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II

Sans presque dire bonjour à perso

– Stavroguine, voulez-vous du thé?

– Oui répondit-il.

– Du thé à Stavroguine, ordo

– Sans doute; qui est-ce qui demande cela à ses invités? Mais do

– Comment, vous aussi vous admettez les fêtes? fit en riant l’étudiante; – on parlait de cela tout à l’heure.

– Vieillerie! grommela le collégien à l’autre bout de la table.

– Qu’est-ce qui est une vieillerie? Fouler aux pieds les préjugés, fussent-ils les plus i

– J’ai seulement voulu dire, répliqua avec agitation le collégien, – que, quoique les préjugés soient sans doute des vieilleries et qu’il faille les extirper, cependant, en ce qui concerne les a

– Vous n’en finissez plus, on ne comprend rien, cria l’étudiante.

– Il me semble que chacun a le droit de prendre la parole, et si je désire exprimer mon opinion, comme tout autre…

– Perso

– Pourtant permettez-moi de vous faire observer que vous me témoignez peu d’estime; si je n’ai pas pu achever ma pensée, ce n’est pas parce que je n’ai pas d’idées, mais plutôt parce que j’en ai trop… balbutia le pauvre jeune homme qui pataugeait de plus en plus.

– Si vous ne savez pas parler, eh bien, taisez-vous, lui envoya l’étudiante.

À ces mots, le collégien se leva soudain, comme mû par un ressort.

– Je voulais seulement dire, vociféra-t-il rouge de honte et sans oser regarder autour de lui, – que si vous êtes tant pressée de montrer votre esprit, c’est tout bo

– Votre idée est ignoble et immorale, elle prouve combien vous êtes peu développé. Je vous prie de ne plus m’adresser la parole, repartit violemment la jeune fille.

– Stavroguine, commença la maîtresse de la maison, – avant votre arrivée, cet officier (elle montra le major, son parent) parlait ici des droits de la famille. Sans doute, je ne vous e

– Comment, où l’on a pu les prendre? demanda Nicolas Vsévolodovitch.

– Nous savons, par exemple, que le préjugé de Dieu est venu du to

– Ce n’est pas tout à fait la même chose…, voulut faire observer madame Virguinsky.

– Je suppose que la réponse à une telle question serait indécente, dit Stavroguine.

– Allons donc! protesta l’étudiante.

Dans le groupe des professeurs éclatèrent des rires auxquels firent écho, à l’autre bout de la table, Liamchine et le collégien; le major pouffait.

– Vous devriez écrire des vaudevilles, remarqua la maîtresse de la maison en s’adressant à Stavroguine.

– Cette réponse ne vous fait guère ho

– Mais, toi, ne saute pas comme cela! cria le major à sa nièce, – tu es une demoiselle, tu devrais avoir un maintien modeste, et l’on dirait que tu es assise sur une aiguille.

– Veuillez vous taire et ne pas m’interpeller avec cette familiarité, épargnez-moi vos ignobles comparaisons. Je vous vois pour la première fois, et ne veux pas savoir si vous êtes mon parent.

– Mais, voyons, je suis ton oncle; je t’ai portée dans mes bras quand tu n’étais encore qu’un enfant à la mamelle!

– Et quand même vous m’auriez portée dans vos bras, voilà-t-il pas une affaire! Je ne vous l’avais pas demandé; si donc vous l’avez fait, monsieur l’officier impoli, c’est que cela vous plaisait. Et permettez-moi de vous faire observer que vous ne devez pas me tutoyer, si ce n’est par civisme; autrement je vous le défends une fois pour toutes.

Le major frappa du poing sur la table.

– Voilà comme elles sont toutes! dit-il à Stavroguine assis en face de lui. – Non, permettez, j’aime le libéralisme et les idées modernes, je goûte fort les propos intelligents, mais, entendons-nous, ils ne me plaisent que dans la bouche des hommes, et le libéralisme en jupons fait mon supplice! Ne te tortille donc pas ainsi! cria-t-il à la jeune fille qui se démenait sur sa chaise. – Non, je demande aussi la parole, je suis offensé.

– Vous ne faites que gêner les autres, et vous-même vous ne savez rien dire, bougo

– Si, je vais m’expliquer, reprit en s’échauffant le major. – Je m’adresse à vous, monsieur Stavroguine, parce que vous venez d’arriver, quoique je n’aie pas l’ho