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– Il y sera certainement.

– Hé, hé!

Il y eut une minute de silence. Un sourire de colère et de mépris flottait sur les lèvres de Chatoff.

– Et votre misérable Perso

– Oui.

– On fait croire aux collégiens que Hertzen lui-même a écrit cela sur votre album?

– Oui, c’est Hertzen lui-même.

Ils se turent encore pendant trois minutes. À la fin, Chatoff quitta son lit.

– Allez-vous-en loin de moi, je ne veux pas me trouver avec vous.

Pierre Stépanovitch se leva aussitôt.

– Je m’en vais, dit-il avec une sorte de gaieté, – un mot seulement: Kiriloff, à ce qu’il paraît, est maintenant tout seul dans le pavillon, sans servante?

– Il est tout seul. Allez-vous-en, je ne puis rester dans la même chambre que vous.

– «Allons, tu es très bien maintenant!» pensa joyeusement Pierre Stépanovitch quand il fut hors de la maison; «tu seras aussi très bien ce soir, j’ai justement besoin que tu sois comme cela, et je ne pourrais rien désirer de mieux! Le dieu russe lui-même me vient en aide!»

VII

Il fit beaucoup de courses durant cette journée et sans doute ne perdit pas ses peines, car sa figure était rayo

Je me crois obligé de raconter en détail l’entrevue fort courte des deux «rivaux», – entrevue que tout semblait devoir rendre impossible, et qui eut lieu néanmoins.

Après son dîner, Nicolas Vsévolodovitch sommeillait sur une couchette dans son cabinet, lorsque Alexis Égorovitch lui a

– Si vous le pouvez, épousez Élisabeth Nikolaïevna, commença brusquement le capitaine d’artillerie, et le plus curieux, c’est qu’on n’aurait pu deviner, d’après l’intonation de la voix, si ces mots étaient une prière, une recommandation, une concession ou un ordre.

Nicolas Vsévolodovitch resta silencieux, mais le visiteur, ayant dit évidemment tout ce qu’il avait à dire, le regardait avec persistance, dans l’attente d’une réponse.

– Si je ne me trompe (du reste, ce n’est que trop vrai), Élisabeth Nikolaïevna est votre fiancée, observa enfin Stavroguine.

– Oui, elle est ma fiancée, déclara d’un ton ferme le visiteur.

– Vous… vous êtes brouillés ensemble?… Excusez-moi, Maurice Nikolaïévitch.

– Non, elle m’ «aime» et m’ «estime», dit-elle. Ses paroles sont on ne peut plus précieuses pour moi.

– Je n’en doute pas.

– Mais, sachez-le, elle serait sous la couro

– Étant sous la couro

– Et après la couro

– Ne vous trompez-vous pas?

– Non. Sous la haine incessante, sincère et profonde qu’elle vous témoigne, perce à chaque instant un amour insensé, l’amour le plus sincère, le plus excessif et… le plus fou! Par contre, sous l’amour non moins sincère qu’elle ressent pour moi perce à chaque instant la haine la plus violente! Je n’aurais jamais pu imaginer auparavant toutes ces… métamorphoses.

– Mais je m’éto

Maurice Nikolaïévitch fronça le sourcil et pendant une minute baissa la tête.

– De votre part ce ne sont là que des mots, dit-il brusquement, – des mots où éclate la rancune triomphante; je suis sûr que vous savez lire entre les lignes, et se peut-il qu’il y ait place ici pour une vanité mesquine? N’êtes-vous pas assez victorieux? Faut-il donc que je mette les points sur les i? Soit, je les mettrai, si vous tenez tant à m’humilier: j’agis sans droit, je ne suis aucunement autorisé; Élisabeth Nikolaïevna ne sait rien, mais son fiancé a complètement perdu la raison, il mérite d’être enfermé dans une maison de fous, et, pour comble, lui-même vient vous le déclarer. Seul dans le monde entier vous pouvez la rendre heureuse, et moi je ne puis que faire son malheur. Vous la lutinez, vous la pourchassez, mais, – j’ignore pourquoi, – vous ne l’épousez pas. S’il s’agit d’une querelle d’amoureux née à l’étranger, et si, pour y mettre fin, mon sacrifice est nécessaire, – immolez-moi. Elle est trop malheureuse, et je ne puis supporter cela. Mes paroles ne sont ni une permission ni une injonction, par conséquent elles n’ont rien d’offensant pour votre amour-propre. Si vous voulez prendre ma place sous la couro

– Vous vous brûlerez la cervelle, quand on nous mariera?

– Non, beaucoup plus tard. À quoi bon mettre une éclaboussure de sang sur sa robe nuptiale? Peut-être même ne me brûlerai-je la cervelle ni maintenant ni plus tard.

– Vous dites cela, sans doute, pour me tranquilliser?

– Vous? Ma mort doit vous être bien indifférente.