Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 208 из 230

«Voyons les fils de cet homme. L’un est devant nous, au banc des accusés; je serai bref sur les autres. L’aîné de ceux-ci est un jeune homme moderne, fort instruit et fort intelligent, qui ne croit à rien pourtant et a déjà renié bien des choses, comme son père. Nous l’avons tous entendu, il était reçu amicalement dans notre société. Il ne cachait pas ses opinions, bien au contraire, ce qui m’enhardit à parler maintenant de lui avec quelque franchise, tout en ne l’envisageant qu’en tant que membre de la famille Karamazov. Hier, tout au bout de la ville, s’est suicidé un malheureux idiot, impliqué étroitement dans cette affaire, ancien domestique et peut-être fils naturel de Fiodor Pavlovitch, Smerdiakov. Il m’a raconté en larmoyant, à l’instruction, que ce jeune Karamazov, Ivan Fiodorovitch, l’avait épouvanté par son nihilisme moral: «D’après lui, tout est permis, et rien dorénavant ne doit être défendu, voilà ce qu’il m’enseignait.» Cette doctrine a dû achever de déranger l’esprit de l’idiot, bien qu’assurément sa maladie et le terrible drame survenu dans la maison lui aient aussi troublé le cerveau. Mais cet idiot est l’auteur d’une remarque qui eût fait ho

«Le plus jeune, encore adolescent, est pieux et modeste; à l’inverse de la doctrine sombre et dissolvante de son frère, il se rapproche des «principes populistes», ou de ce qu’on appelle ainsi dans certains milieux intellectuels. Il s’est attaché à notre monastère, a même failli prendre l’habit. Il incarne, me semble-t-il, inconsciemment, le fatal désespoir qui pousse une foule de gens, dans notre malheureuse société – par crainte du cynisme corrupteur et parce qu’ils attribuent faussement tous nos maux à la culture occidentale – à retourner, comme ils disent, «au sol natal», à se jeter, pour ainsi parler, dans les bras de la terre natale, comme des enfants effrayés par les fantômes se réfugient sur le sein tari de leur mère pour s’endormir tranquillement et échapper aux visions qui les épouvantent. Quant à moi, je forme les meilleurs vœux pour cet adolescent si bien doué, je souhaite que ses nobles sentiments et ses aspirations vers les principes populistes ne dégénèrent pas par la suite, comme il arrive fréquemment, en un sombre mysticisme au point de vue moral, en un stupide chauvinisme au point de vue civique, deux idéals qui menacent la nation de maux encore plus graves, peut-être, que cette perversion précoce, provenant d’une fausse compréhension de la culture occidentale dont souffre son frère.»

Le chauvinisme et le mysticisme recueillirent quelques applaudissements. Sans doute, Hippolyte Kirillovitch s’était laissé entraîner, et toutes ces divagations ne cadraient guère avec l’affaire, mais ce poitrinaire aigri avait trop envie de se faire entendre, au moins une fois dans sa vie. On raconta ensuite qu’en faisant d’Ivan Fiodorovitch un portrait tiré au noir, il avait obéi à un sentiment peu délicat: battu une ou deux fois par celui-ci dans des discussions en public, il voulait maintenant se venger. J’ignore si cette assertion était justifiée. D’ailleurs, tout cela n’était qu’une simple entrée en matière.

«Le troisième fils de cette famille moderne est sur le banc des accusés. Sa vie et ses exploits se déroulent devant nous; l’heure est venue où tout s’étale au grand jour. À l’inverse de ses frères, dont l’un est un «occidentaliste» et l’autre un «populiste», il représente la Russie à l’état naturel, mais Dieu merci, pas dans son intégrité! Et pourtant la voici, notre Russie, on la sent, on l’entend en lui, la chère petite mère. Il y a en nous un éto