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– Je suis positivement d’avis qu’on le traverse à toute vapeur! cria le collégien dans un transport d’enthousiasme.

– Moi aussi, opina Liamchine.

– Naturellement le choix ne peut être douteux, murmura un officier; un autre en dit autant, puis un troisième. L’assemblée, dans son ensemble, était surtout frappée de ce fait que Verkhovensky avait promis des «communications».

– Messieurs, je vois que presque tous se décident dans le sens des proclamations, dit-il en parcourant des yeux la société.

– Tous, tous! crièrent la plupart des assistants.

– J’avoue que je suis plutôt partisan d’une solution humaine, déclara le major, – mais comme l’unanimité est acquise à l’opinion contraire, je me range à l’avis de tous.

Pierre Stépanovitch s’adressa au boiteux:

– Alors, vous non plus, vous ne faites pas d’opposition?

– Ce n’est pas que je… balbutia en rougissant l’interpellé, – mais si j’adhère maintenant à l’opinion qui a rallié tous les suffrages, c’est uniquement pour ne pas rompre…

– Voilà comme vous êtes tous! Des gens qui discuteraient volontiers six mois durant pour faire de l’éloquence libérale, et qui, en fin de compte, votent avec tout le monde! Messieurs, réfléchissez pourtant, est-il vrai que vous soyez tous prêts?

(Prêts à quoi? la question était vague, mais terriblement captieuse.)

– Sans doute, tous…

Du reste, tout en répondant de la sorte, les assistants ne laissaient pas de se regarder les uns les autres.

– Mais peut-être qu’après vous m’en voudrez d’avoir obtenu si vite votre consentement? C’est presque toujours ainsi que les choses se passent avec vous.

L’assemblée était fort émue, et des courants divers commençaient à s’y dessiner. Le boiteux livra un nouvel assaut à Verkhovensky.

– Permettez-moi, cependant, de vous faire observer que les réponses à de semblables questions sont conditio

– Comment, d’une façon étrange?

– Oui, ce n’est pas ainsi qu’on pose de pareilles questions.

– Alors, apprenez-moi, s’il vous plaît, comment on les pose. Mais, vous savez, j’étais sûr que vous vous rebifferiez en premier.

– Vous avez tiré de nous une réponse attestant que nous sommes prêts à une action immédiate. Mais, pour en user ainsi, quels droits aviez-vous? Quels pleins pouvoirs vous autorisaient à poser de telles questions?

– Vous auriez dû demander cela plus tôt. Pourquoi donc avez-vous répondu? Vous avez consenti, et maintenant vous vous ravisez.

– La franchise étourdie avec laquelle vous avez posé votre principale question me do

– Mais qu’est-ce qui vous fait dire cela? Pourquoi parlez-vous ainsi? répliqua Pierre Stépanovitch, qui, semblait-il, commençait à être fort inquiet.

– C’est que, quand on pratique des affiliations, quelles qu’elles soient, on fait cela du moins en tête-à-tête et non dans une société de vingt perso

– Messieurs, je considère comme un devoir de déclarer à tous que ce sont là des sottises, et que notre conversation a dépassé la mesure. Je n’ai encore affilié absolument perso

Une agitation extraordinaire suivit ces paroles; tout le monde se mit à parler en même temps.

– Messieurs, s’il en est ainsi, poursuivit Pierre Stépanovitch, – je me suis plus compromis qu’aucun autre; par conséquent, je vous prie de répondre à une question, si vous le voulez bien, s’entend. Vous êtes parfaitement libres.

– Quelle question? quelle question? cria-t-on de toutes parts.

– Une question après laquelle on saura si nous devons rester ensemble ou prendre silencieusement nos chapkas et aller chacun de son côté.

– La question, la question?

– Si l’un de vous avait co

– Pourquoi d’abord à moi?

– Parce que c’est vous qui avez do

– Pardo

– Permettez, ne pourriez-vous pas répondre un peu plus nettement?

– Je n’ai jamais servi dans la police secrète, dit le boiteux, cherchant toujours à éviter une réponse directe.

– Soyez plus précis, je vous prie, ne me faites pas attendre.

Le boiteux fut si exaspéré qu’il cessa de répondre. Silencieux, il regardait avec colère par-dessous ses lunettes le visage de l’inquisiteur.

– Un oui ou un non? Dénonceriez-vous ou ne dénonceriez-vous pas? cria Verkhovensky.

– Naturellement je ne dénoncerais pas! cria deux fois plus fort le boiteux.

– Et perso

– Permettez-moi de vous interroger, monsieur le major, dénonceriez-vous ou ne dénonceriez-vous pas? poursuivit Pierre Stépanovitch. – Et, remarquez, c’est exprès que je m’adresse à vous.

– Je ne dénoncerais pas.

– Mais si vous saviez qu’un autre, un simple mortel, fût sur le point d’être volé et assassiné par un malfaiteur, vous préviendriez la police, vous dénonceriez?

– Sans doute, parce qu’ici ce serait un crime de droit commun, tandis que dans l’autre cas, il s’agirait d’une dénonciation politique. Je n’ai jamais été employé dans la police secrète.