mot. – Telle a été ma vie durant tout ce quart de siècle, et comme on trouve partout plus de moines que de raison, la conséquence a été que durant ces vingt-cinq ans je…

– C’est charmant, les moines, murmura la gouvernante en se penchant vers Barbara Pétrovna assise à côté d’elle.

Un regard rayo

– Quant à moi, dit-il de sa voix criarde, – je ne me tracasse pas à ce sujet, voilà déjà sept ans que j’ai élu domicile à Karlsruhe. Et quand, l’a