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Adieu, mon inestimable amie, ma douce petite Varinka! Je vous ai décrit ma vie comme je l'ai pu. Je n'ai fait que penser à vous de toute la journée. Mon cœur se brise, ma très chère, quand je songe à votre situation. Vous n'avez même pas de manteau chaud à vous mettre, je le sais, mon âme. Oh! ces printemps de Saint-Pétersbourg, ces vents, ces vilaines pluies mêlées de neige – c'est une malédiction, Varinka. C'est un climat impossible; que le ciel nous en préserve! Ne m'en voulez pas, ma petite âme, de la façon dont j'ai rédigé cette lettre. Je n'ai pas de style, Varinka, je n'en ai aucun. Si je savais écrire un peu! Je dis les choses comme elles me vie
Makar DIÉVOUCHKINE.
25 avril.
Cher Monsieur Makar Alexéievitch,
J'ai rencontré aujourd'hui ma cousine Sacha! Quelle horreur! Elle aussi est en train de périr, la pauvre! J'ai appris également, de divers côtés, qu'A
V. D.
20 mai.
Ma colombe, ma petite Varinka!
Je vous envoie un peu de raisin, ma tourterelle. On dit que cela fait du bien d'en manger pendant la convalescence et le médecin le recommande d'ailleurs pour la soif. C'est donc pour la soif uniquement. Vous avez eu envie de petits pains blancs l'autre jour, ma petite mère, je vous en envoie également. Avez-vous de l'appétit, mon âme? Car c'est l'essentiel. D'ailleurs c'est fini maintenant, le ciel en soit loué, c'est passé, terminé, et nos malheurs aussi vont prendre fin complètement. Remercions-en le Créateur! Pour ce qui est des livres, il m'a été impossible de m'en procurer jusqu'ici. On dit qu'il y a chez nous un livre excellent, écrit dans un très bon style. On prétend qu'il est très intéressant. Je ne l'ai pas lu moi-même, mais on le loue beaucoup par ici. On m'a promis de me le faire parvenir. Mais le lirez-vous? Je vous co
Ma vie est fort agréable. Ne vous faites pas de soucis pour moi, ma petite mère, je vous en supplie. Ce que Fédora vous a raconté sur moi n'est que balivernes. Dites-lui qu'elle a menti, dites-le lui absolument, à cette calomniatrice!… Je n'ai même pas songé à vendre mon nouvel uniforme! Et pourquoi donc le vendrais-je, réfléchissez, pourquoi le ferais-je? Il paraît, à ce qu'on dit, que je dois toucher quarante roubles argent de gratification. Pourquoi le vendrais-je en ce cas? Ne vous inquiétez pas, ma petite mère… Fédora est une pessimiste, elle prend tout au tragique. Nous vivrons heureux, ma tourterelle. Pourvu seulement que vous vous rétablissiez! Guérissez, au nom du ciel, ne faites pas de chagrin à un vieillard. Qui donc vous a raconté que j'aurais maigri? Calomnie, pure calomnie encore! Je me porte à merveille et j'ai même grossi au point que j'en ai presque honte. Je mange à ma faim, je suis content, j'ai de tout en abondance. Pourvu que vous guérissiez! Adieu maintenant, mon petit ange! Je couvre de baisers vos doigts mignons et je demeure votre ami indéfectible, votre ami dévoué,
Makar DIÉVOUCHKINE.
P.-S. Voyons, ma petite âme, que m'écrivez-vous là encore?… C'est tout à fait déraiso
1er juin.
Mon très cher Makar Alexéievitch,
J'avais tellement envie de vous faire plaisir, de trouver quelque chose d'agréable pour vous récompenser de tant de soucis et de tant de peine que vous vous êtes do