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En m’approchant de la baro
VI
Voilà deux jours de passés depuis cette fameuse sottise. Que de bruit! que de cris! Et je suis la cause de tout cela! Mais j’y ai trouvé mon profit. Que j’ai ri! Je ne puis pourtant m’expliquer comment tout cela est arrivé. Suis-je fou? Je le crois. Et puis, je ne suis pas encore bien loin des bancs de l’école, et j’ai pris plaisir, je suppose, à cette grossière espièglerie.
Cette Paulina! toujours elle!
Peut-être ai-je agi par désespoir. En somme, qu’est-ce que j’aime en elle? Elle me semble jolie. Elle est svelte, un peu trop mince peut-être; on pourrait la ployer en deux et la nouer comme un ruban; elle a tout ce qui fait souffrir, précisément tout ce qui fait souffrir! Ses cheveux sont d’un blond roux. Ses yeux sont de véritables yeux de chat; mais quelle fierté dans son regard!
Il y a quatre mois, quand je suis entré dans la famille, un soir, elle causait seule dans le salon avec de Grillet, et elle le regardait avec un tel air que… quand je suis rentré chez moi pour me coucher, je me suis imaginé qu’elle venait de le souffleter. C’est depuis ce soir-là que je l’aime.
Mais, arrivons au fait. Je descends donc dans le sentier, je m’arrête au beau milieu, attendant la baro
Je me rappelle que la baro
Je vis tout cela en trois secondes; mon salut et mon coup de chapeau arrêtèrent à peine leur attention. Le baron fronça légèrement le sourcil, la baro
– Madame la baro
Puis je saluai, je remis mon chapeau sur ma tête, et, en passant auprès du baron, je tournai poliment mon visage vers lui et lui adressai un sourire significatif.
Paulina m’avait ordo
– Hein? grogna le baron en se tournant vers moi avec un éto
Je m’arrêtai en continuant de sourire. Il était stupéfait et levait ses sourcils jusqu’à la racine des cheveux. La baro
– Hein? grogna de nouveau le baron en redoublant d’éto
– Ja wohl! (c’est cela!) traînai-je en continuant à le regarder dans le blanc des yeux.
– Sind Sie rasend? (êtes-vous fou?) s’écria-t-il en brandissant sa ca
C’était, je crois, ma toilette qui l’embarrassait. J’étais mis à la dernière mode, comme un homme du meilleur monde.
– Ja wa-o-o-hl! criai-je tout à coup et de toutes mes forces, en appuyant à la façon des Berlinois qui emploient à chaque instant dans la conversation cette locution et qui traînent sur la lettre a pour exprimer les différentes nuances de leur pensée.
Le baron et la baro
Je revins sur mes pas et allai, sans me presser, vers Paulina. Mais, cent pas avant de l’atteindre, je la vis se lever avec les enfants et se diriger vers l’hôtel.
Je la rejoignis près du perron.
– J’ai accompli la… bêtise! lui dis-je.
– Eh bien! maintenant, débrouillez-vous! répondit-elle sans me regarder, et elle disparut dans le corridor.
Toute la soirée je me promenai dans la forêt; dans une petite izba je mangeai une omelette. On me prit pour cette idylle un thaler et demi.
À onze heures seulement je rentrai. On me demanda aussitôt de la part du général; il m’attendait dans la grande chambre, celle où il y a un piano. Il se tenait debout; de Grillet était nonchalamment assis sur le divan.
– Qu’avez-vous fait, monsieur? commença le général en prenant une attitude très majestueuse. Permettez-moi de vous le demander.
– Abordez donc directement l’affaire, général; vous parlez probablement de ma rencontre d’aujourd’hui avec un Allemand?
– Avec un Allemand! Mais le baron Wourmergelm est un perso
– Pas le moins du monde.
– Vous leur avez fait peur, monsieur! s’écria le général.
– Pas le moins du monde. Déjà, à Berlin, mon oreille s’était habituée à cet interminable ja wohl, qu’ils traînent d’une manière si dégoûtante. En rencontrant dans l’allée cette nichée de barons, je ne sais pourquoi le ja wohl me revint à l’esprit et m’enragea… De plus, voilà déjà trois fois que la baro
J’étais ravi de mon explication, j’avais plaisir à tartiner toute cette histoire aussi stupidement que possible, et plus ça durait, plus j’y prenais goût.
– Ah çà! s’écria le général, vous moquez-vous de moi?
Il expliqua en français à de Grillet que décidément je cherchais une affaire. De Grillet sourit avec mépris et haussa les épaules.
– Pour Dieu! n’ayez pas cette pensée. J’ai fait une sottise, j’en conviens! c’est une inconvenante espièglerie, mais ce n’est rien de plus. Je m’en repens d’ailleurs, mais j’ai une excuse. Voilà deux ou trois semaines que je ne vais pas bien. Je me sens nerveux, irrité, fantasque, malade, et je perds tout empire sur moi-même. Ma parole, j’ai parfois envie de prendre à partie le marquis de Grillet, qui est là, et… mais je ne terminerai pas; ça pourrait l’offenser. En un mot, ce sont des symptômes morbides. J’ignore si la baro