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«Alexéi Fiodorovitch, je vous écris à l’insu de tous, et de ma mère, et je sais que c’est mal. Mais je ne puis vivre plus longtemps sans vous dire ce qui est né dans mon cœur, et que perso

«Vous voyez que j’ai tout calculé, mais il y a une chose que je ne puis m’imaginer: que penserez-vous de moi en lisant ces lignes? Je ris, je plaisante, je vous ai fâché tantôt, mais je vous assure qu’avant de prendre la plume, j’ai prié devant l’image de la Vierge, et que j’ai presque pleuré.

«Mon secret est entre vos mains, et quand vous viendrez, demain, je ne sais comment je pourrai vous regarder. Alexéi Fiodorovitch, qu’adviendra-t-il si je ne puis me défendre de rire en vous voyant, comme ce matin? Vous me prendrez pour une moqueuse impitoyable et vous douterez de ma lettre. Aussi je vous supplie, mon chéri, de ne pas me regarder trop en face quand vous viendrez, car il se peut que j’éclate de rire à la vue de votre longue robe… Dès maintenant, mon cœur se glace rien que d’y penser; portez vos regards, pour commencer, sur maman ou sur la fenêtre…

«Voilà que je vous ai écrit une lettre d’amour; mon Dieu, qu’ai-je fait? Aliocha, ne me méprisez pas; si j’ai mal agi et que je vous peine, excusez-moi. Maintenant, le sort de ma réputation, peut-être perdue, est entre vos mains.

«Je pleurerai pour sûr aujourd’hui. Au revoir, jusqu’à cette entrevue terrible…

«Lise.»

«P.S. – Aliocha, ne manquez pas de venir, n’y manquez pas! Lise.»

Aliocha lut deux fois cette lettre avec surprise, demeura songeur, puis rit doucement de plaisir. Il tressaillit, ce rire lui paraissait coupable. Mais, au bout d’un instant, il eut le même rire heureux. Il remit la lettre dans l’enveloppe, fit un signe de croix et se coucha. Son âme avait retrouvé le calme. «Seigneur, pardo

Deuxième partie

Livre IV: Les déchirements

I. Le père Théraponte

Aliocha s’éveilla avant l’aube. Le starets ne dormait plus et se sentait très faible; néanmoins il voulut se lever et s’asseoir dans un fauteuil. Il avait toute sa co

«Aimez-vous les uns les autres, mes Pères, enseignait le starets (d’après les souvenirs d’Aliocha). Aimez le peuple chrétien. Pour être venus nous enfermer dans ces murs, nous ne sommes pas plus saints que les laïcs; au contraire, tous ceux qui sont ici ont reco

Le starets, d’ailleurs, s’exprimait d’une façon plus décousue qu’on ne l’a exposé ci-dessus et qu’Aliocha ne l’écrivit ensuite. Parfois il s’arrêtait complètement, comme pour rassembler ses forces, il haletait, mais demeurait en extase. On l’écoutait avec attendrissement, bien que beaucoup s’éto