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– Que dites-vous de la lâcheté du général? Il a fait toute une affaire de mon escapade, toute une affaire! De Grillet lui-même, qui ne s’occupe que de choses graves, s’en est mêlé; il a daigné me faire une visite, me prier, me supplier, lui! moi! Enfin, remarquez ceci: il est venu chez moi à neuf heures du matin, et il avait déjà entre les mains le billet de mademoiselle Paulina. Quand donc avait-elle écrit ce billet? L’avait-on réveillée pour cela? Elle obéit à toutes les suggestions qui émanent de lui, et, s’il le veut, elle descend jusqu’à me demander pardon; mais je ne vois pas quel intérêt la pousse. Pourquoi ont-ils peur de ce baron, et qu’est-ce que cela leur fait que le général épouse mademoiselle Blanche de Comminges? Ils disent qu’ils doivent, pour ce motif, avoir une tenue particulière; mais convenez que tout cela est déjà beaucoup trop particulier. Qu’en dites-vous? Je lis dans vos yeux que vous êtes mieux informé que moi.
M. Astley sourit et hocha la tête en signe d’affirmation.
– Oui, dit-il, je suis mieux informé que vous. Mademoiselle Blanche est l’unique cause de tous ces e
– Mais quoi! mademoiselle Blanche!… m’écriai-je avec impatience, car j’espérais apprendre quelque chose de précis sur Paulina.
– Ne vous semble-t-il pas que mademoiselle Blanche a un intérêt particulier à éviter une rencontre avec le baron, comme si cette rencontre devait nécessairement être désagréable ou, pis encore, scandaleuse?
– Et puis? et puis?
– Il y a trois ans, mademoiselle Blanche était déjà ici, à Roulettenbourg. J’y étais aussi. Elle ne s’appelait pas encore mademoiselle de Comminges, et la veuve de Comminges n’existait pas; du moins perso
– Il a pourtant des relations très sérieuses.
– Qu’importe? Mademoiselle Blanche aussi!… Or, il y a trois ans, sur la demande de la baro
– Comment?…
– Elle était arrivée ici avec un certain prince italien décoré d’un nom historique, – quelque chose comme… Barbarini, – un homme tout constellé de bijoux, de pierreries très authentiques. Il sortait dans un magnifique attelage. Mademoiselle Blanche jouait au trente-et-quarante, d’abord avec succès, puis avec chance contraire. Un soir, elle perdit une grosse somme. Mais le vrai malheur, c’est que le lendemain matin le prince disparut, et avec lui disparurent chevaux et voitures. La note de l’hôtel s’élevait à un chiffre énorme. Mademoiselle Zelma, – au lieu de madame Barbarini, elle était devenue mademoiselle Zelma, – était dans un désespoir extrême. Elle pleurait, criait, et, dans sa rage, déchirait ses vêtements. Il y avait dans le même hôtel un comte polonais. À l’étranger, tous les Polonais sont comtes. Mademoiselle Zelma, qui lacérait ses robes et se déchirait le visage de ses ongles roses et parfumés, produisit sur lui une certaine impression. Ils eurent un entretien, et, à l’heure du dîner, elle était consolée. Le soir, le comte polonais se montra dans les salons de jeu ayant à son bras mademoiselle Zelma. Elle riait très haut, comme à l’ordinaire, plus libre même que d’habitude dans ses manières. Elle était de la catégorie de ces joueuses qui, à la roulette, écartent de vive force les gens assis, pour se faire place. C’est le chic particulier de ces dames; vous l’aurez certainement remarqué.
– Oh! oui.
– Elle joua et perdit plus encore que la veille… Pourtant ces dames sont ordinairement heureuses au jeu, comme vous le savez. Elle eut un sang-froid éto
– Non, je ne comprends pas! criai-je en frappant de toutes mes forces sur la table, de sorte qu’un garçon accourut tout effaré. Dites-moi, monsieur Astley, si vous saviez depuis longtemps toute cette histoire et, par conséquent, qui est mademoiselle Blanche de Comminges, pourquoi n’avez-vous prévenu ni moi, ni le général, ni surtout, surtout, mademoiselle Paulina, qui se montre à la gare, en public, avec mademoiselle Blanche, bras dessus bras dessous? Est-ce admissible?
– Je n’avais pas à vous prévenir, vous ne pouviez rien changer à la situation, répondit tranquillement M. Astley; du reste, de quoi vous prévenir? Le général co
– Bien! dis-je en me levant. Il est pour moi clair comme le jour que mademoiselle Paulina sait tout ce qui concerne mademoiselle Blanche, mais qu’elle ne peut se séparer de son Français, et que c’est pour cette raison qu’elle consent à la compagnie de mademoiselle Blanche. Aucune autre influence ne peut l’y déterminer; et c’est sous cette influence aussi qu’elle me suppliait de ne pas toucher le baron, après m’avoir pourtant elle-même excité contre lui! Du diable si j’y comprends quelque chose!
– Vous oubliez d’abord que cette miss de Comminges est la fiancée du général et que miss Paulina a un frère et une sœur, les enfants du général dont elle est la pupille. Ces enfants sont abando
– Oui, oui, c’est cela. Abando